Si vous me suivez depuis un petit moment maintenant ici ou , vous avez dû comprendre que la musique et moi avons un rapport relativement détaché de tout air du temps et simultanément assez épidermique. Il faut que ça me parle, que ça résonne, quelque soit le son, quelque soit la langue, quelque soit la voix. Ainsi, il faut non seulement qu’une chanson croise ma route, mais qu’elle le fasse au bon moment. Et voilà comment je me retrouve, en 2015, à 31 ans, en boucle sur l’album Suprême NTM de 1998. #123zéro #nostalgie #LaFranceEnBlackBlancBeurre #Jai15ans #A BaseDePopopopope

Si vous me lisez assidûment (les autres sont priés de faire semblant, merci) vous avez dû voir passer la liste de mes envies publiée il y a quasiment un mois. Dessus, je vous le donne en mile, l’envie surprenante de caser dans mon mini Palace ou chaque centimètre est une victoire sur la logique urbaine, un tourne disque. Une platine. À l’ancienne. Avec les disques qui prennent de la place pour aller avec. 

Une crémaillère plus tard, cette envie se voit assouvie. Ne restait plus qu’à trouver les vinyles et compléter la première collection fournie, parce que les 45 tours des Bee Gees, Fame ou les compagnons de la chanson ne me comblent effectivement pas complètement.

Pas loin. Mais pas complètement.

J’habite un quartier où les artistes se collisionnent avec le monde de la nuit et les épiceries fines, alors forcément, à moins d’un kilomètre de mon Palace se logent deux des disquaires les plus reconnus de la place parisienne : Plus de bruit (avec ses prix bas, son gérant qui je pense existait avant le CD et la boboïsation du quartier) et la Fabrique de ballades sonores (beaucoup plus bobo hipster dans l’âme mais hyper complet et proposant régulièrement showcases et compils home made). En ce samedi d’octobre, je me suis donc retrouvée à répéter  / retrouver ce geste dans les bacs de 33 tours, alternant indexes et majeurs pour faire basculer les pochettes vers l’avant et donner à voir les suivantes. Le butin de la sortie : Imagine, Bleu pétrole, The concert in Central Park et Enregistrement public Amsterdam (et un bouquet de renoncules qui n’est, semble t’il, plus une fleur de printemps mais d’automne / hiver…). Du classique de chez classique, oldies but goodies, des valeur sûres.

Alors en cet après-midi d’octobre que je n’échangerais pour rien au monde, je place les 33 tours sur ma platine, dépose délicatement le diamant sur le bord du cercle noir et profite d’un apaisement que je n’avais pas soupçonné. Il n’est plus ici question d’illimité, d’aléatoire ou de dématérialisation. On parle bien d’albums, d’un objet bien réel.  Un artiste qui me prend par la main, le temps de me raconter une histoire dans un ordre précis et maitrisé, l’ordre qu’il a choisi et réfléchi. Ce moment a un début et la fin est programmée. À mi parcours il me laisse le choix de nous arrêter là, ou bien d’aller retourner ce cercle noir aux irrégularités que seul le tournoiement de la platine sait révéler. D’un coup, cette musique que je consomme en règle générale par giga de playlist sur mon ipod retrouve son sens initial.

Parfois la contrainte d’aller chercher le précieux trésor au fond de sa pochette et de devoir accéder à la suite d’un retournement après seulement 3 ou 4 chansons se voit finalement plus rassurant que toute notion d’illimité.

Je préfèrerais évidemment que me actes militants ne me coutent rien, mais aujourd’hui j’ai fait vivre deux commerces de proximité et versé quelques droits d’auteurs. Tant pis si 3 d’entre ces génies sont partis depuis quelques temps déjà, et tant pis si ce n’est pas eux qui en ont le plus besoin. Sous ce ciel bleu d’octobre où Paris a fait basculer la plus grande de mes certitudes (je déteste l’automne), 5 grands messieurs m’ont pris successivement par la main pour me raconter leur histoire dans l’ordre qu’ils ont choisi pour moi.

Nul besoin de préciser à quel point elles sont belles, ces histoires.

xxx

Imagine #perfectSaturday

A video posted by Elise Richard (@misserichard) on