Chers aventuriers du quotidien, une fois n’est pas coutume, mon titre est fidèle au sujet du jour. Je t’embarque donc dans l’aventure analytique.

Mes nouvelles passions étant le sport et les légumes, tu le sais, je suis une femme nouvelle ! Alors pour parfaire la trentenaire qui est bien à l’intérieur et ça se voit à l’extérieur (ou l’inverse), depuis quelques mois maintenant, je vais voir une dame Psy, avec la régularité hebdomadaire de la meuf (ou du mec) qui va faire retoucher ses racines tous les mois chez son coiffeur.
C’est le même prix.
Sauf que c’est toutes les semaines. Autant dire qu’il faut choisir :

qui va chez le psy a les cheveux blancs.

Pendant des années j’ai douté sur le concept même du / de la Psy, ce truc à la mode où les trentenaires parisiens vont larmoyer sur leurs déceptions amoureuses et l’incapacité de leurs parents à les élever correctement. Après quelques semaines et malgré un objectif initial bien spécifique, je suis passée du côté obscure de la force : je me suis vue, sur le fauteuil rose à côté de la fenêtre, fixant le rideaux en larmoyant sur une histoire de mec et, de temps à autre, ça m’échappe, je sors, en pleine conversation avec les copains des « comme dirait ma psy… » complètement improbables il y a 6 mois de ça. 

Tout a commencé un lundi de janvier, de l’autre côté de Paris.
J’ai pour la première fois tapé ce digicode. Depuis, je le connais par cœur, mieux que celui de mes copines.
J’ai appuyé mainte fois sur les boutons de l’interphone pour trouver le nom à appeler. Le genre d’interphone où l’on brasse tous les habitants de l’immeuble dans l’ordre alphabétique ou rétro-alphabétique. Ma Psy est pile au milieu de l’alphabet. Dans un souci d’optimisation j’ai mis plusieurs semaines de comptes et décomptes pour statuer : il faut commencer par A, c’est le plus rapide !
J’ai cherché l’interrupteur. Je le cherche toujours d’ailleurs. Tous ceux que j’ai trouvé allument TOUT sauf la cage d’escalier.
Alors j’ai appris à monter les quelques marches ET MÊME à trouver la sonnette dans le noir. Je me rassure en me disant que je fais des économies d’énergie. Dame Psy, elle, m’ouvre toujours la porte avec la même réflexion : « oh vous êtes dans le noir ! ».
Je n’ai jamais osé lui répondre que je n’avais pas trouvé l’interrupteur.

Lors de ma première séance « découverte », je suis entrée dans son bureaux / cabinet au bout du couloir en la devançant :
« Entrez, vous verrez, il y a un fauteuil sur votre gauche. M’a t’elle annoncé
Je réalisais alors que, vu comment est fait le bureau, il n’y a rien à gauche, juste un mur. À ma droite 4 fauteuils. « Ceci est un test », me suis-je dit intérieurement. Un premier dans le coin à côté de la lampe et du radiateur, un second en face tout défoncé et très bas, un autre plus près de moi de type chaise-moderne-qui-couine-dès-qu’on-bouge et enfin une banquette où l’on peut s’allonger… j’ai eu beau éliminer cette dernière option (on ne m’allonge pas au premier rendez-vous, là comme ça, wow!), il en restait trois et aucune ne me semblait plus logique qu’une autre. Alors en montrant la chaise couineuse j’ai repris les prémices de nos longues conversation à venir :
– Ici ?
– Oui, là vous pouvez-poser vos affaires si vous le souhaitez. »
#Fail.
Entre temps elle s’est assise à côté du radiateur, me restait le petit fauteuil ayant pris la forme de centaines de fesses. C’est donc là que tout devra se passer…

Ainsi soit-il.

Lors de cette première séance, j’ai pleuré. Mais j’ai considéré que c’était normal : il y avait une grosse boite de mouchoirs à côté du petit fauteuil.
Les mouchoirs de ma psy, ils sont colorés. Tu sais, rangés dans cette alternance de vert et bleu, les mêmes mouchoirs que quand j’étais petite et qu’on nous répétait « mouche-toi donc au lieu de renifler ! ». Aujourd’hui je ne me fais pas prier pour sortir de ma session les poches pleines de ces vestiges… Sauf que les mouchoirs de ma psy ils sont aussi du genre à se transformer en confettis collants si tu les oublies dans une poche avant de passer en machine. Un jour, j’ai voulu démarrer la séance en faisant une blague sur le sujet. Ma Psy n’a pas rigolé. Non, elle s’est excusée.
Je ne suis pas certaine qu’on ait le même humour.

Les débuts de sessions sont un enfer. Je ne sais jamais où nous nous sommes arrêtées la dernière fois. Et puis il y a des jours où je ne sais pas de quoi parler. Vu le prix à la minute, les moments où j’ai envie de dire « voilà voilà » en regardant de l’autre côté de la rue par la fenêtre, ils m’angoissent.
Pour amorcer n’importe quelle conversation avec n’importe quel être humain, j’ai tendance à dégainer le classique mais néanmoins indémodable : « vous allez bien ? ». Sauf qu’on s’en fout. On s’en fout de savoir si elle va bien dame Psy, on n’est pas là pour ça… Du tout ! Je te mets au défi de te poser en face de quelqu’un après juste un « bonjour » et lui balancer ce qui se passe dans ta tête sans échauffement, vodka ou autre mise en bouche… juste une meuf (pardon… dame) qui te regarde de son œil attentif voulant dire « je t’écoute mon petit, dis tout à dame Psy ».
C’est chaud cacao.

Les fins de sessions ne sont guère mieux car, au choix, je suis en plein milieu d’une explication FON-DA-MEN-TALE sur le pourquoi du comment de ce qu’il faut savoir pour bien percevoir l’entièreté du problème, quand elle me rattrape en vol et me coupe l’herbe sous le pied d’un

« on va s’arrêter là ».

Ou pire, plus rare mais terriblement déstabilisant, le posage de bombe, la phrase venue de nul part qui remet en cause mes plus certaines certitudes, suivie d’un « reprenons là-dessus la semaine prochaine » ! prononcé alors que dame Psy est déja en train de me guider vers la sortie.
Je reste ainsi sans voix et bégaye un « euh… oui… d’accord.. aurevoir » avant que la porte ne se ferme devant moi.
Me reste le chemin du retour (et les 167 prochaines heures) pour réfléchir à la bombe en question.

Alors voilà, tu sais tout, je suis une femme nouvelle très en phase avec mon psyché.

… Ou du moins consciente de sa présence.

On apprend à cohabiter. Parfois je me dis que j’aimais mieux quand je ne le voyais pas. Et puis souvent je réalise que, comme dirait ma psy, je dois apprendre à vivre avec mes différents personnalités.

Et toi, dis moi, on t’allonge, direct, à un premier rencard ?

xxx

PS : la photo n’a pas complètement rien à voir vu que, on ne dirait pas comme ça, mais entre mon Palace et dame Psy, il y a ces moutons.
#Paris.