Mes potes sont tarés.
Ou ont une confiance aveugle en moi.
Je ne suis pas très sûre.

Après m’avoir confié la garde de leur baby choute de 2 mois il y a un an tout juste pour quelques heures (moi qui ne prends pas les bébés dans les bras tant qu’ils n’ont pas l’âge requis (3 mois) et n’ai jamais gardé le moindre enfant de ma vie, moi la preuve vivante que l’instinct maternelle est le truc le plus bullshit de l’histoire de l’humanité), après ce moment de complicité ultime dont l’enfant ne conserve aucun souvenir aujourd’hui trop concentrée qu’elle est à mettre un pied devant l’autre sans se ramasser sur sa couche, mes potes ont décidé de me confier le bon déroulé du trajet retour de leur grand de trois ans et demi : de l’école à chez lui.

Précision 1 : pour des raisons indépendantes de la volonté des parents, l’enfant de 3 ans et demi va à l’école à 10 stations de métro et un changement de chez lui.
Précision 2 : amie de bonne volonté que je suis, je me suis portée volontaire.

Reprenons le cours de notre histoire.

Juillet dernier, au milieu d’une plage de nudistes, LA copine partage avec moi ses dilemmes organisationnels pour la rentrée à venir. Moi, freelance (free de mes horaires et larguée dans mes finances) je lui ai dit :

Si tu veux je pourrai aller le chercher, moi, l’enfant.

C’était les vacances.
J’avais bu (et nous étions cernées de culs nus).
Je ne vois pas d’autres explications

J’ai donc rapidement précisé :

Enfin, si t’as besoin, pas tous les jours non plus, mais si c’est organisé à l’avance, quelques dates…

Au final DEUX dates.
DEUX soirs (à 16h – foutent rien ces gamins).
Quelques moments de solitude partagés avec, je dois bien le rappeler, le plus chou de tous les chouchous.

16h03 quand j’arrive devant la porte de l’école le premier soir. On m’a vaguement donné une adresse et une indication géographique digne d’un « tu verras, c’est par là ».
(La non précision et non organisation de mes potes m’a souvent laissée sans voix, moi la psycho des listes et des rétro-plannings, des plans ou des emails de synthèse. Mais depuis qu’ils ont deux gamins, je suis devenue admirative : ça marche quand-même).
À ce moment là de l’histoire, appréhendant pas mal le moment à venir entre chouchou et moi, je suis flippée de ne pas trouver et de me perdre dans les couloirs de cette immense école que je comprends être pour maternelle et primaire. Autour de moi des nounous et des parents qui semblent parfaitement maitriser leur sujet, là, attendant patiemment devant la porte. Moi, un peu à l’ouest aussi il faut l’admettre, je ne sais plus si l’horaire c’est 16h ou 16h15.
Je demande :
« Bonjour je viens chercher (si tu dis le nom de chouchou il va pas savoir de qui tu parles, trouves un truc, mais un truc qui fasse pas trop meuf-qui-sait-pas-gérer-un-gamin non plus) un petit chou en petite section (« un petit chou »… sérieux meuf ?), c’est la première fois du coup je ne suis pas sûre, c’est à quelle heure ?
– Comment il s’appelle ?
– (Genre tu connais tous les gamins de petite section ? Genre si je te dis Enzo ou Robert ça va vraiment changer quelque chose ?) Robert
– Il faut attendre 16h15, on va ouvrir les portes.
– (Bah voilà !) D’accord, merci »

Une fois les portes franchies, à l’heure dite, tout se complique. Je sais que je dois traverser la cour et « demander » (façon tu verras c’est par là), sauf que TOUS les parents montent à l’étage. J’ai l’impression d’être la nouvelle élève dans l’école où tout le monde à les codes sauf moi, je fais donc comme j’aurais fait à 13 ans : je suis bêtement sans trop savoir où je vais, tout en me donnant l’air le plus assuré possible. Après un étage et un couloir, je me trouve dans un hall rempli de portes, de porte-manteaux et de parents entourés d’enfants plus ou moins grands. La tête des enfants est affichée sur les murs de leur classe respective, je trouve la photo de celui que je cherche sans trop de difficultés, elle est juste devant mes yeux.

Problème : sous son porte-manteaux plus de manteaux, et dans sa classe, je ne le vois pas.

Sa maman, consciente de la tâche qui m’incombe, m’appelle à ce moment là pour me dire qu’elle ne va pas rentrer tard, j’en profite pour faire un point d’étape : « bon, je crois être au bon endroit mais je ne vois pas ton fils, … ça va bien se passer » dis-je pour ME rassurer. LA copine répond en me faisant une blague : c’est un petit blond plutôt mignon (ce qui en soi n’est pas une blague, juste je connais l’enfant, quand-même). Alors que je la garde en ligne (toujours pour ME rassurer), je réussis à trouver l’information que je cherche : il est déjà parti en garderie-d’après-la-classe, en bas…

En baaaaaaaaas ! Voilà : il fallait que j’aille en bas.

Me voilà donc à traverser la cour, demander 2 fois mon chemin pour, finalement, entrer dans le réfectoire et le trouver, là, assis sur sa petite chaise, bien sage, tout chouchou, et me regardant avec ses grands yeux et un petit sourire en coin. Il allait prendre son goûter, je l’ai récupéré avant la distribution des poires et du lait : j’ai un petit cake aux pépites de chocolat dans mon sac, lui une compote dans le sien ! Il attend qu’on lui donne le signal disant « tu peux y aller » et, si j’ai envie de dire aux animateurs « Vous-êtes sûrs ? Parce que je sais pas vraiment ce que je suis en train de faire pour être honnête », lui s’élance vers moi avant de se rappeler qu’il est un peu timide.
Je lui fais un bisou, il attrape ma main, et nous voilà parti.

Lui, moi, tous les deux, je passe une heure de trajet (on ne marche pas vite quand on a 3 ans et demi) en tête à tête avec ses reflets blonds, le regard de sa maman et la bouche entre joues-à-bisous de son papa. Il commente ce qu’il voit, comprend tout ce que je lui dis, pige plus vite que son ombre et se faufile dans les tourniquets du métro comme s’il savait exactement comment ça fonctionne.

C’est donc ça, un petit parisien.

A chaque étape, escalier, trottoir, passage piéton, entrée ou sortie de métro, je garde sa main dans la mienne, toute petite main qui se tend vers moi dès que je la lâche (pour prendre la bouteille d’eau, le ticket de métro ou poster sur Instagram). Ce geste là est la chose la plus adorable du monde ! Ça et son regard quand il m’a vu arriver dans la salle : il m’avait reconnu, moi, tatie, et j’étais là pour LUI.

On ne parle pas beaucoup quand on a trois ans et demi (impossible de savoir ce qu’il a fait à l’école).

Mais on observe tout quand on a trois ans et demi :

« Regarde !
– Quoi, la grue ?
– Non, les nuages.
– Oui, ils sont gris.
– Il va pleuvoir »
(je venais de lui dire « prends ton manteau, on va prendre le gouter dehors »)

« La fumée, là.
– De la fumée ? T’es sûr ? Mais non, ce sont des nuages !
– T’as vu ? La fumée !
– Bah non chou, je vois pas de fumée moi (il comprend rien, ce sont des nuages)
– Là, t’as vu ?
– (ah oui, ‘tain, il a l’œil !) Ah oui, c’est vrai, tu as raison !
– Pourquoi la fumée ?
– (Relouuuuuuuu) je sais pas chou, peut être qu’il y a une cheminée et que quelqu’un a fait un feu
– Une cheminée ?

Cet enfant (quand il veut) c’est le plus chou du monde. Sa petite main dans la mienne, ses reflets blonds presque comme les miens, on aurait pu faire de moi la maman modèle quand je suis allée payer sa grenadine au bar où nous nous étions mis à l’abri pour manger le goûter, et qu’il m’a dit « attends moi, je reste avec toi ».

La maman… Je précise parce, le second soir, alors que l’enfant était, ce coup-ci, bien présent, encore, en classe, l’instit’, qui a dû réaliser que je n’étais pas la mère habituelle, ma sorti un improbable :

Vous êtes sa sœur ?

J’ai 32 ans, il a 3 ans et demi.
WTF ?!

J’ai rigolé, elle s’est rendue compte qu’elle avait dû dire un truc assez invraisemblable. Comme il fallait néanmoins que je justifie ma présence en ces lieux et mon lien avec le dit chouchou j’ai dû me concentrer bien fort pour lui répondre « je suis flattée que vous imaginiez que ça puisse être le cas mais, non, je suis une amie de sa maman ».

Au final la phrase la plus improbable reste toujours celle-la : si j’ai bien intégré l’idée que le chouchou fait parti de ma vie et qu’il habite avec sa frangine dans l’appart de mes potes, j’ai toujours du mal à réaliser qu’ils sont parents.

LA copine est maman.

Et pour la dépanner, je suis allée chercher son fils, à la maternelle.

Aucun des 1500 mots de cette longue histoire n’a donc vraiment de sens.

xxx