Chers aventuriers du quotidien,

Laissez-moi partager avec vous une interrogation existentielle.

Le dentiste
C’est jeudi, il est 16h, la maladie te terrasse la voix depuis 3 jours et, en plus, il faut que tu te prépares pour aller chez le dentiste. Un peu plus tôt dans la journée, LA copine t’a convaincue que, même si tu as la maladie chevillée au corps, peut-être, ce soir, tu irais boire des coups sur les quais de la Seine.
Ce n’est pas tous les jours le mois d’août, on est bien d’accord.
Dans le doute face à l’incertitude de ton planning à venir tu décides de te changer dès maintenant d’une robe qui met beaucoup mieux tes yeux en valeurs que ton sarouel en jean.
Tu souffles, tu geins même : tu détestes le dentiste et ses détartrages en dépassement d’honoraires qui irritent ta petite gencive archi-sensible. Seulement voilà, tes dents sont ta fierté : 32 ans et aucune carie ! (on a les fiertés qu’on mérite) Ça vaut bien sa visite annuelle.
En chemin, tu réalises que la secrétaire t’avais prévenue : c’est le remplaçant qui va t’accueillir. Jeune femme d’habitude tu rechignes à l’idée mais tu arrives néanmoins devant la porte de l’immeuble. Pour une fois à l’heure, tu sonnes à l’interphone « dentistes », tu montes, tu franchis le seuil de la porte ouverte, tu arrives dans un cabinet désert. Après 2 minutes à poireauter dans le couloir tu te décides et vas t’asseoir en salle d’attente. Tu captes un peu de bruit dans la salle d’à côté.
Bien.
Il suffit de quelques instants pour que ton sentiment soit confirmé, là, de l’autre côté du mur, une petite mamie commence à parler face à un dentiste peut-être un peu désabusé. Il fait quelques aller-retours dans le couloir et finit par jeter un œil vers toi : « j’arrive hein, désolé ».

Tu n’es pas sûre, tu n’as pas bien vu.

Mais n’empêche, il est charmant ?

La mamie qui te précède repose en boucle les mêmes questions. Tu réalises que, finalement, il fait preuve d’une grande patience face à une patiente en pleine lourdeur. Tu regardes ta montre : 10 minutes qu’elle le / te saoule en répétant « mais alors, et si j’ai mal ? et demain ? si j’ai mal ? ».
Elle finit par partir et conclu d’un « merci beaucoup ».

Mamie est RA-VIE.

C’est ton tour ! tu te lèves et te dirige vers le petit fauteuil.
Il lève les yeux.

Il est très charmant !

Sauf que c’est ton dentiste et que tu es là pour lui parler de ta gingivite. Par ailleurs tu réalises que, malgré que tu te sois lavée les dents avant de venir, tu avais beaucoup trop chargé en ail ton tzatzíki fait maison de ce midi. Beaucoup trop.
Toi, tu fais quoi ?
A. Tu lui expliques ton inflammation de la gencive, ton angoisse du détartrage (on n’est pas là pour rien !) et quand il te demande si tu suis des traitements par ailleurs, tu souris bêtement en oubliant, dans un premier temps, de parler de ton asthme, ta pilule, et autres anxiolytiques. « Euh bah non, j’vois pas ! Juste je suis un peu malade là parce que, bah, j’ai plus de voix et euh sinon, je fais de l’asthme, ah oui si c’est vrai, y a ça quand même, l’asthme. Je prends un truc… le… euuuuuuh… je ne sais plus. Il est violet ! Et oui, stressée, oui, un peu. Oui oui. » Tu re-souris bêtement. Lui semble circonspect.
B. Tu lui proposes d’aller boire un verre, « non ? plutôt ! ». Il a d’autres rendez-vous ensuite donc non. « Mais..? » Non.
C. Tu précises que tu es là pour une visite de contrôle, « Trois fois rien. Ma plus grande fierté, ce sont mes dents ! » Tu ajoutes ton plus beau sourire Colgate à l’affaire. Et un clin d’œil ?
D. Tu cogites pendant que tu réponds mécaniquement à ses questions : vas-tu réellement passer les 20 prochaines minutes la bouche ouverte devant lui ? Tu finis par éteindre ton sourire. Vos rapports resteront des plus basiques, so be it.

Tant bien que mal tu ressorts avec ta feuille de soin sans le dépassement d’honoraire, « parce que non vraiment, ça ne les valait pas, je n’ai quasiment rien fait. Oui je suis sûre, ne vous en faîtes pas ! Je serais presque jaloux de vos dents… » conclut-il dans un sourire.
Tu te dis que, peut-être y aurait eu moyen de moyenner, qu’en plus tu avais ta jolie robe (si ça ce n’est pas un signe !) mais tu en es déjà à lui dire au revoir et lui à accueillir sa prochaine patiente.

Non, vraiment, quelque soit l’approche, draguer son dentiste en tant que patiente, c’est voué à l’échec.
Non ?

Alors toi, dis-moi, t’aurais fait quoi ?

xxx

Et en cadeau : la photo de mon plus beau sourire niais charmeur.

Et toi t’aurais fais quoi ? #1 – ici