Y a 2 types de gens dans la vie de grands (moment je mets dans les cases et caricature pour expliciter un propos) : ceux qui sont en couples et ceux qui sont célibataires. Histoire de pousser l’idée plus loin, je peux aller jusqu’à vous écrire : il y a ceux qui planifient leurs vacances en prenant en considération les désidératas et possibilités de tiers, et ceux qui savent ce que ça veut dire « partir tout(e) seul(e) ».

Ces derniers sont mes amis, car quand je parle de mes destinations de voyage, ils ont le bon gout de ne pas me dire :
– tu pars toute seule ???? (avec les 50 points d’interrogations et le regard de pitié qui vont avec)
– t’es « courageuse »
– tu peux plus facilement faire des rencontres, c’est cool !

Parce qu’ils savent qu’il est possible et probable que si j’avais la possibilité de partager avec quelqu’un, je le ferai. Je ne comprends pas bien en quoi c’est plus simple de rencontrer des gens chouettes quand on est seul, vu qu’on a d’autant plus sa timidité, ses doutes et que personnellement j’ai toujours trouvé que les rencontres et moments sympas partagés avec des gens sont plus sains sans le côté ambigüe de la nana toute seule. Et non, je ne suis pas particulièrement courageuse.
Juste ils savent que c’est comme ça. Ce n’est pas grave. Ce n’est pas bien. Ce n’est pas là l’important. Mais bien le voyage en lui même. Et ce que je veux en faire.

Voyager tout(e) seul(e), c’est comme voyager tout court, il n’y a pas de règles définies, pas de grandes théories applicables un peu partout et pour tout le monde. Tout ça c’est une histoire de gens, de moments, d’a(in)spirations, de projets, d’envie, de moyens.

Alors parlons de moi (pour changer).

Comme je l’évoquais au détour d’un poste, j’ai la chance d’avoir un caractère un peu relou qui ne supporte pas de dépendre de l’extérieur (les choses, les gens, etc.) mais qui me met assez régulièrement en recherche de moments avec moi même. C’est déjà un bon point de départ je pense pour se donner la possibilité de prendre son billet de train / avion.

Quand à 20 ans tout juste j’ai dis à mes parents que je partais toute seule en Australie pour un an avec 0 argent et à peine quelques mots d’anglais en tête, ils ont fait un peu la tronche.
Quand à 23 j’ai dit que j’allais repartir, surement vers le Canada, ils étaient moins surpris.
Quand à 24 ça c’est concrétisé, un départ toute seule, mais avec un boulot, un peu plus de sous en poche et l’expérience australienne + un vrai niveau d’anglais en bagages, ils ont regardés la meilleure période pour venir me voir.
Et depuis quand je leur parle de weekends à Londres, une semaine à New-York ou quand à 30 ans je décide de partir 2 semaines à Los Angeles, toute seule, pour aller voir les vagues et les surfeurs, ils me disent « c’est bien ça ! ».
(On notera mon appétence pour la culture anglo-saxonne d’une façon générale – Pas folle la guêpe, j’évite d’aller me perdre toute seule dans des contrées dont je ne maitrise aucun code. Pas si courageuse que ça j’vous disais.)

L’Australie fut un peu comme une renaissance, un voyage initiatique vers l’age adulte, si ce genre de phrase – un peu trop directement sortie du grand livre des clichés à mon gout – a vraiment un sens. Le Canada, c’était la suite, c’était logique, c’était vital : repartir pour savoir que c’était possible.

2 années à m’installer, loin, ailleurs, tout construire, et déconstruire quelques mois plus tard.
Toute seule.

Mais les 2 expériences sont différentes. Les conditions étaient différentes. Et les ambitions aussi. Le Canada c’était le boulot. L’Australie c’était la débrouille, le summum du pas une thune et je compte mes centimes pour faire quelques kilomètres de plus, m’en mettre encore plus plein les yeux. Le Canada c’était la découverte d’un autre pays depuis un appartement confortable, sédentaire.

Les vacances c’est encore autre chose. C’est court, de fait, on n’est plus dans un quotidien, on est dans la parenthèse, l’échappatoire face à la VRAIE vie.
Cette année j’avais besoin de plus qu’une parenthèse, il me fallait revenir aux basiques, les miens : les vagues, la plage, le soleil. Me rappeler que c’était là, réel, quelque part. J’ai loué une chambre à Venice beach et ai vécu en collocation au rythme de là bas. Sans grand projet, sans volonté de TOUT voir en 2 semaines et faire des centaines de kilomètres, sans jouer la touriste. Juste là, entre Venice et Santa Monica, dans un quotidien qui est devenu le mien près des vagues et sous le soleil.
J’avais besoin, aussi, de me rappeler que, aussi chouette que ça pourrait être de partager des moments un peu magiques avec quelqu’un d’un peu magique aussi, moi et moi, on avait déjà tout pour vivre de jolis histoires (aussi).

Et donc j’suis partie toute seule. A Los Angeles.

Chercher un peu de dépaysement dans une culture et avec des codes que je maitrise a peu près. Lire, écrire, écouter de la musique. Planifier mes journées comme je le voulais et changer complétement mes plans en fonction des envies du moment. Sans dépendre de qui que ce soit pour organiser mon temps et rencontrer des gens (ou pas).
Avoir des moments de grande solitude, aussi, mine rien. Des couchers de soleil qui m’en ont rappelé d’autres. Des ballades qu’on aimerait partager, rythmées de chanteurs à la guitare de plus de 60 ans qui n’ont rien à apprendre de Bob Dylan. De longues pensées où l’on re-vie des histoires dont on réécrit la fin avant d’être rattrapé par le son des vagues et le moment présent.
Et se servir de l’instant pour donner une nouvelle perspective sur ce qu’on aimerait faire de la suite.

Depuis quelques mois, je me suis réapproprié mon présent. J’y vois ma chance, j’y entends mon intuition, j’y trouve des idées, j’y fait des projets. J’y vis bien avec moi même. Et je suis persuadée que c’est le meilleur point de départ pour bien y vivre avec quelqu’un et les autres en général.

Ces 2 semaines étaient top, dans la juste lignée.
Je le ferai encore.
Et parfois aussi, je partirai avec une (ou plusieurs) personne(s) magique(s).
Dans tous les cas ça sera chouette.
Tant que je serai en paix avec moi même.
En phase avec l’instant.

xxx

PS : Histoire d’adoucir le retour vers un quotidien un brin moins iodé sur Paname City, c’est à Hossegor que j’ai fait la transition et retrouvé 10 personnes (magiques) (dont le plus chou des chouchou et ses 18 mois). Deux salles deux ambiances me direz vous ! Sauf que mes amis sont formidables et outre leur capacité à m’écouter me la raconter avec mes 2 semaines à L.A., outre le plaisir des p’tits dèjs, apéros et grandes discussions partagés, c’est tout naturellement qu’on se laisse chacun vivre à nos rythmes depuis 12 ans maintenant. Dans le respect de nos différences et l’humour de ceux qui vous font prendre de la hauteur sur ce que vous êtes.
Il n’aurait pas fallut le faire dans l’autre sens.
Casse-dédi les amis !