Le monde va mal. Aujourd’hui, alors que je me dirigeais tranquillement vers mon palace, un monsieur au français aléatoire m’a demandé sa direction. Pour une fois assez sûre de moi, je lui ai indiquée (en parlant fort comme à chaque fois que je parle en articulant pour qu’on me comprenne – le truc aussi inutile que débile). Il m’a regardé avec un air de surprise. Et m’a simplement dit « non », pour finalement partir dans la direction opposée. Oui, c’est avec certitude que je peux affirmer : quand quelqu’un vous demande une direction et s’engage dans le sens opposé de votre réponse posée avec précision si celle-ci ne lui plait pas, c’est que le monde va mal.

D’autant plus que quelques pas plus tard, un petit monsieur est passé à côté de moi pour s’interroger « on n’a pas froid ? » sans me regarder ou attendre la moindre réponse. La question était, semble t’il, posée à mes jambes en collants et mes fesses en short. Certes je me ballade, même en hiver, légère et court vêtue. Le cul à l’air me gêne moyen, faut croire que je ne suis pas trop frileuse entre les chevilles et le nombril. Mais ça me regarde. Je crois. Alors pourquoi cette remarque ? Je ne me l’explique pas. Mais elle me laisse à penser que le monde va mal.

Oui car elle fait suite à cette réflexion adressée hier, sur un ton monocorde, suffisamment fort pour que je l’entende et suffisamment doucement pour que j’ai un moment de doute. Mais elle était bien là, glissée par un abruti qui, là encore, passait par là : « affreuse »

Alors certes la combinaison bottes motarde + jupe en tulle + hoody Calfornia Venice Beach + veste en cuir n’est pas la tenue la plus élégante que j’eusse pu porter (et vlan le subjonctif passé appliqué sans trop de certitude sur sa bienséance), d’autant plus que mes cheveux n’étaient pas de toute première propreté et mon teint a connu plus lumineux, mais bon… affreuse quoi !
Décidément le monde va mal.

Ceci dit, je sortais de chez mon marchand de Burrito. Du temps d’avant j’y allais environ une fois par semaine alors forcément on se voit moins maintenant que j’ai moins les moyens et moins besoin de manger « dehors ». La dernière fois, prenant des nouvelles de mon projet, il m’avait offert mon déjeuner mexicain. Et hier, c’était moitié prix qu’il me demandait de payer pendant que je lui relatais quelques doutes personnels et l’interrogeais sur son business (dans ce monde qui va mal). La bienveillance d’étrangers me ferait ainsi relativiser : finalement ce monde ne va pas trop mal.

Un peu comme quand sortent quelques confettis d’une boîte en carton. La robe on l’a achetée, mais la carte qui dit Merci en guise de facture, les confettis et le vernis à ongle nailmatic, ça c’est cadeau. Vu le prix de la robette manche trois quarts, tissu étoile doudou (velours), on attend la traditionnelle qualité et les jolies finitions qui caractérisent ce made in Europe de conception française qu’est WearLemonade, mais tous les grigris qui s’ajoutent ils apportent des étincelles dans le quotidien. Ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre. Oui : ce monde est peuplé de gens biens.

C’est ce que je me suis dit aussi en sortant de chez Paul l’Emploi ce matin. Ma conseillère (qui ne va a priori pas le rester parce qu’en fait je suis cadre et dépend donc d’un autre bureau, « oh mais on s’est trompé » tout ça tout ça) s’est sentie obligée de conclure d’une façon positive notre entrevue de 11h. Je me dis qu’elle s’est un peu forcée car malgré mes explications relativement hasardeuses sur ma situation elle a quand même réussi à trouver les points positifs de mon projet et à formuler des encouragements pas du tout hors de propos. Ce n’était pas mission facile, mais elle l’a fait : elle a trouvé de la cohérence dans mes idées ! On aura beau dire, c’est un métier conseillère à chômeurs.
Et si, avec mes utopies et rêves à peine cachés, j’en arrive au stade où je fais un peu de sens au près de professionnels de la situation bancale, c’est que finalement le monde va peut-être plutôt bien.

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Pour ce qui est de la photo là tout là haut, on est bien d’accord que le Focus ne s’est pas fait du tout au bon endroit (genre sur le mur derrière l’affreuse, aka bibi)