C’est le dalaï-lama qui disait « Si vous pensez que vous êtes trop petit pour changer le monde, alors faîtes l’expérience de dormir avec un moustique et vous verrez qui empêche l’autre de dormir ». J’ai lu cette phrase la veille au soir dans le Plaidoyer d’un homme libre, Osons, de Nicolas Hulot. L’ironie ne dit pas que j’ai explosé la tête du dit Moustique à 3h24 cette nuit là.
Ah ah !
Quoi qu’il en soit la journée a commencé ainsi.

Depuis le début de semaine, mes plans a visé domination du Monde ont pris un sérieux coup d’accélérateur : je les ai rendu publics. Autrement dit j’entame la phase où j’envoie des CV à l’ensemble du monde médiatico parisien, accompagné d’un email disant « Tu ne le savais pas que tu avais besoin de moi ? Et pourtant… ».
J’ambitionne un retour sur investissement-temps relativement plat (pour ne pas dire nul), mais on s’en fout la démarche est là : j’ai sauté dans le vide. Résultat je plane dans une sorte de Sérénité fragile dont l’espérance de vie est estimée à environ 2 semaines, moment où très certainement je réaliserai donc que le retour sur investissement-temps est… Nul.
Zéro.
Kaputt.
Mais nous n’en sommes pas là !

Là, maintenant, tout de suite, je suis sur mon canapé et zap entre les onglets de Dame Pomme en attendant que mon site de streaming se décide à ôter de l’écran cet encart bleu indiquant TIME LIMIT REACHED, come back in 50 minutes. La Sérénité et moi-même prenons acte de cette notification pour vagabonder de sites en fils d’actu quand, au détour d’une page facebook et d’une playlist assurément éclectique, je tombe sur Dolly.

La voix de la chanteuse, si reconnaissable à mon oreille, chantonne dans une intonation suave

je n’veux pas rester sage, le mal est ma lueur, son ombre est ma couleur, le mal est ma lueur, mon parfum son odeur, prends ton mal en douceur.

Drôle comme parfois la musique peut vous emmener loin loin dans le temps.

En moins de 2 secondes j’ai 15 ans, la porte (bleue) de ma chambre est fermée sur l’extérieur et de ma mini-chaine monte monte monte le volume. Demain, aux pauses, entre deux cours d’intérêt discutable, moi et les copains irons dans le parc derrière le lycée. Eux fumeront des trucs plus ou moins légaux (est-il temps que je vous l’avoue : moi, jamais), nous rigolerons beaucoup trop forts pour être honnêtes mais pourtant la bonne humeur sera non feinte, avec un peu de chance la prof d’espagnol sera une nouvelle fois absente et dans une énième réforme pour rendre notre enseignement plus « pratique » nous finirons par aller nous ennuyer dans un cours au nom obscure comme TPE (pour Travaux Pratiques Encadrés).
(Lisette, 15 ans, bientôt sur vos écrans)

Retour 16 ans plus tard (#vieillerie), je pars au fin fond des entrailles de mon iTunes pour identifier les morceaux du groupe que j’aurais pu, par hasard, copier, trouver, télécharger depuis que la musique est devenue mp3. Des 4 présents il y a « Partir seule », incontournable, ces crépitements, quelques notes et ces mots

je m’enfuis, rien ne peut gâcher mon bonheur, j’ai envie encore une heure, d’essayer d’oublier les heurts.

La chanson aujourd’hui prend un autre sens, le vrai, celui d’une lettre d’aurevoir pour un suicide annoncé. À l’époque seul le départ m’intéresse (et a priori les appels de détresse d’éventuels congénères beaucoup moins). Je rêve d’Australie et de bout du monde avec la certitude que j’y arriverai un jour*. Je guette le moindre signe comme un encouragement oubliant alors d’écouter tout simplement des paroles dont le sens est pourtant évident : « Partir seule » est tout ce dont j’ai besoin.

Drôle comme parfois la musique peut vous emmener loin loin dans le temps.

Le temps d’un ou deux repeat sur ces 4 morceaux tous plus ou moins similaires (Dolly ne restera pas dans l’histoire de la musique francophone comme un groupe très diversifié), je réalise que j’ai toujours un peu 15 ans. L’Australie, j’en suis revenue (et les cigarettes qui font rigoler, j’en ai fumées). Mais du haut de mon 6ème étage SoPi-iens où parfois le ciel est rose, celui-là même qui sent le poulet rôti pour les 3 ou 4 jours à venir (héritage d’une cuisson dans mon mini four un peu plus tôt dans la journée) et alors que j’arpentais aujourd’hui les rues de Paris dans une jupe à fleurs vintage, des collants violets et un gilet en poil de yack bio / écolo / réglo, aujourd’hui je ne rêve que de partir…

… Mais aussi de revenir, de comprendre, d’expliquer, de raconter, d’écrire, de relire, de corriger, avec la certitude que j’y arriverai, un jour.

L’encart bleu ne s’est finalement jamais retiré : j’ai fermé Dame Pomme avant de pouvoir finir l’épisode en cours de la dernière saison de Modern Family. Sérénité et moi sommes allées nous coucher, non sans valider auparavant qu’aucun intrus, aussi minuscule soit-il, ne vienne perturber mon précieux sommeil.
N’est pas dit qu’on m’aurait à nouveau de si tôt.

xxx

* C’était il y a 16 ans, donc, à l’époque TOUT LE MONDE n’était pas déjà parti en Australie et le projet tenait encore du fantasme un peu irréaliste.