Paris, 15 novembre 2015, 15h44.

J’ai eu besoin d’aller à République. Un peu comme ce besoin d’écrire qui monopolise mon cerveau quand les mots tournent, tournent, tournent. 2 heures 30 dans les rues de Paris, j’avais besoin de marcher, et j’ai eu besoin d’aller à République.
Cette place, je la connais par cœur. Tous les jours j’y passais pour aller bosser. La fenêtre à droite de mon bureau était un formidable point de vu sur les skateurs et l’évolution des graphs qui encadraient le café des media clôturé par des planches de bois depuis son incendie il y a plus d’un an, là où aujourd’hui s’affiche en lettres grises la devise de Paris Fluat Nec Mergitur. Lors de la minute de silence le 8 janvier, je dévisageais la statue qui me faisait face depuis la fenêtre du bureau du chef. Je cherchais son regard.
Autour d’elle, aujourd’hui, on se recueillait. Quelques media, mais pas tant que ça. Le silence. Des bougies, des fleurs.
Paris aujourd’hui offre un ciel immaculé. Les parisiens sont dehors. Quelques touristes aussi. Les terrasses (oui, les terrasses) sont loin d’être vides, même si elles ne sont pas combles. On marche, dans tous les cas. Tellement de piétons, des vélos aussi. Finalement peu de voitures.
On marche doucement, comme si on ancrait chacun de nos pas dans l’instant. On n’est pas là, ici, à penser à ce qui va se passer dans deux heures ou demain. On est là. Des personnes âgées, des plus jeunes, des enfants, des parents, des gens en couples, des gens seuls, de tous les styles au milieu des traditionnels équilibristes de la planche à roulettes et SDF.
Avec ces « rassemblements » inopinés (je n’ai vu passer aucun appel sur les réseaux sociaux), certains parleraient d’inconscience. D’autres diraient que la vie est plus forte. Moi je crois que Paris, même dans ses heures les plus sombres, trouvait les moyens de sourire ou de se réunir. On pourra dire ce qu’on veut de « ces cons de parisiens » qui vivent au quotidien dans des apparts minuscules et avec des transports en commun surchargés, ils respirent de cette liberté. Cette lenteur dans la démarche et l’unicité des sujets de conversations des passants me laissent à dire qu’on n’est pas dans l’inconscience. Dans la stupeur c’est certain. Il y a quelque chose d’illogique dans l’air, on ne va pas se mentir, à voir à quelques dizaines de pas de la place de la Rèp’ des impacts de balles sur la devanture de cafés devant lesquels je suis passée tellement de fois.
Ce soir, comme hier et comme demain, j’allumerai une bougie sur mon balcon.
Cet après-midi, j’ai eu besoin d’aller place de la République.

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Liberté, j’écris ton nom. Paris. République. 15/11/2015. 13:45 #PeaceForParis

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