Chers amis aventuriers du quotidien, aujourd’hui je vous propose de nous attarder sur le cas du « mec de la rue », ou « mec croisé dans la rue et à qui tu as maladroitement lâché ton numéro de téléphone (précieux 06) alors que pourtant tu savais bien que bah en fait, nan. »

Un exemple valant mieux qu’une théorie, revenons en arrière, mais finalement pas tant que ça, à ce lundi 28 septembre, temps d’avant où je répondais encore à mon statut de cadre en CDI. Aux alentours de 16h50, alors que je me dirigeais d’un pas décidé vers la place de la Rèp’ où devait démarrer mon « pôt de départ » 10 minutes plus tard, un jeune homme que l’on nommera Relou m’a d’un coup dépassé par la gauche pour me parler. Pas méchant, il se dirigeai(t) vers la poste quand (il m’a) aperçu et (s’est) dit qu'(il) allai(t) oser (me) parler vue que (j’)avais l’air gentille. « On dirait que tu vas à ton cours de danse là comme ça avec ta petite jupe et tes bottines ». Mon sac rempli de 3 baguettes de pain, un paquet de ca’huètes et un jus multivitaminé, moi-même et mes bottines qui couinent avons pris le compliment pour ce qu’il était. Un compliment (donc). Sauf que les bouteilles de Champ’ m’attendaient dans le frigo, je devais (voulais ?) filer, mais il m’a retenue : tu vas où ? mais tu faisais quoi comme boulot ? et du coup tu changes de boîte ? écrire, c’est bien ça, quel genre ? science-fiction ? policier ? plutôt Marc Levy alors ? tu te crois meilleure que Marc Levy bah dit donc ça va, il est connu quand même ! de toute façon j’imagine que quand on se lance dans ce genre de projets… t’as forcément un peu de côté sinon c’est pas possible ! etc.

Il faut rappeler qu’à ce moment de la semaine j’étais dans un état émotionnel proche de Verdun fin 1916, et, sans le vouloir, Relou s’obstinait à envoyer des boulets de canon sur mon champs de ruines : des questions à côté de la plaque pleines d’un air sceptique et supérieur. Cependant, je suis faible. Et tant qu’à faire de mettre ma vie en guerre (j’ai l’allégorie douteuse aujourd’hui) j’ai AUSSI décidé de m’ouvrir à l’Autre pour, peut-être, un jour, cesser ma relation durable et fidèle avec le célibat (ça fait beaucoup d’un coup et je ne suis pas certaine d’être prête prête, mais laissons les opportunités se présenter). Du coup, histoire de continuer mon chemin vers la suite, oui, j’avoue, j’ai égrainé les chiffres de mon numéro, sans erreur et sans mauvaise saisie possible (Relou m’ayant tendu son téléphone pour que je le tape moi-même de mon plus beau majeur sur le clavier tactile). La suite c’était donc un peu trop de Champagne, quelques toasts aux rillettes de Canard, un pseudo discours incompréhensible entre 2 reniflements et une jolie robe + pochette de chez des petits hauts.

De retour dans mon palace avec vue sur le ciel, Relou à alors commencé une technique d’approche du genre improbable.

Etape 1 : le texto de « follow-up » – rencontre H + 5

« Rencontre cool toute a l heure. J espere que ton pot de depart etait sympa 😉 Va voir le site machintruc.fr ca pourrait t interesser pour les livres 😉 »
Les accents et les apostrophes, c’est comme le nez des smileys, c’est une option. Néanmoins jusque là pas grand chose à redire en dehors du fait que je n’étais ABSOLUMENT PAS dans le délire.

Etape 2 : l’appel pour prise de RDV – rencontre J + 2

« Oui, c’est Relou, blablabla, je sais que tu as quitté ton boulot donc je te propose qu’on se voit jeudi / demain entre 17h et 19h, sinon dimanche dans l’après-midi car ce week-end je vais pas mal sortir, blablabla, à bientôt ».
Nous étions donc mercredi soir, il était 21h peut être, toujours est-il que je n’avais plus de batteries, que Relou est tombé direct sur répondeur, et ce n’était pas plus mal car
1. J’étais ENCORE MOINS dans le délire (mercredi soir quoi)
mais
2. Ma faiblesse aurait pu me faire décrocher.
Or le « je sais que tu as quitté ton boulot DONC voyons nous entre 17h et 19h » (pas une minute de plus merci) m’a agressé. Relou m’apparaissait de plus en plus comme un mec relativement sûr de lui (du moins d’apparence) avec un avis sur tout (je suis bien placée pour savoir que c’est chiant) ET une volonté de contrôle sur l’autre avant même de savoir QUI est cet autre, de quoi allumer mon réflexe d’auto-défense en moins de temps qu’il ne me faut pour l’écrire.
Quoi qu’il en soit je n’ai pas répondu. J’étais ailleurs.
« Je verrai ça peut-être ce weekend » me suis-je dit.

Étape 3 : le grand n’importe quoi – rencontre J+3

Nous voilà donc à hier soir, #NewLife Day 1 à peine terminé, un match de Rugby pas trop dégueu pour fêter ça (et le retour de la TV dans ma vie). J’entends vaguement que ça vibre au loin. Un message. Il me semble.
Ce matin j’ai cependant découvert qu’il c’était passé sur mon portable un non-échange relativement savoureux.
22h19 : appel en absence – Relou
22h22 : message – Relou « Viens on fete notre pot de premiere rencontre a 19h demain. L adresse 60 rue de XXXX 🙂 »
23h54 : message – Relou « A demain. Je donne que deux rendez vous et je ne cire pas les chaussures f une femme pour la voir… J ai trop.de valeurs pour ca. T aura 2 chances de voir un vrai Homme. Si tu fais ta fine bouche je rentrerai pas dans ton jeu »
Je m’interroge donc : Est-ce de l’humour ? Ou est-ce que les règles en vigueur (avec lesquelles je suis relativement peu familière, je dois l’avouer) imposent qu’un échange de 06 avec « Le mec de la rue » se concrétise obligatoirement dans les 3 jours, rendant mon silence terriblement irrespectueux pour Relou ? Fais-je preuve d’une impolitesse crasse en n’ayant finalement pas mis au centre de ma semaine Relou, alors que bon, quand même, c’est Relou ? Ou est-ce que juste le mec est un brin pressant ?
Quoi qu’il en soit et quelque soit la démarche (humour ? non ?), on ne va pas se mentir : là, c’est cramé (c’était déjà pas bien embarqué). J’ai peur qu’on ne s’entende pas sur la définition du « vrai Homme » ce qui est problématique et fondamental.
Ainsi ce matin lors de ma ballade dans le quartier en reniflant le bouquet de fleurs que j’avais à la main, j’en étais à réfléchir qu’il faudrait que je lui dise de ne pas se déplacer pour rien, quand j’ai senti mon téléphone vibrer :
11h03 – message – Relou « Je prefere prevenir. Car quand.on.laisse les femmes decider on se fait marcher dessus et on.perd notre imagz d Homme. Donc a ce soir »

« Donc »…

Conclusion

Au stade où nous en sommes, je dois avouer que cet échange me rassure : je ne suis pas la seule à galérer en appuyant sur la touche du point au lieu de la touche espace avec mon portable. Mais c’est à peu près tout ce qui me vient comme conclusion.

Le mec ne peut décemment pas imaginer que je puisse lui répondre « pas de soucis je comprends tu es un Homme un vrai et c est bien l essentiel » (je ne voudrais pas le froisser en utilisant une ponctuation adéquat) ou que je me pointe ce soir à 19h à l’adresse indiquée.
Si ?
L’autre truc qui me rassure, c’est que mon instinct me disait dès le départ que c’était une mauvaise idée.  Mon instinct, ma boussole ! Et par ailleurs je crois que tous ceux qui ont marqué / partagé ma vie (les nombreux…), s’ils doivent croiser ces lignes, doivent doucement rigoler dans leur barbe. Parce qu’aucun n’aurait été du genre à m’écrire ce genre de prose. Peut-être parce que, moi aussi, J ai trop.de valeurs pour ca.
Ça aurait pu nous faire un point commun cela dit !

N’empêche, je suis super embêtée. Je n’ai aucune idée de ce que je dois répondre. Et ça m’agace promptement quand je suis incapable de trouver les mots.

xxx

PS : La photo n’a pas complètement rien à voir vu que c’est le bouquet du jour, dégoté dans mon SoPi d’amour, que je reniflais ce matin sous ce joli ciel bleu d’octobre.

Edit : Depuis la publication de ce post jeudi après-midi et suite à une réponse polie mais ferme de ma part, Relou a décidé d’insulter ma petite personne, mon vagin et mes talents d’auteure (dans une syntaxe toujours plus intéressante). Ayant un minimum d’attachement pour les 3, j’ai décidé que je m’arrêterai donc à cet unique message et ne répondrai pas quand il m’a demandé, par la suite « Tu viens ou quoi. La fmemme de descendre pour rien. Assume qu on prenne un verre. Doit pas une enfant capricieuse. »