C’est un voyage en train. Il est près de 20h. Je sors mon ordinateur, celui qui voyage, le petit, celui qui rame à chaque fois que je lance quelque chose, celui qui porte mes écrits quand j’ai le nez collé à la fenêtre / au hublot. J’ai plus de 3h devant moi, alors je double clique sur un film. Eternal Sunshine of the Spotless Mind.
J’ai vu ce film pour la première fois en 2005. Et depuis, régulièrement, il m’accompagne. Parce que Kate Winslet y est formidable, Jim Carrey loin des rôles qu’on lui connait, Gondry dans la réalisation d’une poésie à la fois touchante, joyeuse, mélancolique, et Beck signe la chanson originale pour enrubanner le paquet cadeau.

Alors en ce soir de train, dans un carré entre une famille de 3 personnes et une autre de 4 sur le carré d’à coté, c’est en plein cœur que ce film vient toucher ma corde sensible.
Un peu de fatigue, surement. Pas mal d’émotions dans la tête. C’est la maman de la famille à gauche qui m’aura vu, il me semble, essuyer d’un revers de main la petite larme que j’ai senti monter depuis 20 minutes. A un quart d’heure de la fin du film, cachée derrière mes yeux, elle n’attendait qu’un battement de cil pour s’échapper. Elle était seule. Juste là pour accompagner et souligner mon ressenti à cet instant là face à ce film que je connais par cœur et ai vu 5 ou 6 fois je pense.

Le titre du film est tiré du poème d’Alexander Pope Épître d’Héloïse à Abélard (Eloisa to Abelard), cité dans le film par le personnage de Mary Svevo (interprété par Kirsten Dunst) :

How happy is the blameless Vestal’s lot!
The world forgetting, by the world forgot;
Eternal sunshine of the spotless mind!
Each pray’r accepted, and each wish resign’d.

Traduction littérale:

Que le sort de l’irréprochable vestale est heureux !
Le monde oubliant, par le monde oublié ;
Éclat éternel de l’esprit immaculé !
Chaque prière exaucée, et chaque souhait décliné

source Wikipédia

Eternal Sunshine of the Spotless Mind - Affiche du film
Eternal Sunshine of the Spotless Mind – Affiche du film

Ce film, à l’inverse du poème, est une proclamation en faveur du souvenir, en faveur d’esprits cabossés, malmenés, en faveur des blessures, pour ce que tout ça peut mettre en exergue, pour aviver les moments les plus joyeux.

C’est le très touchant personnage de Kirsten Dunst qui m’a eu dans ce train (même les seconds rôles sont au top dans ce film). A ce moment fatidique où elle comprend qu’aussi dur que cela puisse être, elle aurait tellement préféré se souvenir de son bonheur.
L’Éclat éternel de l’esprit immaculé ne vaut probablement pas l’éclat oscillant d’un esprit cabossé par la réalité de la vie, loin des fantasmes, grâce aux souvenirs qui se perdent et se retrouvent dans la profondeur des sentiments.

Oui… Moi dans le train, je suis comme ça : je blablate avec moi même sur le souvenir et les sentiments… Même quand on joue au jeu des 7 familles à ma droite et qu’on se dispute le crayon rouge à ma gauche, et sans avoir la place de caler mes jambes.
La force de l’abstraction.

xxx