C’est un peu le sujet du moment. Titiou Lecoq nous le disait en mai avec sa « philosophie du ras-la-moule ». Fiona Shmidt de son côté évoquait sa « curent mood : en panne ». Pour ma part, si ce n’est la panne, en tous cas tout est laborieux. Aligner les mots devient compliqué. Si ça soulage toujours de mettre par écrit ce qui tourne en boucle dans ma tête, trouver la bonne formulation, la justesse de ton, l’intelligence des tournures de phrase : tout me semble loin loin loin. Hors de portée : non – mais loin.

Je n’ai qu’une envie : buller. Rien foutre quoi.

Il y a le boulot, les semaines fatigantes enchainées depuis mon retour de vacances, et puis ça devient dur, hein, quand même, on ne va pas s’mentir. Il y a eu quelques nuits un peu trop courtes. La chaleur aussi c’est sur. Celle qui sent les vacances, qui déshabille, allège les tenues, et dans la mesure du possible réduit au minimum la quantité de tissu au contact de la peau (mon compte Instagram deviendrait presque indécent). Mon esprit est encombré par la sensation de chaleur sur mes mollets et à l’écoute de la moindre brise dans ma nuque.  J’avoue : j’adore !

Alors je me sers de mes visiteurs de la semaine comme une excuse pour ne pas écrire. Il y a eu ma soeur et mon beau-frère d’abord. Sans les mini nièces, restées avec mes (grands-parents de) parents. Et demain c’est Toulouse qui vient prendre le relai sur mon canap. Reste ce soir, Koh Lanta et les macarons Pierre Hermé (douce attention des pensionnaires précédents – les suivantes rapportent leurs cookies, ceux qui font saliver le tout Toulouse, ceux des coudes sur la table), ce soir donc pour avancer un peu (un tout petit peu). Et me retrouver, aussi.

Ça fait près de 13 ans que je vis toute seule (ou pas, ou presque, mais si quand même). 13 ans d’habitudes, à ne rendre de comptes à personne, à réfléchir au jour le jour et changer mes avis sur le diner, la déco ou l’organisation, seule avec moi-même. C’est plutôt pas mal en fait…
Forcément parfois on aimerait bien poser sa tête sur une épaule et laisser aller. On aimerait bien, dans l’incertitude des choix (les grands – ceux de la crise de la trentaine par exemple), avoir une oreille attentive pour sortir de sa bulle possiblement et passablement étouffante. On aimerait quelqu’un qui vous hisse pour prendre de la hauteur. Ou, de façon plus terre à terre, quelqu’un qui vous dise « Hey Lisette, ce soir, je t’ai préparé une petite salade et j’ai pensé que pour les vacances on pourrait aller là ».
Vous savez quoi, je crois qu’aujourd’hui, j’aurais répondu « ah ouais ? ah ouais ! ». Et je n’aurais même pas discuté.

En temps normal, je discute beaucoup. J’argumente. Je joue de l’esprit de contradiction. J’ai du mal à laisser quelqu’un d’autre prendre le contrôle. Et qu’on ne vienne pas m’expliquer ce qui est bon pour moi !
D’une façon générale, ma boîte à chaussure d’appartements est mon nid, mon repair. J’y ai mon rythme. J’aime y recevoir, par petites touches en goute à goute (mini salon) parce que j’en suis fière. C’est chez moi. Ma bulle. On s’essuie les pieds avant d’entrer s’il vous plait. On s’y pose, on boit un thé, on discute, et si tout va bien, on tombe les masques.
Quand on y vient pour un peu de temps, j’apprécie les présences, je fais en sorte qu’on s’y sente au mieux, je me réjouis de moments privilégiés et je partage allègrement ma sale humeur du matin (31 ans que je la travaille). Et je profite aussi. Comme ce matin quand devant mon miroir de salle de bain je me suis vue devenir toute rouge et transpirante en pleine bataille avec ma robe : fermeture éclaire coincée. Impossible de la monter. Impossible de la descendre. J’ai réalisé que j’avais deux paires de mains dans mon salon. C’est ma sister qui s’y est collé. Ça n’a pas changé grand chose, mais je n’étais plus toute seule dans mon désarroi, et j’avais quelqu’un avec qui partager ma joie quand 3 minutes plus tard j’ai réussi à la débloquer.
Comme quoi, même si ce soir, clairement, j’apprécie de me balader dans l’indécente transparence d’une tenue que seule ma solitude permet et de souffler à mon rythme (tout mou), il y a des petits moments qui font que c’est chouette de partager sa bulle.

xxx