Petites, ma sœur et moi avons partagé quelques longs moments face à un baquet vert et plein, à ras bord, d’haricots verts âprement ramassés par mes parents. Dans les jardins de mon grand-père, des rangs et des rangs de ces petites touffes vertes sur lesquelles il fallait faire la différence entre les tiges et les vrais haricots au milieu de feuilles légèrement urticantes. Les souvenirs d’enfant ayant une temporalité bien à eux, je ne saurais vous dire le temps qu’il nous a fallut à, ma sœur et moi, pour négocier cette importante décision : les parents ramasseraient, les filles équeuteraient.
Quoi qu’il en soit, cette décision fut l’une des meilleures de ma vie d’enfant.

Je détestais ramasser les haricots verts. 

La grande idée de ce travail d’équipe : récolter un max d’haricots pendant les quelques semaines de juillet / aout où ils abondaient pour en manger, déjà, et puis faire des bocaux, ensuite. Beaucoup de bocaux. Des dizaines et des dizaines de bocaux… Que l’on ouvrirait, ainsi, tout au long des 10 mois de l’année où n’aurions rien à équeuter.
Alors, j’en ai vu défiler des haricots verts.
Tellement.
Tellement tellement.
Les souvenirs d’enfant ayant une échelle de grandeur bien à eux, je ne saurai vous assurer de la véracité de ces informations, mais les rangs me paraissaient interminables et le contenu du baquet tout autant.

Ce qui nous arrangeait, à ma sœur et moi, dans cette répartition, c’est que nous pouvions allègrement travailler à notre tâche devant la TV (au désespoir sûrement de nos parents qui nous auraient certainement mieux vu prendre le bon air sur la terrasse) (c’était l’époque où, en été, on fermait les volets pour éviter qu’il fasse trop chaud à l’intérieur de la maison). Alors on équeutait, non sans chouiner beaucoup et en grignotant ce qui était devenu notre improbable casse-croute préféré : des haricots verts crus, au goût un peu sucré.
Si j’ai confiance dans le caractère non traité des légumes de mon grand-père, ils restaient cependant tout à fait non lavés. En d’autre terme j’étais beaucoup moins regardante à l’époque, sur ce qui avait pu trainer (ou non) dans la gadoue et autre défections animales.
(#Dégueu – je sais…)

25 ans plus tard, aujourd’hui, en équeutant quelques haricots depuis les hauteurs de mon Palace et alors que le peloton avalait tranquillement l’avance amassée depuis plusieurs kilomètres par l’échappée, j’ai réalisé qu’il y a finalement peut-être peu de choses qui sentent autant l’été que les haricots verts et le tour de France. Deux souvenirs d’enfance que j’ai rarement cumulés l’un avec l’autre, repoussant, à l’époque, le plus loin possible la corvée d’équeutage, bien après la fin de l’étape voyant Indurain toujours un peu plus haut au classement général. Mais des souvenirs qui sentent la chaleur du soleil et l’insouciance des grandes vacances où les journées s’étiraient.
25 ans plus tard c’est par choix, quoique quelque peu imposé par la perspective de devoir faire quelques choses de ces haricots sinon ils allaient se perdre, que j’ai décidé, en plein milieu de mon après-midi et entre 3 relectures d’un article bien loin de me faire vibrer au plus profond de ma plume, de préparer quelques haricots.
Ça me détendrait, que je me suis dit.
L’inspiration dans les légumes verts.
Alors qu’il énonçait la fin annoncée de l’échappée, j’ai levé les yeux au son de l’accent de Jalabert qui n’anime plus les étapes de ses échappés mais de ses commentaires. Sans trop y penser et le nez sur l’écran j’ai grignoté le haricot que j’avais dans la main et retrouvé ce goût un peu sucré. Quelques instants j’ai eu l’impression d’avoir 7 ans.
Quelques instants j’ai souri à ce qu’aurait pensé la version de moi il y a 25 ans en me voyant, celle-là même qui s’était sûrement promise que, quand elle serait grande, elle ne s’imposerait jamais ce genre de corvée.

xxx

PS : et pour ajouter du contenu à ce blog cuisine, 15 / 20 minutes de cuissons (à vue de nez) dans l’eau salé et HOP! en tuperware pour une utilisation en salade ou revenus au beurre et avec un peu d’ail dans les deux jours qui viennent.
#DeRien.