Dans les immuables rituels de l’été, il y a bien-sûr celui de taper ses pieds sur le sol pour en chasser le sable avant de rentrer dans la maison des vacances, mais il y a aussi, et surtout, les lundis soirs devant l’Amour est dans le pré. Où que nous soyons et peu importe l’apparente solitude qui peut émaner de cette activité depuis les hauteurs de mon Palace, les copines et moi passons nos soirées ensemble via le messenger de nos portables à commenter de façon compulsive, jouant de notre expertise respective pour anticiper qui va finir avec qui et qui va conclure en premier. Au grand jeu des pronostics, je ne me positionne pas trop mal.

Vivant depuis près de 10 ans une relation très suivie et fidèle avec le célibat (il y eu, bien-sûr, quelques ruptures ou pas de côté, mais, invariablement, je reviens à lui) il est de bon ton, régulièrement (pour ne pas dire quasiment systématiquement) que mes copines évoquent en toute simplicité :

« Élise, tu t’inscris l’année prochaine !?! »

Une nouvelle fois ce lundi la question fût posée au détour d’une bulle de couleur affichée sur mon smartphone.
Outre mon amour des bestioles (ma vérification systématique avant de m’endormir que rien ne vole autour de mon lit sous peine de se voir réduit à néant en témoigne) il faut dire que les habitudes prises par les « prétendantes » lors de leur arrivée chez leur agriculteur choisi me laissent pantoise… Et perplexe quant à ma capacité de m’adapter aux attentes, semble-t-il, convenues par l’ensemble des participant(e)s.

Ainsi donc, petit florilège* :
– Lorsque la prétendante arrive chez son agriculteur et que l’heure du diner sonne dans la foulée, il n’est pas rare que, tout naturellement, les valises encore sur le pas de la porte, elle prenne possession de la cuisine. Lui rétorquera que, d’habitude, sa mère s’en charge ou bien qu’il était trop occupé à chercher l’appareil à raclette.
Admettons.
Elles ne sont, après-tout, pas là pour se faire servir, il est bien question de mettre la main à la pâte.
– Alors certes, pendant qu’il est à la traite des vaches ou autres activités laissant seules les deux femmes qu’il héberge pour 5 ou 6 jours, celles-ci n’hésiteront pas à passer un coup d’éponge sur la table du petit déjeuner. Mais se doivent-elles réellement de se lancer dans le grand ménage de la maison, voire même aller jusqu’à faire son lit, en attendant patiemment, à l’intérieur, que l’agriculteur revienne ? Pour parfaire le tout il s’agira bien-sûr de s’en gargariser entre prétendantes : la satisfaction du travail bien fait !
– Viendra de toute façon le diner avec 30 inconnus (famille ou amis) peut-être un peu trop alcoolisé où il faudra faire passer le message. Avant que ne monte l’ambiance et alors que les prétendantes s’assureront de distiller aux proches de l’agriculteur leurs principaux talents pour qu’ils soient correctement relayés, il ne faudra pas hésiter à stipuler : « je sais entretenir mon intérieur » ou autre « mon objectif est de fonder une famille » voire « de m’occuper de mon mari ».
– Quoi qu’il en soit lors de la rencontre avec la mère de l’agriculteur il s’agira de, bien-sûr, la complimenter  : « elle a des qualités énormes : elle sait cuisiner ».

Voilà.

L’amour est dans le pré se passe donc en 1952, les femmes ont à peine le droit de vote (1944) et pas encore le droit de travailler sans l’autorisation de leur mari (1965),

fort heureusement le ménage c’est la vie (et semble-t-il le ciment du couple) !

Le truc le plus dingo dans cette histoire c’est que tout cela semble très naturel. Personne n’est forcé, les sourires sont bien présents et on hoche de la tête avec un regard entendu quand il s’agit d’écouter une demoiselle de trente ans à peine vanter ses capacités ménagères…

Oubliez la culture, oubliez l’humour, oubliez l’inexplicable attraction, le plus grand atout est dans le maniement du balai.

(ni voyez là aucune blague grivoise)
(malheureusement)

Je vous rassure, les prétendants eux ne sont pas en reste pour rapporter un panier garni et blaguer sur le manque de temps de la courtisée agricultrice pour faire la cuisine. (j’exagère, si peu)

Normal.

Outre mon incapacité certaine à m’adapter dans un univers où le permis de conduire est une obligation pour survivre et le rite d’entrée une semaine avec une autre nana chez le mec que potentiellement je courtise, je crois que, me concernant, les copines, l’amour ne sera pas dans le pré !

Malheureusement je vis en 2016, année où le mari de Michelle Obama se déclare féministe et propose de faire tomber les stéréotypes.

Dommage.

xxx

* Extraits issus des épisodes déjà diffusés, tout particulièrement celui de lundi dernier et qui, s’ils ne concernent pas TOUS les participants, sont, néanmoins, notables.

Image : AM & MY