C’est assez paradoxale.
D’un côté j’adore imaginer ce qu’a pu être la vie des gens quand je vois des photos, quand j’entre dans des lieux, quand je trouve des livres annotés même, aussi, parfois. Par ailleurs ma douce vie de freelance laisse mon banquier dans une certaine insatisfaction. Et puis, il est vrai, je trouve toujours tellement plus charmant les apparts décorés avec des objets chinés, brocantés de ci de là et pas trouvés en kit / répondants aux doux noms de KLÜNG ou DILFERÅNG.

Tout ceci est vrai.
Mais d’un autre côté…

C’est pas un peu chelou de mettre dans son salon un fauteuil où plein de gens que tu ne connais pas se sont assis avant toi ?

Et comment ça je joue les minaudières* ?

OK OK OK, je veux bien l’admettre : j’ai un petit côté précieux.

Roooo, trois fois rien, mais j’aime bien les choses neuves.
Et propres.

J’ai beaucoup de mal à aller m’habiller dans les friperies. Je trouve que ça pue l’antimites et que les fringues déjà portées ont souvent pris la forme (et les défauts) de leurs anciens propriétaires.

J’ai beaucoup de mal à chiner les objets ou les meubles sur le bon coin ou dans les vides greniers plus traditionnelles. J’ai toujours l’impression que l’on va me refourguer un merde dont on veut se débarrasser et que les « bonnes affaires », si elles existent, méritent une patience que je n’ai pas. Je veux dire, qui, franchement, a le temps de se connecter tous les jours pour savoir si la petite banquette style années 20 à 1200 euros chez le brocanteur ne pourrait pas se trouver à 200 euros dans une banlieue quelconque nécessitant de me munir d’un moyen de locomotion (et d’un chauffeur) pour aller la récupérer ?

Rien que d’y penser je suis épuisée.

À savoir que même lorsqu’il s’agit de mettre en vente des objets, je repousse les échéances les unes après les autres.
D’abord il faut prendre la photo.
Ensuite il faut transférer la photo de son téléphone intelligent vers son ordi.
Viens le moment de se connecter sur la foutu interface Le Bon Coin et de réaliser que le mot de passe que je mets partout (LISETTEestLAplusJOLIE) ne fonctionne pas sur ce site (pas besoin d’essayer d’aller sur mes comptes, ceci est un faux mot de passe car, comme tout le monde le sait, le mot de passe ultime reste PASSWORD). J’essaye avec la seconde option, celle qui combine lettres et chiffres, des fois que… Non plus.
En désespoir de cause je réinitialise le bordel (là déjà je suis vénerre en plus d’avoir l’impression de perdre on temps) pour enfin arriver sur « mon espace » et créer mon annonce. Une étude préalable aurait permis d’identifier comment je me positionne face à la concurrence et donc le prix auquel je peux valoriser mon bien « à vendre ». Bien évidemment je ne l’ai pas faite. Parce que bien évidemment la flemme.
En panne cruelle d’inspiration je rédige donc une annonce aussi factuelle qu’inintéressante

Je vends une TV. Tu la veux ou bien ?

Il est enfin temps de cliquer sur « publier » et de laisser l’annonce virevolter de ses propres ailes sur la toile. Deux possibilités s’offrent alors à moi :

  • le désert absolu, aussitôt publiée aussitôt oublié, mon annonce génère à peine un e-mail
  • l’avalanche de réponses, de gens motivés et prêt à venir acquérir ma TV dans la minute

Dans ce dernier cas je ressors avec la désagréable sensation d’avoir bradé mon bien (devenu d’un seul coup très précieux) et tous les bons moments que nous avons pu passer ensemble. À sa disparition au coin de la rue dans les bras d’un acquéreur avec sourire en coin, je me maudis un peu en me disant « la prochaine fois, je ferai une étude préalable ».
Reste néanmoins ce moment encore pire où mon annonce est ignorée de tous, telle l’adolescente boutonneuse à appareil dentaire que personne n’invitait les après-midi de Boom.
(C’est gênant mais oui, je m’identifie à ma TV.)

Parce que Le Bon Coin a eu la bonne idée de rendre payante l’option « modification », je recrée de toute pièce une annonce non sans avoir supprimé l’initiale AVANT. Je voulais juste changer le prix, le baisser, un peu, et me voilà à devoir TOUT ressaisir.

Au fur et à mesure de mes suppressions / créations, peut-être, un e-mail arrivera. Un vrai j’entends. Pas l’email de Robert m’expliquant par A + B que la TV l’intéresse mais comme il se déplace, ça serait cool si je pouvais lui vendre avec 70% de ristourne (#TrueStory) – Non mais là ça fait beaucoup comme réduction quand-même – Oui mais j’me déplace ! – Oui mais NON.

Il a raison d’essayer Robert. Après tout le prochaine fois que je voudrai m’acheter une robe à la barbe des remontrances de mon banquier, j’irai dire aux vendeur.se.s « vu les frais de déplacement ça vaut bien un moins 50% quand même ! »

Sur un malentendu…

En attendant si vous passez sur le bon coin et tombez sur une annonce avec deux photos flous expliquant assez mal les caractéristiques d’une TV à vendre, c’est peut-être la mienne. Après un an et demi à la voir trainer dans un coin de mon Palace je me suis ENFIN décidée à prendre le taureau par les cornes de la revente. J’en suis à ma quatrième suppression / création d’annonce et… Non… Toujours rien.

Vraiment, je n’aime pas l’occaz’.

xxx

* Car non, semble-t-il, ce mot ne désigne pas qu’un petit sac moche en forme de porte monnaie rigide et dans lequel tu rentres une clé, une carte de crédit et 2 clopes.

Image : Kari Sullivan