Arrive un moment dans la vie où tu te retrouves dans une situation à laquelle personne ne t’avait préparé. À laquelle toi-même tu n’es pas sure que ce te soit vraiment arrivé.

Parce que, soyons réaliste, c’était vraiment toi, là, dans la queue du rayon « découpe de bois » du Castoche de la place de Clich’ ?

Oui c’était moi !!
Et on n’enlèvera pas de ma biographie que, ce mardi, j’ai posé une étagère !

On peut aussi dire que j’ai vissé une planche, mais ça sonne moins glorieux.

Lors de mon emménagement, j’avais bien fait les choses. Dans l’équipe des gros bras fort il y avait, entre autre :
– Les gros bras forts, justement : le mec avec qui tu portes un meuble et qui, au bout de 5 mètres, te dis « attends laisse voir un truc », te fait poser le meuble, commence à le porter tout seul et te dit « ah ouais, c’est mieux » (aka tu sers à rien / tu me ralentis / laisse je vais faire / je suis fort). #HommeFort
– La camioneuse : je connais seulement 2 personnes dans mon entourage capables de gérer un camion de 20 mètres cubes dans Paris. Les deux sont des meufs. Voilà. C’est tout. (Ce n’est pas 100% vrai mais presque, et c’est pour l’effet littéraire).
– Le visseur / dévisseur / Géo Trouve Tout de la bricol’ : encore aujourd’hui, c’est à lui que j’ai emprunté la boîte marteau et tournevis pour monter mes meubles IKEA, c’est le seul que je connaisse qui soit équipé d’une visseuse électrique, et c’est lui qui m’a dit, 20 minutes après qu’on ait fini de poser les cartons dans mon nouveau palace et qu’il ait fini de monter mon lit et mon canapé : « Elise, ton four là, il doit aller sur une étagère que tu peux poser entre le mur et le meuble, là, comme ça », avec l’autorité de papa qu’il est par ailleurs. Moi j’ai répondu « oui oui » avec la mine de la meuf fatiguée, pas convaincue et qui avait envie de voir ça plus tard.

Plus tard, justement.
J’ai pris mon courage à deux mains pour finir d’aménager mon appart. Et voilà comment, après réflexion, j’ai jugé que peut être, en fait, il avait raison.
Ce mardi, donc, après une aventure relativement grotesque avec ma porte dont je vous conterai les détails prochainement (ma vie est un roman en ce moment c’est une joie pour l’inspiration), je me suis dirigée vers Castorama, là haut sur la colline. C’était mardi après-midi, c’était full (mais personne ne travaille dans ce pays ?) et au rayon découpe de bois, il y avait la queue. J’étais la seule nana. La seule nana avec une jupe en tulle et des baskets roses, c’est certain, mais la seule nana de toute façon.
Comme conseillé par mon ami Bricol’man, j’avais bien pris les cotes (et non pas côtes) de la planche qu’il me fallait. Après l’attente la plus interminable du monde (je rappel que j’étais dans la queue du rayon découpe de bois du Castoch’, qui plus est au fond du magasin et DONC là où ça ne capte pas) où j’ai surpris quelques regards du genre « elle a dû se perdre la p’tite demoiselle », c’était mon tour. Et j’ai donc prononcé cette invraisemblable phrase : « Bonjour, je voudrais une planche de 31 cm sur 59, pour poser mon four voyez, pas trop épaisse, si possible blanche, et pas trop moche non plus, si possible. C’est possible ? ». Serviable comme tout, Castoch’man, découpeur de bois dans un boulot certes relativement stable mais j’imagine assez peu excitant au quotidien quand même, m’a répondu « du machin truc là comme ça, ça vous ira ça ? » (j’ai déjà oublié ce qu’est le machin truc en question : medium, contreplaqué, chêne – nan j’déconne).

Mais « c’est parfait ! » lui ai-je répondu.

Quelques minutes plus tard, ma planche sous le bras, et sans demander rien à personne, je trouvais la pièce en métal qu’il me fallait, les vis qui allaient bien en largeur ET en longueur « pour ne pas transpercer la planche » m’avait soufflé l’ami Bricol’man, et je me dirigeais déjà vers la caisse non sans acheter au passage une planche de patafix (vous savez tout).

Vint ainsi LE moment.
Moi, ma planche, mes petites visses, et la pièce en métal qui-va-bien pour faire tenir le tout au meuble sur le côté. J’étais fasse à moi-même, seule pour visser C dans D avec B puis C dans A, toujours avec B. Seule avec la visseuse, quand même.
Après avoir analysé comment mettre la batterie et serrer la tête dans le bidule, fait bzzz bzzz pour comprendre dans quel sens ça tournait (et dans quel sens il fallait tourner, parce que c’est écrit nul part ça !), je me suis lancée.

D’abord, ça tournait bien mais ça ne perçait pas : il fallait appuyer.
Ensuite ça perçait bien mais de travers : il fallait maintenir l’axe.
Enfin ça a fini par se plaquer sans transpercer : je commençais à être fière.
Trois vis plus tard, l’affaire était réglée, l’étagère stable comme tout et le four posé dessus. Le soir même j’y faisais cuire une part de pizza pour fêter ça.

Et au grand jeu des 2 grands trucs de la journée (celui qui m’a fait plaisir, celui dont je suis fière), avoir posé mon étagère à four est venu tapé direct dans la seconde catégorie ! Je garantis pas de le refaire demain (c’était chiant, ça m’a pris des plombes), mais n’empêche, j’ai posé une étagère !

xxx

PS : Mon four est donc un DéLonghi pas horrible mais pas terrible et cette photo n’a pour but que d’illustrer ce post car sinon, franchement, elle est moche.