Il se peut que j’aie besoin de vacances.

Il se peut que je sois fatiguée.

Il se peut que ma dernière crise d’asthme m’ayant maintenue éveillée une bonne partie de la nuit, ça n’ait pas arrangé les choses, mais il me faut te dire : bouillonne en moi une certaine lassitude susceptible de se transformer en colère sourde et possiblement agressive à n’importe quel moment.

TOUT VA BIEN.

Il m’est arrivé un truc assez dingue mardi dernier : après avoir tapé le sprint de ma vie dans les couloirs de l’aéroport Toulouse Blagnac et pesté comme il se doit contre le Tram le plus lent du monde qui, par ailleurs souffrait de difficultés de traffic sur son réseau me mettant cruellement à la bourre, j’ai réussi, non sans supplier une des hôtesse d’Air France et en me chauffant rapidement avec la meuf de la sécurité qui ne semblait pas particulièrement pressée de contrôler mon sac, à entrer, bonne dernière, dans un avion déjà bondé. Passons sur le fait que j’ai dû garder mon « bagage cabine » à mes pieds pendant tout le vol faute de place dans les compartiments et sur la (traditionnelle) pensée qui m’anime à chaque décollage (tu vas voir que j’aurais pu rater ce vol et que si ça se trouve ça aurait été la chance de ma vie car on va se crasher) (#truestory) (ma parano va toujours aussi bien, merci), le truc vraiment dingue c’est que, à l’arrivée sur Paris, on devinait juste le haut de la tour Eiffel et de la tour Montparnasse. Le reste, sur plusieurs dizaines de kilomètres aux alentours, était noyé sous un épais brouillard gris / marronasse assez invraisemblable.

Un pic de pollution, qu’ils ont dit aux infos.
Une marrée noire, oui.

Depuis mardi soir j’ai les yeux qui piquent et la gorge en feu.
Depuis mardi soir j’ère dans les rues telle une psychopathe guettant la moindre plaque d’immatriculation pour savoir si elle a le droit de circuler, avec les yeux exorbités (on pourrait aussi dire irrités). Comme personne ne respecte la circulation alternée et que je ne sais jamais quel jour on est, j’ai décidé d’en vouloir à toute personne motorisée comme si elle avait sciemment choisi de m’asphyxier, MOI, à petit feu. Résultat : j’ai envie de péter la tête à tous et toutes les conducteurs et conductrices que je croise.

Depuis 3 jours.

C’est sur cette ambiance bonne enfant que, cahin-caha, ce matin, je me suis motivée à sortir de mon lit pour aller affronter la marrée noire et me rendre à mon cours de Pilates.
C’est sympa le Pilates, sur le papier ça renforce « les muscle posturaux ». En réalité tu passes une heure à innnnnnspirer / eeeeexpirer en levant la jambe droite et le bras gauche (avant de faire pareil de l’autre côté) assise, debout, à 4 pattes, sur le dos, sur le ventre avec en fond sonore une musique à faire pâlir de jalousie la playlist officielle de Nature et Découvertes. Je ne suis pas rentrée chez moi dégoulinante de sueur, mais néanmoins j’aurais apprécié que ma douche dure un peu plus que les 20 secondes qui m’étaient royalement attribuées avant que, contre toute attente, mon gardien décide unilatéralement que c’était le bon moment pour couper l’eau de TOUT l’immeuble.
La dernière fois que ce genre de blague a eu lieu, ça a duré 3 heures.
Il n’était pas loin de 11h00.
Je devais absolument aller perdre patience sur les chaises rembourrées moquette de Pole Emploi qui n’accueille plus le public que jusqu’à 12h45.
J’ai pesté et conclu que je me doucherais plus tard non sans attribuer un

C’est bien normal cette petite coupure là ?

à mon gardien, en passant.

Il s’avère que j’aurais pu attendre bien sagement le retour de l’eau providence… En arrivant devant les portes de mon Pole Emploi à 30 minutes de chez moi, 2 personnes se roulant une clope m’ont annoncé l’air de rien « c’est fermé Pole Emploi aujourd’hui madame ».
J’ai vivement tourné ma tête aux cheveux mal lavés et aux yeux rougis vers la personne à l’origine de cette annonce. Je pense qu’il a pris peur. Je pense qu’il a eu raison.
Je me suis finalement retenue de conclure notre discussion sans queue ni tête (- Mais comment ça, vous ne prévenez pas les gens ? – On change notre système informatique Madame, c’est fermé Pole Emploi aujourd’hui.) d’un

Et puis d’façon j’suis sûre t’es venu en voiture avec ta plaque paire alors qu’on est un jour impair, toi, alors ça va hein ! Me saoule pas !

Je me suis contenté d’un J’ai pas trop le choix, je reviendrai lundi alors… dans un sourire crispé.

Forte du boulot que j’ai en retard et de la tonne de séries / bouquins que je veux rattraper ce weekend, je me suis résignée à rentrer chez moi et me glisser dans mon jogging d’ermite pour les prochaines 72 heures en ne me nourrissant plus exclusivement que de tartines de pain / beurre demi-sel trempées dans du chocolat chaud.

Pour tout vous dire j’en étais là dans mon programme quand l’interview que je veux ABSOLUMENT caler depuis septembre s’est décidée d’un

RDV à 16h, c’est OK ?

Je me suis retenue de répondre

Putain ne bouge pas, je mets un pantalon et j’arrive !
SURTOUT NE BOUGE PAS !

Me contenant d’un Parfait, j’y serai ! possiblement plus professionnel.

Résultat je n’ai toujours pas pris de vraie douche et j’ai toujours les yeux on fire, mais mine de rien aujourd’hui je me suis motivée à aller m’ennuyer à mon cours de Pilates (#bonnasse) et ai rencontré une personne terriblement chouette et inspirante.

OK, OK…
Si vous insistez, je vais attendre un peu avant de péter la tête à la terre entière.

xxx

Image : Bastian