Je ne sais pas trop ce que je faisais il y a 5 et 10 ans, n’empêche, ce matin, depuis mon Palace toutes fenêtres ouvertes, j’ai entendu les coups de canon. 21 il parait. Ne me demande pas de confirmer : il m’en aura fallut 5 ou 6 (ou 7 ?) pour que je réalise ce dont il s’agissait. Il y a 10 ans j’étais au pied des collines de Belleville. Il y a 5 ans sur un autre versant de celle de Montmartre. D’une certaine façon je me rapproche du centre et du son des « coups de canon », en perdant, au passage, quelques mètres carrés à chaque déménagement. Au rythme où vont les choses, dans 10 ans je vivrai dans une chambre de bonne avec toilettes sur le palier et vu sur les Invalides !

Il y a des trentenaires (presque quarantenaire) (quand-même) qui deviennent président de la République, et puis il y a les autres.

Moi, par exemple, je suis du genre à regarder la passation de pouvoir depuis mon canapé, habillée d’un pyjama qui ne m’a pas quitté depuis 36 heures non sans avoir renversé mon assiette pleine de miettes de brioche 5 minutes plus tôt sur le coussin à ma gauche. Elles sont là, toute de beurre vêtues en train de me regarder et de se demander « et donc tu vas nous laisser, là, comme ça ? »

Je ne me suis jamais vraiment considérée comme bordélique seulement, je dois le reconnaitre, je ne suis pas non plus la personne la plus maniaque du monde.

Il y a des gens qui ont des canapés, des coussins ou des fauteuils blancs.
Il y a des gens qui enroulent proprement leurs écouteurs autour de leurs iPod / téléphone intelligent entre deux usages et les retrouvent tels quels par la suite.
Il y a des gens qui passent l’aspirateur derrière les meubles.
Il y a des gens qui changent leurs draps ou serviettes de toilette avec la régularité d’un métronome.
Il y a des gens qui font leur lit tous les matins.

Mon Palace se voit régulièrement jonché de petits tas d’habits entre propres et sales (indécision), il y a des tâches indélébiles sur certains de mes coussins mais j’ai décidé qu’au milieu des couleurs ça passerait inaperçu, mes écouteurs se transforment régulièrement en un sac de noeuds inextricables (attendant plusieurs jours (d’utilisation) avant que je ne me décide à les défaire), mes meubles sont des refuges à moutons, je change mes serviettes de bain quand l’odeur me rappelle à l’ordre, mon lit est, à 13h30 en ce dimanche, le champs de bataillé héritier de ma nuit passée.

Et donc, ces miettes…

Tu crois qu’Emmanuel Macron il est du genre à laisser des miettes de brioche sur son canapé en tapant un texte de ses doigts (un peu) gras sur son clavier ?

Le mec a mon âge ou presque (à 6 ans et demi près). Ce matin il s’est levé, bon pied bon œil en se disant

  1. Je fais l’état des lieux d’entrée dans l’appart
  2. Quelques câlins bisous et poignées de main
  3. Une petite ballade sur les Champs Elysées

… Et hop, j’suis président.

Moi j’ai cherché 3 minutes mes lunettes tombées sous mon lit la veille, somnolé devant les éditions spéciales et décidé qu’avant de laver mes cheveux, j’allais profiter de ce dimanche en pyjama pour faire un masque capillaire régénérant (j’ai les pointes qui fourchent) !

On a le même âge ou presque.
J’ai gardé les mêmes habitudes à 33 ans que quand j’en avais 18 dans mon studio d’étudiante, à la différence près que maintenant je paye mon loyer (de studio, toujours) toute seule sans rendre de compte à personne. Certes j’ai encore 6 ans et demi pour changer d’avis, n’empêche Manu, lui, s’il emménage dans un appartement de plus de 100 mètres carrés en plein cœur de Paris, il gagne en prime l’obligation de rendre des comptes à (presque) 67 millions de Français.

À choisir, je crois que je vais rester dans mon Palace à moi.
Après tout, j’entends déjà plutôt bien le son des coups de canon…

xxx

Image : Lorie Shaull