Au détour de différentes bonnes idées pour ne pas me retrouver face à face avec mon clavier ces derniers jours, je suis tombée sur un article de Vanity Fair, magazine que j’apprécie tout particulièrement dans son format papier et sa déclinaison numérique nourrie d’articles plus court et plus léger. Les 10 commandements qui font l’écrivain, selon George Orwell m’est apparu comme l’article le plus juste de tous ceux (nombreux) que j’ai pu lire sur le sujet « comment devient-on écrivain ».

(À croire que je cherche dans les méandres de l’Internet la recette magique vers le savoir ultime.)

Le papier résume en quelques lignes l’essai Why I Write* de l’auteur du très marquant 1984, et notamment les motivations principales qui poussent le dernier des quidam à se perdre dans les méandre de l’écrit, complétées par cette vérité « Tous les écrivains sont vains, égoïstes et fainéants, et au point culminant de leur motivation réside un mystère. Écrire un livre est un horrible et fatigant effort, comme la longue traversée d’une quelconque maladie douloureuse. Personne ne tenterait une telle chose si elle n’était pas motivée par un certain démon qu’elle ne peut pas comprendre et auquel elle ne peut résister. »

Il m’arrive régulièrement d’avoir des phases où la vue même de Dame Pomme m’agace de sa culpabilisante prestance. Nous sommes en plein dedans.
Est-ce parce que j’ai du boulot par dessus la tête et que je repousse les échéances les unes après les autres en me disant, chaque jour un peu plus doucement, « woooof, ça va passer », comme s’il était question de tester la limite à partir de laquelle « ah bah nan, ça ne passe pas » ?
Est-ce que c’est le manque de vacances et l’envie sous jacente de me barrer un peu loin et beaucoup au bord de la mer ?
Ou est-ce que, tout simplement, Orwell a raison : je suis vaine, égoïste et fainéante, juste, de temps en temps, habitée par un démon que je ne peux comprendre et auquel je ne sais résister (et qui, apparemment, m’a plaquée sans demander son reste) ?

C’est à dire que, écrire, ce n’est pas vraiment un souci. Je le fais, d’une façon ou d’une autre, tous les jours pour mettre au clair mes idées.

Le souci c’est d’écrire bien. D’écrire juste.

Et ça, mon bon ami, c’est, je dois bien le concéder à Orwell, un peu démoniaque dans l’angoisse que cela peut procurer.

Relire une phrase des millions de fois et ne plus lui trouver de sens ; redécouvrir un texte qui (à une époque) a touché certaines personnes et se dire que c’est finalement assez mauvais ; voir ses progrès, certes, mais avoir envie de se donner des claques face à l’abus de phrases toutes faites ; écrire des lignes et des lignes sur un sujet sans lui donner d’angle ou (à peine) un ton, rester dans le commun et ne pas savoir partager le singulier qui donnera à un texte son sens, sa pertinence, et, tout simplement, son utilité dans les millions de lignes publiées chaque jour. 

Mon pire cauchemar.
Et, confession : mon plus grand point faible.

Bien plus récemment, il y a quelques jours à peine, prouvant que cette réflexion est une quête sans fin et toujours actuelle, c’est sur le compte Twitter de Boomerang, la chouette émission d’Augustin Trapenard, que des mots ont fait tilt. Des mots de François Bégaudeau :

J’aime les mots, le son des mots, l’agencement des mots.
Mais ils sont traitres.
Les textes s’écrivant tout seuls me laissent perplexe. L’impossible inspiration, sans-voix.
Je suspecte les lignes qui s’écrivent facilement de n’être qu’une vue de mon esprit trop faible et manquant de rigueur.

Je suis du genre perfectionniste.

Mes différents supports d’expression, plus ou moins professionnels, fictionnels ou laissant part à la subjectivité se complètent de très nombreuses lectures. Auteurs classiques ou contemporains, francophones ou non, blogs, magazines, livres, sujets d’actualités, de roman, d’essais ou inspirationnels, de façon (pas toujours consciente) se créent ainsi dans mon cerveau des références.
Parce que j’aime aller au bout des choses, j’aimerais dévorer La recherche du temps perdu de Proust, la comédie humaine de Balzac ou l’œuvre de George Sand (épistolaire ou autre) en quelques heures pour SAVOIR et m’en faire une idée. J’envie ceux qui lisent vite et me trouve terriblement laborieuse à enchainer des pages qui m’aspirent parfois, ou bien me rejettent violemment.

Les mots sont partout autour de moi. Ils m’habitent. J’aimerais en partager davantage, mais outre la quantité, j’aimerais surtout leur donner plus de sens. Écrire pour écrire n’en a pas. En tous cas pas de façon publique.

Certains disent (et j’en fais partie) qu’il faut parfois enchainer les lignes et advienne que pourra, arrêter de réfléchir, entrer dans l’action, écrire, et peu importe le rendu, mais au moins aligner les mots…

Il s’agit bien-sûr, cependant, de ne pas s’arrêter là et de s’adonner à l’art de la relecture. Depuis un an que j’écris tous les jours j’ai ainsi appris : écrire est une chose, mais savoir se relire est le plus important. Ainsi, on réécrira et remaniera jusqu’à ce que les phrases tombent au bon endroit. Le doute, toujours, jusqu’à ce que ça sonne juste.
Par fatigue peut-être, parfois, juste rimera avec abandon (mon côté vain, égoïste et fainéant). Ou, d’autres jours, s’accorder avec un certain démon que je ne peux comprendre, mais auquel je ne peux résister.

xxx

pourquoi j’écris – #JeSuisLeBilinguisme