À mes copines qui savent, mieux que personne, la peine d’une femme qui rêve d’être mère.

C’est une histoire qui commence en musique.
La musique des Brigitte :


Brigitte – Je veux un enfant en Live sur le Mouv’ par Mouv

Connaissez-vous la peine d’une femme qui rêve d’être mère ?
La belle je sais faire, la conne je sais faire, la cuisinière aussi.
La fille je sais faire, la pute je sais faire, mais pas donner la vie.

Nous sommes en décembre 2014 quand, pour la première fois, j’entends parler du don d’ovocytes. Si le don de sperme est, lui, relativement connu et plutôt bien identifié dans ma tête, pour son procédé et ce qu’il permet, l’équivalent féminin, à savoir le don d’ovocytes, m’est paradoxalement inconnu. À l’époque, il faut déjà avoir eu des enfants pour pouvoir procéder au don. C’est le cas de l’amie qui m’en parle et me témoigne de toutes les galères que peuvent vivre ses copines. Le don est anonyme et gratuit, il ne leur servira pas directement, mais elle sait qu’il pourra être utile.

Septembre 2015, je termine mes vacances sur une terrasse de la banlieue bordelaise et nous trinquons d’un vin italien et sucré que j’affectionne particulièrement pour faire couler une discussion sensible. 30 ans et une ménopause précoce, l’amie en face de moi est sur liste d’attente, elle attend un don.

Petit à petit l’idée chemine dans ma tête. Une idée qui m’interpelle, celle de donner à un couple, à une autre femme, l’opportunité de porter l’enfant qui sera le sien avec une partie de mon patrimoine génétique.

Depuis plusieurs années maintenant mes amies m’ont confrontée à leurs fausses couches, à leur désir d’enfant, aux difficultés qu’elles rencontrent, aux interrogations que cela peut amener dans leur couple ou dans leur vie. Parce qu’on ne vit pas toutes la même histoire, de mon côté, mois après mois, cycles après cycles, je confirme que tout va bien pour moi :

cette fois encore mon ovocyte n’a servi à rien.

Fin 2015 la loi évoluetoute femme âgée de 18 à 37 ans, ayant eu ou non des enfants, peut donner ses ovules (ou ovocytes) à des couples qui ne peuvent pas avoir d’enfant (par exemple, si la femme n’a pas naturellement d’ovules). Le don est réalisé dans un établissement hospitalier. Il est gratuit et anonyme. Si la donneuse n’a pas eu d’enfant et sous réserve que le nombre d’ovocytes prélevés soit suffisant, alors une partie pourra être conservée en cas de problème de fertilité dans l’avenir. Il est ainsi question de favoriser le don « pour répondre aux besoins des 3 000 couples infertiles en attente dans notre pays ».

Les portes s’ouvrent à moi, il n’y a plus qu’à.

L’année est ce qu’elle est et les aléas repoussent parfois certaines échéances. C’est en mai que finalement je prends contact avec l’hôpital Cochin, la maternité de Port Royale. Je communique quelques informations (mon âge, si j’ai déjà eu des enfants ou non), et reçois une enveloppe décrivant ce qui m’attend, mais surtout un premier questionnaire et une ordonnance.

Le don est un parcours en plusieurs étapes dont je ne connaitrai que la première. Autant en venir au fait : j’ai un patrimoine génétique qui ne rentre pas dans les critères. Je ne ferai pas partie de ces donneuses anonymes qui devront rassurer un psychologue sur le caractère « altruiste et non forcé de la démarche ». Je ne donnerai pas mes ovocytes. 
Mais laissez moi, tout de même, finaliser cette histoire.

Plusieurs semaines passent avant que je ne me saisisse vraiment de cette ordonnance. Pourtant dans ma tête les choses sont claires : je vais le faire.
C’est décidé.
En France le don est gratuit. Les plus riches ne seront pas favorisés sur les listes d’attentes fonctionnant sur divers critères attribuant des points. Sensibiliser des gens autour de soi pour qu’ils soient donneurs (vraisemblablement pour d’autres couples), en revanche, en rapporte.
En France, le don est anonyme. Et c’était mon critère essentiel. Faire le don, puis arrêter là ma part de l’histoire. Faire confiance et laisser les professionnels attribuer (selon des critères notamment sur l’apparence physique) ce que j’aurais pu donner. Mais surtout ne pas savoir, ne JAMAIS savoir si oui on non le don a fonctionné, si oui ou non, un ou des enfants en sont nés.
Reste néanmoins cette question : est-ce si anodin de donner ainsi son patrimoine génétique ? Les yeux bleus de ma mère, le brun des cheveux de mon père, mes yeux noisettes qui tirent parfois vers le vert un peu comme ceux de ma grand mère, mes cheveux raides et ce nez qui me complexe un peu, parfois… Tout donner dans la grande loterie de la conception, avec ses plus et ses moins, larguer un héritage que je ne verrai jamais grandir.
Anodin : non. Mais important… Non plus.

Ce ne sont pas les gênes qui font les parents, ils sont là juste pour aider à faire un enfant.

Nous sommes fin août quand je me décide à prendre le temps.

Une prise de sang d’abord, rien de plus simple.
Sauf qu’on n’y précise pas qu’il faut être à jeun. Je reviendrais le lendemain.
Sauf qu’on n’y précise pas qu’il faut 20 minutes minimum d’inactivité auparavant. Je perds 45 minutes entre dossier, salle d’attente et prélèvement.
Prolactine plasmatique et T.S.H. ultra-sensible sont analysés. Si vous l’doc doc. Faites donc.

La partie la plus délicate de l’examen reste l’échographie endovaginale, par voix externe ET interne, le tout le troisième jour des règles.
On ne se connait pas docteur, mais nous voilà bien intimes.
Un petit quart d’heure tout juste, le temps de prendre la taille de mon utérus (enchanté), de mon endomètre et de compter, à droite comme à gauche, le nombre de mes follicules ovariens ainsi que leur dimension.

Reste l’improbable, le rendez-vous que l’on prend chez son généraliste… Pour qu’il témoigne par écrit que TOUT VA BIEN !
Un certificat de bonne santé, on appelle ça.
Elle est sans filtre ma généraliste. Elle me fait des blagues complètement déplacées quand je lui parle de sujets difficiles, et je l’aime bien pour ça. Elle me suit depuis des années et écoute mes questions venues de nul part sur mes bobos de rien où ce fameux patrimoine génétique qui ne rentre pas dans les critères. Alors quand je me suis assise dans son cabinet en lui disant « ça va aller vite, j’ai besoin d’une lettre qui dit que je vais bien – ah bon mais pourquoi ? – parce que je vais faire un don d’ovocytes. », elle m’a regardé avec de grands yeux en répondant : « wahou ! mais pourquoi vous faites ça ? »
S’il en était besoin, nos 5 petites minutes d’échanges sur le sujet ont fini de me conforter dans l’idée :

En 2016, même le personnel médical est surpris quand il s’agit de ce genre de dons.

C’est en début de semaine dernière que le dossier est parti. La suite je ne la connaîtrai donc pas, le verdict est tombé depuis : à peu de choses près, tout était parfait.
Reste cependant ce que j’ai pu lire et la documentation initiale qui m’a été envoyée. Car les étapes suivantes ne sont pas neutres :
– plusieurs RDV, idéalement groupés sur 2 ou 3 demi journées, avec biologistes et psychologues et de nouveaux examens (avec biologistes, généticiens et gynécologues),
– le bilan final
– puis, 1 ou 2 mois plus tard, la programmation d’une stimulation hormonale pendant 10 a 12 jours avec injections sous cutanée et contrôles par des échographies + prises de sang régulières,
– avant, enfin, la ponction sous anesthésie locale ou générale.

Quelle idée !?

Trois fois rien comme idée, juste donner quelques heures de soi pour aider, peut-être, une femme, un couple que je n’aurais jamais connu, à envoyer ce message que je recevais moi-même avec émotions il y a quelques mois :

Le don a fonctionné.
Je suis enceinte.
La naissance est prévue pour Octobre !

… Trois fois rien comme idée.

xxx

Plus d’informations sur http://www.dondovocytes.fr