Noah.

On ne va pas se mentir, non, on ne commencera pas comme ça. Alors il me faut t’avouer, en toute honnêteté : j’ai eu du mal à te l’écrire ce post.
À l’occasion de ta naissance, j’ai pris le temps de relire ce que j’avais écrit à tes soeurs Hanaé, ma Naé puis Adèle, ma Dadèle.
Les Mini Nièces.
Te voilà toi, Mini N’vœu, et depuis, depuis 4 ans et demi donc, le monde a un peu changé. Ça m’ennuie, ça m’attriste même, profondément, de savoir qu’après janvier puis novembre 2015 il s’est passé quelque chose en moi qui me ferait, aujourd’hui, si c’était à refaire, écrire différemment.

4 ans et demi plus tard, il me faut trouver les mots justes pour te décrire, en quelques lignes, où tu arrives mais surtout lever avec toi les premières interrogations sur ce que tu voudras. Bébé Noah, troisième et petit prince d’une lignée de sœurs qui se cherchent autant qu’elles se trouvent dans leurs affinités et leurs différences, comme support à notre réflexion j’ai changé mes habitudes afin de trouver plus approprié qu’un numéro de ELLE en date de ta naissance. Tu es né un mercredi, ça ne pouvait donc pas fonctionner ! Te voilà héritier de deux hebdos : Les Inrocks et Charlie Hedbo, avec, une nouvelle fois, une blonde en couverture.

MiniNiecesMiniNveu

Commençons par lui, Charlie.

Je suis contente de pouvoir te conserver un héritage de Charlie Hebdo en date de ta naissance. Je suis effarée du monde dont il te parle (guerre, migrants, environnement et pesticides), mais c’est bien notre monde. Je ne suis pas d’accord avec tout ce que dit Charlie mais c’est la force de ce journal : Charlie lit beaucoup, s’intéresse énormément, mais surtout laisse la place à beaucoup de plumes différentes tant qu’elles sont là pour dénoncer « l’injustice » quelles que soient ses formes. L’idée n’est pas seulement de rire de tout, mais bien de faire-face, d’ouvrir les yeux, de voir, même si certains sujets, parfois, ne me semblent pas traités sous le bon angle.
L’angle, Noah, c’est ma bête noire. La quête du mot juste, c’est aujourd’hui mon métier. L’angle, c’est ce qui est supposé légitimer mon expertise ou, le cas échéant, mon ton. À voir tes toutes petites mains qui ne demandent qu’à grandir je me demande où j’en serai quand tu seras en âge de taper sur un clavier. Reste que tu trouveras, dans les pages de Charlie, les mots de Renaud (à qui je pourrais, aussi, emprunter ses Mistrals Gagnants), le trait de Riss quand il parle notamment de Béziers ou ses mots sur une loi Travail qui te semblera bien datée, les dessins de Catherine, un parrallèle avec Philippe K. Dick., une critique acide du monde vu de la terre et j’en passe.
Des hommes et des femmes qui affirment leurs idées et parlent haut.
La liberté de parole Noah, au-delà de la (uto) censure, la liberté de t’affirmer… Oui, que je sois d’accord ou non avec le fond, je suis contente de pouvoir te conserver un héritage de Charlie Hebdo en date de ta naissance.

On pourrait croire des Inrocks qu’ils te seront plus faciles à aborder : moins ancrés dans la politique de la France tu n’auras peut-être pas besoin de mise en contexte pour comprendre des textes moins enclins au second degrés et multiples niveaux de lectures. Il n’en est pas moins l’illustration d’une scène musicale et culturelle qui n’existera certainement plus beaucoup dans quelques années (et que moi-même je maitrise déjà mal).
Noah, je ne te le cache pas, j’aimerais plutôt que ça soit toi qui me parle.
Toi, raconte-moi, comment est le monde qui t’entoure alors que tu lis, finalement ces quelques lignes ! Connais-tu le nom de Game of Thrones que l’on présente ici comme féministe ? Où en sommes-nous, d’ailleurs, du féminisme ? En 2016 je dois encore rappeler que ce n’est pas un gros mot, juste un ensemble d’idées autour de l’égalité entre hommes et femmes. Y croyons-nous encore ?
Vois-tu les pubs de nos smartphones avec le même amusement que je regarde aujourd’hui ce qu’on appelait « nouvelles technologies » il y a 15 ans ?
Auras-tu un jour eu l’occasion de croiser Macaulay Culkin auquel l’hebdo dresse un portrait loin des rumeurs de ces dernières années, cet acteur mis en lumière par Maman j’ai raté l’avion ? T’aurais-je déjà raconté les mercredis après-midi et les VHS que nous faisions tourner en boucle avec ta mère dans le salon de tes grands-parents qui nous a vu grandir ?

Dis moi, Noah, dis moi, qu’est-ce qui t’anime, t’émeut, te fait rire, te rend nostalgique ou te fait réfléchir ?
Dis moi, Noah, dis moi, dans quel monde vis-tu ?
J’ai besoin de toi pour me nourrir, besoin de tes sœurs et toi pour voir un peu plus loin.
On ne va pas se mentir, non, on ne commencera pas comme ça. Alors il me faut t’avouer, en toute honnêteté : si j’ai tant de mal à t’écrire ces quelques mots, c’est bien parce que je donnerais cher pour t’apporter la première esquisse qui te permettra de dessiner les réponses. Aujourd’hui j’ai perdu toute certitude et suis face à une feuille blanche.

L’avantage des feuilles blanches, c’est que tout y est possible.

L’essentiel sera notre repère, entre toi et moi : la promesse de beaucoup d’amour (celui du genre inconditionnel) et, tant bien que mal, de croire aux étoiles.

Toujours.

xxx