Aux copains…

On a 30 ans.

Ou plus.

Peut-être un peu plus, oui, maintenant.
Quelques douzaines de mois de plus. Mais on a 30 ans. 14 ans qu’on se connait, qu’on rigole (beaucoup), qu’on s’engueule (si peu), qu’on pleure (#LifeIsABitch). Un petit groupe d’une dizaine. La famille de cœur.
14 ans que l’on partage nos vies.
Et, depuis quelques temps, nos préoccupations de trentenaires.

Il y a eu les changements de voies, quelques déménagements, les démissions, les remises en cause professionnelles, les ruptures, les incertitudes,… Mais aussi les mariages, les annonces de bébés (venus ou) à venir, les achats d’appartements, les reventes, et puis les F.I.V. ou autres démarches adoptives.
Parfois, alors qu’on me dessine les plans d’un futur appart sur une pub de Libé en mâchonnant un sandwich lors d’un pique-nique au parc, ou que je feuillette des catalogues de cuisinistes entre deux sushis en discutant résistance thermique de plan de travail, je réalise qu’on n’a ni les même préoccupations, ni les mêmes projets. À mon échelle, je vis toujours (en location) dans 25 mètres carrés et ai retrouvé un niveau de vie similaire à celui de mes 20 ans (sauf que maintenant je mange des soupes bio et plus des nouilles chinoises Leader Price).
La vie d’adulte (tout du moins son concept, tout du moins ce que j’en imagine) m’intéresse aussi peu qu’elle ne m’inspire.
Et puis quand celle-là même qui vient de mettre au lit ses deux chouchous de 12 mois et 3 ans et demi me dit tout naturellement « non il est vachement plus âgé, il a deux enfants », je me dis dans un sourire que, pour elle non plus, finalement, on ne sera jamais vraiment des grands.

30 ans et les choix de vie qui nous séparent…
Géographiquement déjà, quand la vie parisienne, pour certains, n’a plus les charmes de ses débuts mais conserve tous les inconvénients qu’on lui connait. Il y a ceux qui n’y sont jamais venus et d’autres qui en partent. Ou du moins en parlent.
Dans le quotidien ensuite quand ce que nous vivons (magique ou moins) est incompréhensible pour le reste du groupe, quand les projets de certains vous rappellent aux échecs des vôtres, quand les discussions se voient très très (trop) régulièrement coupées de « Mamaan » « Papaaaaaa », quand le sentiment d’impuissance nous laisse sans voix, sans conseil, sans solution, sans autre réponse que de poser notre main sur celle de l’autre.

30 ans, et, qu’on le veuille ou non, un vent de changement implacable. Une tempête qui met à l’épreuve 14 ans d’amitié nécessitant d’accepter certains silences ou désaccords. Il faudra faire rentrer les nouveaux venus qui partageront nos vies, en laisser partir certains. Il faudra accepter des choix qui n’auraient pas été les nôtres, les supporter même. Il faudra se soumettre à l’évidence du silence quand on ne sait pas quoi dire, quoi répondre, ou qu’on n’est pas sûr(e) d’être à la hauteur de certains enjeux qui nous dépassent. Il faudra respecter que nous n’avons plus tous les mêmes moyens, les mêmes besoins, les mêmes envies.

Car on est loin de l’interrogation essentielle qui nous a liés il y a 14 ans :

on fait quoi samedi soir ?

Il faudra traverser la France pour un mariage à Toulouse, la méditerranée pour des fiançailles à Essaouira, quelques stations de métro pour venir récupérer une amie à la sortie de son anesthésie, des couloirs de maternité pour prendre dans ses bras des parents nouvellement célébrés, le périph’ pour déménager des cartons, des mois d’absence pour mieux se retrouver devant un verre de Martini et une séance de pêche à pieds, les annonces difficiles, les silences téléphoniques ou les conseils qu’on ne préfèrerait pas entendre.

Et puis traverser les rues de Paris, une nuit d’été, et, au hasard du « flow » d’une playlist aléatoire sur un compte deezer emprunté à LA copine, se dire que, peut-être, c’est Scorpions qui a tout compris. (en parlant de toute autre chose)

Loin de craindre la suite, le vent du changement ou les enfants du demain, j’ai pris le parti de savourer, de ci de là, les points de vue privilégiés qui me sont accordés. Si la suite doit se faire chacun de notre côté, elle ne se ferra pas sans spectateurs enthousiastes pour applaudir, encore et encore, les glory nights de nos succès à venir ! Après tout, did you ever think that we could be so close, like brothers?

Take me to the magic of the moment
On a glory night
Where the children of tomorrow dream away
In the wind of change

Cheers.

xxx

Image : F.Caux et hommage à la souplesse de LA copine.