Hier soir, c’était spectacle. À quelques encablures de mon Palace, se jouait la première de Mortified, un concept importé d’Amérique du nord ou des quidams (vous, moi, le monde) monte sur scène pour livrer des tranches de journaux intimes, poèmes, lettres, emails ou autres écrits passés… De ces échanges tenus secrets que l’on entretient avec soi-même et qui fondent une adolescence. Des trucs un peu universels parfois dramatiques, mais dans lesquels finalement on retrouve tous une part de nous même dont on apprécie de se moquer gentiment, avec bienveillance. Le moment était chouette.

La soirée s’est planifiée à la dernière minute, et faisait, hasard comme par hasard, suite à ma propre remontée dans le temps au détour d’un rangement de bibliothèque il y a quelques jours. Vu ma propension à écrire ma vision sur le Monde, sans trop trahir de mystères, j’ai moi aussi noirci des pages. Et si j’ai perdu (jeté, j’espère) certains carnets écrits entre mes 8 et 16 ans, ma prose de ces 15 dernières années s’aligne elle dans des petits calepins alignés chronologiquement. De déménagements en mise en carton, je sais toujours exactement où ils sont, et je sais exactement pourquoi je les garde. Ils sont l’héritage d’une quête.
J’ai pris le temps de parcourir certaines pages. Certains mots sont brutaux. D’autres naïfs. Mais tous essayent de retranscrire une honnêteté refoulée. C’est la quête de ce que je suis, de celle qui se cache derrière des masques. Celle qui se perd et se retrouve aux détours de lignes.

On parle parfois de ce blog comme un journal intime. Mon agacement face à cette phrase complètement anodine est démesuré et n’a pas lieu d’être. Mais rappelons néanmoins que les mots, les histoires que je publie ici n’ont pas la brutale sincérité de ce qui, à l’inverse, n’a aucun fondement à être un jour rendu public. Les plus sombre de mes angoisses et les plus lumineuses de mes intuitions m’appartiennent, mes plus grandes colères et les plus lamentables de mes envolées lyriques se consignent à l’abris des regards.
J’ai toujours eu besoin d’écrire pour clarifier ma pensée, ranger le flot d’une tête qui, comme peut me le dire LA copine, tourne un peu trop parfois. Ça fait parti de moi. Et remplir des pages à ce côté rassurant car je ne me le suis jamais imposé. Aujourd’hui encore mon agenda Moleskine aligne les mots, idées, pensées, angoisses, projets, sujets de posts de blogs, d’articles, phrases entendues, références à lire, à voir, à entendre. Un journal un peu peut-être, un pense-bête, un compagnon. De l’intime c’est certain.

Un nouveau retour en territoire connu (les méandres de mon cerveau entre 16 et 20 ans – 4 années particulièrement prolixes) m’a convaincue que jamais je ne pourrais monter sur scène pour l’évoquer devant 200 personnes. Une déformation professionnelle si on veut (je veux), mais je ne conçois pas de rendre public des écrits qui ne seraient pas conçus pour l’être. La distinction peut sembler ténue, mais croyez moi, elle m’est salvatrice. Chaque chose à sa place.

Quoi qu’il en soit je vous laisse.
Je vais finir d’écrire quelques lignes dans mon « agenda ». Et il y a Pretty Woman sur W9.
13 ans finalement, ça ressemble beaucoup à 31. L’indépendance (chérie, aimée et adorée) en plus.

xxx