L’inspiration n’est pas le genre de choses que l’on trouve sous le sabot d’un cheval (ce qui, soit dit en passant, est une bonne nouvelle, sinon ma vie serait compliquée). Pas toujours évident, ami lecteur, d’aligner les bons mots pour venir te décrocher le sourire que je veux voir dans nos échanges. Fort heureusement pour nous, je suis un énooooooorme boulet, et voici donc l’histoire du jour :

La meuf qui sort en pyj descendre ses poubelles et qui comprend, après la porte claquée, que les clés sont restées DANS l’appartement !

Tu as l’impression de connaitre cette histoire ? C’est normal. Ça m’est déjà arrivé, il y a 15 mois. Depuis cette époque, à chaque fois que je franchis le seuil de mon appartement je me répète : voilà, tu prends les clés, tu as bien pris tes clés ? oui tu as bien tes clés (passe le seuil de la porte – ferme la porte doucement – retient la porte) ATTENDS ! tu as tes clés ? bien, tu peux fermer.

Complètement psycho de la clé que je suis devenue, je me croyais invincible.
Bon bah donc non.

(Aurais-je pu ajouter à cette démarche subtile l’option « laisser un double chez quelqu’un ? »
A priori non.)

Cet après-midi, ainsi donc, je me décidais enfin à poser les doigts sur le clavier de LadyApple, la bien nommée. Son clavier rétro-luminescent m’attendait, m’appelait même : « mais si ton idée est bien, vas-y, écrit là ». Dans mon cerveau il s’est passé un truc étrange, un genre de déni : « non, je vais descendre les poubelles histoire de confirmer l’idée et quand je remonterai, tout sera beaucoup plus clair » (parce que c’est bien connu, l’inspiration ne vient jamais mieux que lors d’un aller-retour en ascenseur).

Me voilà donc à mettre mes baskets et à attraper le sac – vert – poubelle + le petit pot de verre pour le recyclage. La sensation du devoir accompli (l’aller-retour poubelle, le truc le plus chiant du monde) commençait déjà à m’envahir quand j’ai passé le seuil et balancé la porte vers le clac validant sa bonne fermeture.

Sans prendre mes clés.

CLAC

Pyjama, basket, poubelle dans la main droite et petit pot en verre dans la main gauche, j’ai fait « putain » sur mon paillasson étoile (Oui, j’ai une étoile sur mon paillasson).

Première étape, descendre les poubelles. Bizarrement la sensation de devoir accompli s’était faite la malle entre temps : « Allez, salut, je laisse place à la remise en question profonde de tes capacités de réflexion ! »
(Connasse)

Seconde étape : trouver un téléphone pour faire venir un serrurier. Il semblerait que, à mon étage, je sois seule le jeudi après-midi à 14h30, je suis donc montée un cran au-dessus, je me suis dit que la petite dame qui faisait déborder l’eau pour ses fleurs sur mon balcon à chaque arrosage, elle était bien du genre à être là.
Bingo !
Certes c’est son « employé de maison » en blouse qui m’a ouvert sur un appartement dont la taille de l’entrée, seulement, égale mon appart dans son ensemble (l’entrée du premier étage en tous cas) (oui ma voisine vis dans un duplex). J’ai retenu un « wahou » de toute façon vite atténué par une déco à l’image du paillasson avec 3 chats dessinés dessus qui m’a accueilli (dis moi à quoi ressemble ton paillasson, je te dirais qui tu es) (sans aucun doute, qui dit paillasson étoile dit déco de qualité). Elle ne pouvait pas grand chose pour moi mais sa « patronne » était là. La « patronne », ma voisine donc, m’a montré où était le téléphone et a cherché pour moi le numéro d’un serrurier. Au hasard de son bordel à bibelots elle m’a trouvé une carte, du genre de celles que l’on trouve dans la boite aux lettres avec noté « numéros utiles » en titre, du genre de celles qu’on balance négligemment dans la poubelle recyclage en pestant contre ses arbres abattus pour rien dans la certitude que plus jamais on aura besoin d’un serrurier.

L’appelle passé, nous arrivons à la troisième étape, celle de l’attente dans le froid (et toujours en pyjama) au bas de l’immeuble. « D’ici 30 à 40 minutes » qu’il devait arriver le technicien. À vue de fesses gelées à force d’être assise sur les marches en marbre de mon entrée, je dirais plutôt 45 bien trop longues minutes si vous voulez mon avis ! L’avantage de mon immeuble c’est qu’il abrite pas mal d’appartement et des espaces de travail. Ainsi donc j’ai pu échanger une bonne dizaine de « bonjour » avec des gens en costard / tailleur, à minima habillé, hein. Moi je restais stoïquement assise sur mes marches gelées comme si tout était parfaitement normal, le pull en pilou en forme de chouette très fièrement exposé. Enfin, stoïquement, jusqu’à ce qu’arrive vers moi, pleine balle, un petit chien moche (mon amour des bêtes est a peu près proportionnel à mon amour des bébés) qui n’a rien trouvé de mieux que de me renifler / grimper dessus / lécher le visage (dans cet ordre, on notera le respect des préliminaires). « Descends de la dame » a dit sa propriétaire avec une certaine autorité mais semble-t-il insuffisante pour calmer les ardeurs du carlin en question (oui, je viens de taper « petit chien » dans Google pour trouver cette nomination fort à propos, à chacun son historique de recherche).

C’est face à l’adversité qu’on apprend à relativiser.
Il y aura clairement un avant et un après cette journée.

Quatrième étape : l’arrivée du serrurier (une profession à forte dominance masculine il me semble), le défonçage de serrure et la crise de larmes devant le devis.
Cette partie étant moyennement rigolote je vais arrêter là l’histoire.

À l’heure où je finalise ces mots le serrurier est parti chercher les pièces pour me poser une nouvelle serrure. Dans cette attente, je ne peux plus sortir de chez moi… Et j’ai deux questions qui restent en suspend :
– Aurait-ce été le bon moment pour dire à ma voisine du dessus d’arrêter de faire déborder ses plantes sur le balcon où potentiellement je me trouve, là, juste en dessous ?
– Est-ce qu’il y a du courrier dans ma boite aux lettres ?

Cette dernière m’obsède particulièrement. Pas tant parce que j’attends quelque courrier que ce soit, mais juste parce que c’était ce que je devais faire, normalement, en remontant des poubelles.

Peut-être que si j’arrive à cette étape de l’histoire alors tout le reste de cette journée s’effacera et je pourrai remonter sagement devant LadyApple pour lui dire « à nous deux ma grande, cette fois-ci, c’est bon, j’ai trouvé la bonne formulation ! » sans laisser derrière moi un énorme trou dans la porte où résidait, il y a peu, ma serrure.

Non ?

xxx

PS : la photo étant la vue depuis mon Palace, sachez qu’un étage au dessus, c’est encore mieux !