Il y a quelques jours je vous parlais de la théorie du compliment, cette licorne qui a fait son apparition sous les traits de phrases bienveillantes et non insultantes venant de mes congénères du sexe opposé. Un vent de fraîcheur.

Si je reviens vers toi aujourd’hui, c’est parce que le vent se transforme en tempête sur mes idées reçues. Crois-le si tu veux, mais, oui, j’ose le dire…

Les gens sont gentils !

Mais genre vraiment gentils !

Mon boulot, il est plutôt cool : je rencontre des gens, j’apprends des trucs à leurs côtés et même, parfois, ça se fait autour de verres voire devant des petits-fours (bon, parfois c’est chiant aussi, mais passons). Hier, par exemple, je profitais de la grandeur du Palais Brongniart pour assister à une conférence de presse présentant ce que nous avons consommé comme téléviseurs et téléphones portables durant l’année 2016 (on a dit que parfois, donc… bon). Pour être honnête, grandeur aidant, je m’suis un peu perdue.

« Ça sera par là, au coin opposé à droite, au premier étage » qu’on a commencé par me dire. Du coup, comme au coin opposé à droite j’ai trouvé les escaliers, je me suis sentie sur le bon chemin. Là-haut, j’ai trouvé des couloirs et des portes. Tout était d’un coup plus confus. En croisant une dame, elle m’a dit qu’il fallait descendre… Je suis descendue.
De retour à l’accueil presse j’ai redemandé mon chemin : « Non, en fait c’est par là » m’a répondu la demoiselle qui avait scanné mon pass quelques minutes plus tôt, en m’indiquant le sous-sol. Quelle ne fut donc pas ma joie de trouver JUSTE DEVANT une place encore libre dans un auditorium laissant sous entendre que ma péripétie de couloirs m’avait mise légèrement à la bourre.

J’avais chaud, j’étais en place mon communiqué de presse, mon accréditation, mon portable avec les différentes informations, mon cahier et mon stylo dans les mains. Ça commençait à faire beaucoup, j’en étais à envisager de retirer mon manteau quand un certain instinct m’a dit d’attendre un peu : la présentation que j’avais de projetée en face de moi ne correspondait en rien aux slides qu’on m’avait remises quelques minutes plus tôt. D’un bon je me suis relevée et après réflexion je suis sortie. Par chance j’ai croisé l’attachée de presse qui m’avait indiqué le coin opposé à droite initial. C’était bien par là, juste caché derrière 3 portes et deux couloirs une fois l’étage correctement atteint…

Pile à l’heure (ou presque) je prenais mes aises dans un auditorium beaucoup plus à l’échelle de ce à quoi je suis habituée que le précédent où s’amassaient environ 500 personnes. On était entre nous, je savais de quoi on allait parler, tout allait mieux…

Ou presque.

Il m’a fallut 2 minutes pour réaliser qu’entre le sous sol et le premier étage, j’avais perdu mon téléphone intelligent. 2 minutes + 5 longues minutes à fouiller 8 fois chaque poche et vider mon sac en essayant de faire le moins de bruit possible. Dans ma tête un ping-pong intérieur sans fin à commencé à prendre en place « boulet, t’as perdu ton phone » / « ‘tain, concentre toi, tu dois écrire un papier sur ce que dit le mec en train de parler, là devant toi ! ».
J’étais déjà en train de me maudire intérieurement de cette loose ultime quand j’ai chopé le regard de l’attachée de presse. Rapidement et en chuchotant j’ai marmonné un truc du genre « j’ai perdu mon portable », il ne lui a pas fallut plus de 2 secondes pour dégainer le sien qu’on essaye de faire vibrer le mien ensemble.

RIEN.

Et là, la magie a opéré !
Elle m’a regardé, les yeux dans les yeux, comme investie de la tâche la plus importante de sa journée, peut-être même de sa vie!,  pour me dire :

« ne bougez pas, je vais aller faire un tour, voir si je le trouve »

Pour moi, elle a raté le meilleur de la présentation.

… J’déconne…
(elle est attaché de presse, elle la connaissait, et puis bon… passons)
Mais pour moi, en revanche, elle a arpenté la grandeur de Brongniart et essayé plus de 8 fois de contacter mon portable perdu sur le siège JUSTE DEVANT où je m’étais assise quelques minutes plus tôt au sous-sol. D’appels sans réponse en messages échangés elle l’a fait, oui, elle l’a retrouvé, de quoi revenir quelques minutes plus tard – là où je m’intéressais à l’augmentation des ventes de TV en 2016 (« ah oui ! ooooh, très beau graphique en camenbert ! ») – en me signifiant d’un pouce en l’air et d’un clin d’œil que « hey, c’est OK ! »

On ne se connaissait pas depuis plus de 10 minutes mais elle a sauvé mon petit chinois et son contenu plus ou moins personnel de la disparition dans les grandeurs de Brongniart au seul motif de l’empathie et sans même se poser la question de si oui ou non elle devait m’aider.
(De là à dire que ma tête déconfite fait pitié il n’y a qu’un pas que m’abstiendrais volontiers de faire)

À la fin de la présentation j’aurais voulu l’embrasser et la serrer fort dans mes bras (mettant à plat toute convenance sociale) quand elle balayait de son côté d’une main affirmative mes mercis répétés, comme pour dire, un peu gênée, que c’était bien normal de sa part d’avoir arpenter Brongniart pour compenser ma boulet-attitude.

J’veux dire… Les gens sont gentils.

Mais genre… Vraiment !

xxx