Voilà, il fallait bien que ça arrive un jour. Ça fait un an et demi que je l’attends l’email qui dira

Bon, clairement, là c’est tout pourri, il faut tout revoir. J’y suis depuis une heure et n’ai pas eu le temps de tout reformuler. C’est mauvais.

Bien-sûr les mots étaient différents. La bienveillance qui émane de la personne à la critique affutée a donné à l’ensemble un matelas cotonneux de phrases dures mais néanmoins personnelles, adressées, constructives. Elle aurait pu se contenter de quelques coupes de ci de là, mais non, elle a pris le temps… Pris le temps de descendre en flèche un travail dans lequel j’avais mis du temps, du cœur, certes, mais pris le temps de me laisser une chance d’améliorer les choses.

Je le sais que certains textes, parfois, sont moins bons, moins drôles. Moins inspirés.
Je le sens quand certains tombent justes. Les retours, les commentaires, les like ou les partages le confirment souvent.
Il y a mes textes et ceux que j’écris pour d’autre. Dans ce cas là, évidemment, je lis les correctifs, les papiers qui ne bougent pas d’une virgule entre la proposition et la publication ou les autres, plus ou moins retravaillés. Déjà je m’étais confrontée à quelques divergences de point de vue. Déjà parfois, il a fallu avaler la pilule.

Quand on est dans un boulot un peu créatif, c’est d’autant plus difficile d’accepter la critique et de faire la part des choses : ce n’est pas personnel. Non. 

Même si on met ses tripes dans chacun de ses papiers ?

Je n’ai, à mon niveau, jamais su différencier le professionnel et le personnel. Les deux se sont toujours imbriqués. Aujourd’hui plus que jamais.

N’empêche, quand on est dans un boulot un peu créatif, on est obligé d’accepter la critique.
Et quand on commence tout depuis le début, avec ses petits moyens et sans autre formation que son ressenti intrinsèque que c’est la bonne décision, la bonne voix, le bon moment et qu’il faut de toute façon y aller parce que c’est devenu une telle évidence… On se doit de chercher la critique, d’apprendre, de tomber pour sentir, de gadin en gadin qu’on progresse.

Qu’on se rapproche de la justesse.

Un an et demi que je l’attendais cet email.
Il est là, arrivé sous les traits d’une personne dont j’apprécie tout particulièrement le travail. Le premier d’une série à venir. Une partie de moi l’espère peut-être. Un peu comme je déteste avoir tort, paradoxalement réaliser qu’une certitude sur laquelle je m’appuyais se dissipe parfois pour aller vers un peu plus de vérité me grise particulièrement.

N’empêche ça pique.

Sur le coup on se dit merde et puis très vite on se sent conne. Nulle. Un peu miséreuse d’avoir fait perdre du temps à l’un de ses pairs. Vient alors la remise en question globale pour, quelques secondes, encore plus tard réaliser qu’on a de la chance…

La chance qu’une personne dont on apprécie le travail vienne mettre son grain de sel dans le votre, la chance de pouvoir partir sur des retours concrets pour améliorer ses écrits, la chance d’apprendre, la chance de perfectionner des techniques difficiles.

C’est comme ça qu’on apprend.

Demain, sans faute on reprendra tout dans l’ordre et on se remettra en marche.
Pour commencer on va prendre l’apéro. Parce que la chance pour le moment, elle fait un peu mal.

Mais demain, sans faute, j’apprendrai à me relever de mon premier gros gadin.

xxx

Image : Chris Blakeley