Il y a quelques jours encore, on m’interrogeait sur mon métier.

Qu’est ce que je fais dans la vie ?

Quelle question… Plein de choses, pas grand chose, et si en ce moment je me chauffe pas mal avec mon ami Paul Lemploi, d’une façon générale disons que je raconte des histoires… En bonne donneuse de formation, sur mes blogs, dans les papiers que je balance de ci de là ou sur les Réseaux Sociaux, oui, je raconte des histoires.

Une bonne histoire, c’est d’abord un bon sujet (puis un bon angle, un bon style et enfin un bon titre, pour faire court).

Le « bon » sujet est subjectif et, croix de bois croix de fer, si j’en crois les derniers jours qui viennent de s’écouler (et le râle délicat accompagné de la rengaine certaine qui me poursuit « Raaaaaa non, vas-y, c’est tout pourri comme idée de billet de blog ! ») le « bon » sujet est un bon gros filou tendance lâcheur.

Comme je ne suis pas du genre à garder mes interrogations pour moi (coucou !), je t’en livre ici 2/3, des bons et des moins bons sujets.

Prenons un exemple… Quand un connard décide d’envoyer sa voiture sur les trottoirs du pont de Westminster avant de se crasher sur les grilles quelques mètres plus loin pour aller poignarder un policier, d’aller braquer une militaire pour lui prendre son arme en plein milieu d’Orly ou encore de venir fusiller ses camarades de classe à Grasse… ça mérite non seulement d’être signalé, mais surtout d’être condamné.

Non, tous les êtres humains ne sont pas complètement débiles au point de vouloir tuer leurs congénères. C’est important de se le dire. C’est important de le savoir.

La grande majorité de l’humanité veut, elle, faire des choses bien, constructives et avoir l’impression de grandir ensemble. Et ça aussi, ça vaudrait le coup d’en parler.

Dans un cadre plus personnel, mais néanmoins public vu la stature de la personnalité, quand Kristen Stewart annonce au ELLE UK en juillet 2016 « je crois que je suis très amoureuse de ma copine », ou, il y a quelques semaines alors hôtesse du Saturday Night Live, entre deux phrases adressées à Donald Trump, « je suis tellement gay… », en revanche, c’est un non évènement. Comme l’explique cet article de Slate : En vingt ans, le coming out hollywoodien s’est transformé . À n’en pas douter. Il n’empêche, Hollywood ou non, homo ou hétéro, on a rarement vu le talent, la personnalité, l’intelligence ou l’élégance se définir en fonction de ses préférences sexuelles.

Pour l’exemple donc : ceci est un non-sujet.

À un niveau beaucoup plus local, il y a quelques semaines, attablée dans le coin d’une salle, d’un café parisien, je travaillais sur un papier qu’il me fallait rendre avant la fin de ma salade César sous cellophane. LadyApple allumée et mes notes en évidences j’essayais, entre deux bouchées, d’aligner les idées en forme de mots. Une dame est alors entrée, sa canne blanche devant elle butant contre les chaises pour trouver son chemin. Face à une table et à un mur décidément peu coopératifs, les personnes les plus proches se sont intéressées à l’itinéraire recherché.

Besoin d’aide, peut-être ?

Elle pensait trouver, en lieu et place de cet ensemble fait de fausses briques, une porte vers les toilettes. On lui a indiqué le chemin, doucement, sans supériorité mal placée ou impatience condescendante. Elle a chaleureusement remercié sous les regards plus ou moins indifférents d’une assistance qui aurait très bien pu prendre le relai. Partageant la longue banquette du mur opposé, mon voisin de droite y a vu, là, un sujet.

C’est triste hein ?

– Pas tant que ça, ai-je répondu. Globalement, elle parait plutôt bien s’en sortir et puis, dans le cas inverse, les gens semblent quand-même assez bienveillants. Non ?
– Ah oui, c’est vrai c’est vrai…

Un jour, bientôt, dans ce monde un peu débile, un peu taré, la majorité de l’humanité souhaitant vivre ensemble et se connaitre verra ce qu’elle peut construire communément être traité comme de vrais sujets, l’homosexualité n’en sera définitivement plus un et, avec encore un peu plus de patience, le handicap, lui, ne sera plus vu comme triste, dramatique, grave ou tabou,  quelque chose dont on parle à voix basse sur un ton entendu.

Ce ne sera plus un sujet.

Ça sera juste une réalité.

xxx

Image : Gedalya AKA David Gott