Chers aventuriers du quotidien, je ne te ferai pas la blague de compléter la phrase de mon titre.
(Ah bah ! C’est d’un goût).

Comme tous les ans arrive ce moment fatidique où je suis à court de lentilles, moment qui me semble approprié pour rendre visite à mon ophtalmo. Nos entrevues sont brêves, 15 minutes max, le temps de me transpercer les yeux d’une lumière bien trop intense, de me faire regarder une montgolfière « au loin » dans de fausses jumelles floues puis nettes, et de lire en tout petit H A G X Z L D à droite puis E U F C A J X  à gauche. Les jours où il est en forme (et quand je n’ai pas mes lentilles) il en profite même pour me souffler de l’air dans les yeux. C’est arrivé une fois en tous cas, depuis systématiquement je lui demande s’il va renouveler l’expérience avant de poser ma tête sur sa machine. Nos rapports sont cordiaux sans entrer dans le registre personnel : il m’a demandé la semaine dernière si j’étais toujours stagiaire et étudiante en publicité… 10 ans plus tard.

Encore couverte par une bonne mutuelle*, je dois l’avouer, sortir de chez l’ophtalmo avec une nouvelle ordonnance de lentilles (certes) et (surtout) de lunettes, c’est un peu noël avant l’heure. Mais cette année, j’ai changé d’idée.
Lassée des grandes chaines qui vendent toutes plus ou moins la même chose avec la deuxième paire gratuite et les solaires à votre vue pour un euro de plus, je me suis dirigée vers un opticien indépendant mettant en avant le savoir-faire français (ou européen) de créateurs, dans le design et la conception de produits de qualités.

Tout un programme !

Étrangement, malgré une attention portée sur ma consommation vestimentaire, alimentaire ou en produit de beauté, qui a pensé à ce modèle, qui l’a fabriqué et d’où vient-il sont des questions que je ne m’étais jamais posée pour parer mon nez (et mes yeux). Comme, par ailleurs l’opticien y est plutôt pas mal, je me suis dit que j’allais arrêter là, en haut de la rue des Martyrs, ma quête de lunettes.

Pendant 30 minutes, assise face à un petit miroir j’ai enchaîné les modèles.
– Les toutes rondes version Mac Lesggy : euh… no way!!
– Les formes papillon : je ne ressemble pas un peu à mamie « Ginette » là ?
– Les couleurs improbables : mais ça ne va avec rien ça !

Bref, on ne va pas se mentir, mon choix s’est porté sur une paire de lunettes noires assez intemporelles. … Plutôt ressemblantes à celles que j’ai déjà.

Classiques bien que féminines et douces, c’est mieux pour votre visage, dirait l’opticien en rougissant (j’ai un appeal de dingo en ce moment : je me suis faite draguer en sortant du Body Attack… #improbable).

On notera que le dit opticien s’est bien gardé de me proposer les modèles follement design posés en produits d’appel sur les meubles d’exposition. Transpire-je à ce point le classicisme où est-ce ma tête lors de tentatives un peu plus osées qui l’a refroidi ?

Lors du choix final, devant moi, cependant, deux modèles se faisaient face : un classique autrichien ou une paire un poil plus décalé confectionnée un peu plus haut dans le 18ème et fabriquée dans le Jura. Mon hésitation fut longue (ooooooh la relou qui prend 2 plombes devant le miroir) pour finalement partir en Autriche. Le made in France me branchait bien, mais j’ai eu peur de me lasser. L’audace à ses limites, et il semblerait que je situe la mienne au niveau de mes lunettes, celles qui me parent le nez dans la plus stricte intimité de mon Palace.

Je crois que je regrette, mais c’est trop tard, en 24 heures mes lunettes sont déjà prêtes.

Reste que me voilà satisfaite d’avoir donné mes sousous à un opticien indépendant capable de me raconter l’histoire de mes lunettes et de me fournir une carte d’authenticité du made in France de mes verres (« vous en faites ce que vous voulez » – me dira l’opticienne).
Pas de deuxième paire gratuite ou de solaire à un euro, ma seule petite coquetterie aura été d’ajouter un filtre bleu à mes verres pour apaiser (carrément) des yeux passant 6 à 14 heures par jour devant un écran. J’ai lu dans les blogs des arguments marketing de choc, comme quoi ça marche trop bien !

Moi, tant que je ne ressemble pas à Michou, je ne demande qu’a être convaincue !

Alors toi, dis moi, vis-tu l’exubérance dans la lunette ?

xxx

* Oui parce que, aussi indispensables soient des lunettes, la Sécu rembourse généreusement 6 euros 10.