Chers aventuriers du quotidien, aujourd’hui nous allons aborder un thème auquel j’aurais souhaité être mieux préparée : l’enfermement dehors.

Mise en situations :

  • 23h30, vous sortez en caleçon vers le vide-ordures parce que vous avez mangé du melon, et le melon ça pue. Vous faîtes les 5 mètres qui vous séparent du dit vide-ordures mais le temps de vous retourner clac, courant d’air (vous aviez ouvert pour aérer, belle idée !), la porte se ferme.
  • 11h20, vous partez pour vous marier, dans l’excitation vous oubliez l’essentiel (vos clés), de toute façon on ne va pas se mentir, votre robe n’a pas de poche, et puis l’essentiel est ailleurs. Roger votre futur mari à les siennes, ça ira bien. Sauf qu’à 5 heure du mat, Roger, quelque peu éméché vous apprend qu’il a laissé ses clés chez Alfred le témoin, à l’autre bout de l’Ile de France, et vous voilà épuisés, en tenues apprêtées, entourés de cadeaux et de fleurs, mariés, mais sur le palier.
  • 15h20, vous réussissez tant bien que mal à pousser les derniers cartons qui doivent aller à la poubelle et les sacs à descendre à la cave, tenez fermement les clés de la dite cave bien fort dans votre main et fermez machinalement la porte, sans prendre vos (PUTAIN DE SA REUM EN SHORT de) clés d’appartement.

Les points communs de ses 3 histoires : une porte, des clés pas du bon côté, le palier, une envie irrépressible de vouloir remonter le temps. Ça se joue à rien, une porte qui claque, mais ça change tout.

Bref on a tous, un jour, entendu cette histoire et on s’est tous dit « ah ouais, relou / j’aimerais pas que ça m’arrive ».
Voilà, super, sauf que si ça arrive on fait comment ?

Laissez moi vous conter…

Tout d’abord, ce n’est pas hyper important, mais il faut savoir que des 3 situations précédentes j’étais la troisième (je ne sors pas en caleçon, n’utilise pas le vide ordure, ce n’est plus la saison du melon et le jour de mon mariage on ne rentrera pas chez moi à 5 heures du mat’). Dans mon malheur, je me préparais à sortir « pour de vrai » donc j’avais avec moi mon sac et mon téléphone intelligent. Ça aide. J’étais par ailleurs en pleine journée, c’est mieux.

Étape 1 : qui pourrait avoir un double ?

Non je n’ai pas laissé de double à un de mes potes ou un voisin. Je n’ai pas de mec (oh et oh hein ça va là). Bref, depuis mon palier je visualise exactement où sont mes clés (sur la porte) et où est le double (sur l’étagère). Dans les deux cas : inaccessibles. Pas la peine de penser à l’agence car dès l’état des lieux quelques semaines plus tôt ma gestionnaire m’avait prévenue que c’étaient les seules clés de l’appartement.
Je tente néanmoins le gardien. Je laisse donc en vrac devant ma porte mes sacs et autres cartons et descends au Rez de Chaussé. Je sonne à la loge.

Je re-sonne à la loge.
Il arrive. Je lui expose mon désarroi, il semble assez peu concerné. Non il n’a aucune clé.
OK.
Comme souvent face à ce genre de situation je prends mon air de blonde perdue « mais vous ne savez pas comment faire, vous du coup ? » (moi faible femme, toi pouvoir me venir en aide et montrer tes gros muscles – ça m’agace mais ça marche 4 fois sur 5) « Bah non, j’sais pas » (c’était la cinquième fois, sur 5). Comme je sens qu’il n’est pas disposé à m’aider je commence à prononcer tout haut les mots qui me font peur tout bas « Vous n’avez pas le numéro d’un serrurier du coup sinon ? ». « Ah bah : non. » Les portugais ne sont plus ce qu’ils étaient (oh et oh hein ça va là).
Je suis relativement agacée du peu de soutien apporté par mon gardien. Il faut parfois des échecs pour se rappeler que l’air de la blonde perdue est une technique tout de même relativement fiable. Mais je sens que cet échec va me couter cher.

Étape 2 : allô serrurier

Nous y voilà. Je sors donc mon téléphone intelligent de mon sac et tape « serrurier » sur l’ami google. Les pages sont nombreuses promettant une intervention en 20 minutes, des prix fixes, l’honnêteté (carrément) et un travail de qualité. Moi je veux juste rentrer chez moi et que ça ne me coute pas un bras. Sauf que je n’ai aucune idée du prix. Et à ce niveau là de l’histoire j’en suis encore à m’imaginer qu’un bras coute dans les 50 euros. Je suis loin du compte.
J’appelle un numéro, pas les premiers qui sont de la pub, mais les suivants qui paraissent quand même sérieux. J’explique, je donne mon adresse, confirme mon numéro de téléphone. « OK j’envois quelqu’un, il sera là d’ici 20 minutes, pas de problèmes ». Quelqu’un me rappelle pour confirmer la situation, l’adresse et le téléphone. Et quelqu’un arrive au bout de 25 minutes. 25 minutes d’ennuie ferme au bas de mon immeuble à vider la batterie de mon téléphone intelligent, 25 minutes à contempler ma jolie jupe en tulle, 25 minutes à me dire que c’est définitivement une journée de perdue vu qu’en plus après toutes ces aventures je veux aller chez Castoch’ (la fameuse étagère à four, c’était une grosse journée), mais finalement QUE 25 minutes avant qu’il arrive, sur son petit scooter, le casque sur les oreilles.
Lors de notre ascension vers le palier de mon palace, je profite de ce silence gênant pour reprendre mon air de blonde perdue : « et du coup ça va me coûter cher cette histoire ? ». Il commence à me parler démontage de serrure et frais de déplacement, je commence à comprendre que mon bras coûte bien plus que 50 euros et que dans l’histoire je vais surement perdre les 2. Mais il préfère attendre de voir exactement la serrure et la porte.
Et face à ce ridicule morceau de bois posé sur charnière il prend finalement un air concerné « hum, c’est une Bricard ».
Si vous l’doc, doc, c’est à dire ?
Alors qu’il commence à me parler de 80 euros de déplacement, 60 euros de main d’œuvre et 210 euros de démontage de serrure je me permets un « mais y a pas moyen de juste débloquer la porte comme ça, avec une radio (comme j’ai vu dans un reportage de capital sur les arnaques de serruriers il ya 3 ans, 2 ans, 1 an et demi, 9 mois, …) ? ». Il me répond qu’il va essayer (parce que ça reviendrait alors à 140 euros + 60 euroshors taxe, pardon, j’ai oublié de préciser – parce que tu crois que je vais le passer en frais professionnel ?).
Pour sa défense, il en a (un peu) chier. Pour de vrai, Parce que ça passait pas en fait, la radio. Donc il a fallut forcer. Et après 25 minutes à taper un peu violemment sur la porte (pas un voisin n’est sorti, je vais mettre cette indifférence sur le compte de l’absence même si certaines TV étaient allumées, c’était surement pour faire fuir les cambrioleurs (qui peut-être essayaient de forcer la porte de chez moi du coup, mais ils peuvent pas savoir, ils ne sont pas sortis !))(parenthèse dans la parenthèse = mise en abîme), après 25 minutes donc, miracle, magie, lumière et victoire, mon palace s’ouvrait à moi !

Étape 3 : le laissage de carte

Vint la question fatidique du paiement. J’ai péniblement 40 euros sur moi dans les jours fastes, alors 200 et quelques plus les taxes, on était loin du compte. Mais mon air de blonde perdue a joué un peu car alors qu’il commençait à rouler des mécaniques en m’expliquant que d’autres que lui auraient laissé tomber, mais lui, là non, il aurait pu continuer des heures si il avait fallut (véridique), il me proposait de payer en liquide, histoire de ne pas me faire payer la TVA, tout ça, on s’arrange quoi.
Je le laissais donc en bas de mon immeuble le temps d’aller retirer quelques sousous (vider mon compte en banque le 7 du mois) et de me dire que je pourrais en fait, aussi, tout bonnement le laisser là et aller faire ma vie chez Catsoch’ car c’était le chemin, et que j’avais pas envie de lui lâcher 200 euros.

Ma non bravoure légendaire nous amène donc à conclure en bas de mon immeuble, moi qui lui tend les 4 billets de 50 euros, et lui de me dire Bon bah, j’espère ne pas vous revoir. En tous cas pas dans ces circonstances là (sourire). C’était prévisible à 10 kilomètres, parce qu’on ne va pas se mentir l’air de la blonde perdue appelle ce genre de démarche.
Or je n’aime pas les gens prévisibles.
Il n’était pas méchant. Pas mon genre mais pas horrible. Habile du scooter (a priori) et certainement un bon parti (en moyenne 5 ouvertures de portes par jour m’a t’il confié, soit 1000 euros la journée, même si il ne garde pas l’entièreté de la somme… je vais peut-être revoir le thème de ma reconversion), mais lorsqu’il a conclut d’un Ce qu’on va faire, je vous laisse ma carte, comme ça la prochaine fois, si jamais, ça vous évitera de payer les frais de déplacement par exemple (sourire), j’ai pris rapidement le dit bout de papier cartonné et m’en suis retournée à mon histoire d’étagère à four. J’étais partie avant lui. Légère de plus de 200 euros et un brin blasée de ma journée, mais au moins, maintenant, quand quelqu’un se trouve coincé sur son palier, je sais comment ça se passe.

xxx

PS : Et si certains veulent transmettre le numéro d’un serrurier qui ne coute pas 2 bras, les commentaires sont ouverts !