Ce 3 janvier, à 17h40, mon papi est parti.
Si ma grand-mère était un ange qui nous a quitté dans un souffle, avec la soudaineté de celle qu’on n’imaginait pas voir partir si vite, mon grand-père était un guerrier qui nous a quitté dans la lutte de celui qui s’est accroché toute sa vie.
Quand on me demande son age, je réponds que je n’en sais trop rien, 85 ans, par là, je crois. « Oh, c’est jeune quand même » me dit on. Ceux qui croient cela ne savent pas encore que l’âge ne veut rien dire.
Quand on a commencé à travailler à 9 ans, quand on a travaillé la terre, toute sa vie, quand on est parti de rien pour tout construire de ses mains et de la sueur de son front…
Quand à 16 ou 17 ans, alors que les avions bombardent la région nantaise pendant la deuxième guerre mondiale, on reste droit debout dans les champs pour défier une vie qui ne fait que vous promettre de travailler encore et encore jusqu’à l’épuisement…
Quand à la fin de sa vie, on a oublié qu’on avait réussi à TOUT construire, être propriétaire, voyager, aimer, fonder une famille, pour ne se souvenir finalement que de ce chapitre écrit et réécrit à plusieurs reprises : une enfance hors de l’école, à garder les vaches, nourrit au pain sec et à l’eau…
L’âge ne veut rien dire…
Mais les valeurs si.
Le respect du travail bien fait.
La force du caractère indépendamment de ce que peuvent en penser les autres.
Quelques exemples de mon héritage.
Et puis l’amour dans la pudeur des sentiments. On n’exprime pas trop tout ça chez les hommes côté Richard. Ça reste là, dedans, caché.
Restent aujourd’hui 4 enfants orphelins qui lui doivent beaucoup, à lui comme à ma grand-mère.
9 petits-enfants qui gardent une racine précieuse, bien ancrée dans la terre.
7 arrières petits-enfants qui ne l’auront que trop peu connus.
Et toutes les autres branches d’un arbre qui ne fait que se construire un peu plus haut vers le soleil.
Restent quelques écrits, ses écrits, que j’aimerais bien, un jour peut-être, utiliser comme base pour raconter une histoire. Une histoire d’enfant devenu travailleur beaucoup trop vite, une histoire d’homme, une histoire de marchés, châssis, semis, récoltes, une histoire d’amour, une histoire de silences, secrets et blessures,…
Mon cher papi, jusqu’au bout tu m’auras appris
– que la vie vaut le coup d’être vécue, avant qu’on oublie qu’on en a les moyens
– que le temps à le pouvoir d’effacer les plus jolis des trésors de votre mémoire choisissant de n’en laisser que des friches
– que l’on peut construire sa vie, mais qu’on n’abandonne jamais, même quand tout est compliqué.
Mon cher papi,
As-tu finalement déjà su comme tu pouvais être fier de toi ?
xxx