Chers aventuriers du quotidien, aujourd’hui je te propose de revenir avec moi sur le thème de la drague de rue (OOOOOOOh).

Déjà abordé au travers de ces quelques lignes que nous échangeons toi et moi, tu as pu le comprendre, j’ai une opinion assez tranchée :

Quand on m’aborde dans la rue et que je finis par me faire traiter de Salope (en guise d’introduction ou de réponse à mon « non merci je dois y aller » et sans consentement préalable), je n’aime pas trop.

On pourra éventuellement traiter de la thèse opposée (mais si, Élise, il faut se faire traiter de petite pute, c’est chouette !) sauf que là tout de suite… Non.

Si je viens t’en parler à nouveau aujourd’hui, c’est parce que j’ai du nouveau.
Depuis deux mois, il se passe un truc étrange.

J’hésite encore à parler de nouvelle mode, de tendance ou de révélation encourageante. J’hésite parce que… un peu comme le Père Noël, tant qu’on ne cherche pas trop à comprendre, c’est bien réel… Or je ne te le cache pas, ce qui m’arrive depuis deux mois, je m’en ferais bien une petite réalité.
Cependant, parce qu’en deux mois c’est arrivé 3 fois, donc au moins 2, voire 3, fois de plus que ces 10 ou 15 dernières années, il me faut en parler :

Je crois que la mode est au compliment.

La première fois, c’était un vendredi soir sur les boulevards. Le mec m’a rattrapé, il m’avait croisé.
Ça ne partait pas bien.
Ça partait comme d’habitude.
Il m’a dit qu’il aimait bien mon style, ma robe avec mes Docs, et puis, comprenant que je me dirigeais certainement dans la direction inverse à la sienne pour une bonne raison, il m’a demandé où j’allais avant de me souhaiter une « bonne soirée »… Et nos chemins se sont séparés.
J’étais tellement surprise, je crois que j’ai trinqué en pensant à lui ce soir là.

La seconde, elle est plus insidieuse, mais bénéfice du doute oblige, je la mets dans la catégorie qui nous intéresse aujourd’hui. C’était un mardi soir aux alentours d’une quelconque gare, d’un lieu de transit. À l’arrêt au passage piéton, le mec est venu me parler. Il semblait jeune, il était sur Paris depuis peu et m’a demandé, soucieux de confirmer ce qu’une amie lui avait appris récemment, « c’est vrai que, quand les mecs abordent les filles, souvent, elles se font insulter ? ». J’ai trouvé l’approche curieuse / osée / drôle, je ne sais plus. Quoi qu’il en soit j’ai souri et répondu…

Oui !

On a discuté 5 minutes.
Paris lui semblait violent.
J’ai répondu que c’était partout pareil. En France, en tous cas. Sur ce point là, en tous cas.
Il m’a dit ne pas comprendre ce genre de comportement… J’ai repensé rapidement à une discussion que j’avais eu avec un ami sur le sujet quelques mois plus tôt. Lui non plus ne comprenait pas. Lui aussi était surpris. Il m’a même dit que ça le rendait triste. Alors j’ai re-repensé aux mots de Virginie Despentes dans le podcast « Dans le genre de… » tiré de l’émission de Nova quand elle rappelait, mieux que personne, la mauvaise approche que l’on (nous) (moi) (les femmes) peut avoir de sujets comme celui du viol, du harcèlement ou des agressions sexuelles :

Ça nous pose problème, mais c’est leur problème,

disait-elle, en regrettant la lenteur des hommes à s’approprier cette thématique.
J’ai fini par traverser et continuer mon chemin. Il m’a bien proposé un café mais j’ai refusé, et ce n’était pas grave.

L’autre soir, enfin, suite à une journée aussi chouette que lunaire et très fatigante, il est venu vers moi alors que, clopin-clopant, j’avançais péniblement sur mes talons, lui, un garçon lambda. Il m’a dit que j’étais jolie et que je semblais gentille, qu’en me croisant il avait eu envie de me le dire.
Voilà.
« Bonne soirée ».
Ça a duré 15 secondes. À aucun moment il n’a essayé de lancer la moindre discussion, j’avais mes écouteurs, je semblais fatiguée, j’ai répondu un « merci » un peu gêné.
Il a eu, sur moi, le même effet que si j’avais croisé une licorne. Je vous ai même demandé sur Facebook comment ça s’appelait ce genre d’interactions. Le terme de « drague de rue », d’un coup, il ne m’allait plus.
On m’a dit qu’on m’avait fait un compliment et Le Larousse à eu l’air de confirmer : Compliment = Action de féliciter quelqu’un d’un mérite quelconque ; paroles louangeuses, éloges, félicitations. Effectivement, selon Le Larousse quand on complimente, on n’attend rien en retour et on n’insulte pas les gens s’ils n’ont rien à vous donner.
Comme quoi, revenir au sens des mots, parfois, ça a du bon.

Voilà.
Ça fait trois fois.
J’ai peur qu’en en parlant, l’histoire devienne légende et que ma licorne se fasse la malle.

Ou, peut-être qu’à force d’en parler, du harcèlement de rue, la majorité silencieuse a décidé de se monter.
Peut-être que les mecs bien en ont eu ras la testostérone de se voir, peu à peu, affubler du rôle de bon gros connard PAR DÉFAUT au prétexte qu’une minorité affligeante croit qu’une meuf se met en jupe pour le plaisir de se faire insulter.
Peut-être que le sujet est devenu public et que, loin de refroidir leurs ardeurs, les vrais mecs ont décidé de se montrer, d’occuper eux aussi l’espace. Un espace où, l’air de rien, on pourrait s’échanger des compliments, comme ça,  en toute sincérité, juste pour notre plaisir…

Alors toi, dis-moi, tu veux croire au Père Noël avec moi ?

xxx

Image : Lissa R