Chers aventuriers du quotidien, le monde est parfois trop injuste.
Nous avons chacun nos armes pour y faire face.
Le moment est venu pour moi de te faire un aveu : mon arme à moi n’a pas bougé d’un iota depuis mes 3 ans.

Je suis une hyper sensible.
Je ne saurais pas te dire si c’est bien ou non, il s’avère que c’est comme ça et que, avec le temps, j’ai appris à m’en servir comme un allié précieux dans mon travail (et ma grande passion) : raconter des histoires. Être une éponge à sentiments, à sensations, chercher obstinément à comprendre les autres et leurs motivations est peut-être ce qui me sert le plus pour ajuster les mots afin qu’ils sonnent justes.

Sauf que…

Dans la vie de tous les jours aussi, je suis une hypersensible : je pleure comme je ris (si maman si) de joie, de peine, d’émotion, de tristesse, de colère, d’amour… je pleure plus facilement et rapidement qu’il ne me faut de temps pour l’expliquer. Je pleure. De contrariété, souvent, très souvent, je pleure. Un peu comme une enfant de 3 ans, je pleure.

Et parfois c’est un peu chiant.

Déjà parce que ce n’est pas joli-joli. Les yeux de panda, la bouche qui se tord, les rides qui se creusent. Clairement, il faut le dire :

Quand on pleure, on est moche.

Ensuite, et je crois que le problème est surtout là, pleurer met les gens en face de soi terriblement mal à l’aise. Parce qu’on n’est plus très joli(e)-jolie(e) à regarder certes, mais surtout car ils ne savent pas vraiment comment réagir.

Il m’a fallu pas mal de temps pour le réaliser, 32 ans pour être exacte. Il m’a fallu regarder le (très bon) documentaire de Viceland, Census, la semaine dernière pour comprendre que, oui, je suis différente.
Au sein de cette heure et quelques de vidéo prenant le pouls de la jeunesse française au travers de sujets aussi divers que variés, est arrivé la question :

c’était quand la dernière fois que tu as pleuré ?

Pour répondre, des jeunes gens, hommes, femmes, de tous horizons. Les réponses variaient mais quasiment tous hésitaient, peu sûr d’eux, ça remontait pas mal sur l’échelle du temps cette histoire.

Là j’ai compris que, peut-être, le monde n’était pas à mon image.

À la question « c’était quand la dernière fois que tu as pleuré ? », ma réponse est beaucoup plus simple et évidente :

Je ne crois pas avoir encore pleuré aujourd’hui, donc hier, sûrement.

Pleurer est, pour moi, un non évènement. Une manifestation comme une autre d’une des centaines, voire milliers, d’émotions qui me traversent au quotidien. Je pleure devant un chat mignon, à l’accueil d’une mauvaise nouvelle, à l’accueil d’une bonne nouvelle, en regardant Docteur Quinn ou Grey’s Anatomy, quand on me dit qu’on est fier de moi, ou à l’inverse pas content, si je suis fatiguée, ou que tout simplement on me dit « Non » (j’ai 3 ans), je pleure…
De la larme à l’œil au gros sanglot…

Et vous savez quoi ? Ce n’est pas très grave.

Mais oui mais le monde n’est pas comme moi !!
Le monde ne sait pas que mes émotions jouent au yoyo dans mon cerveau et que c’est NORMAL. Le monde ne sait pas que dans quelques minutes je vais rigoler, que ça aussi je sais le faire hyper facilement… Le monde ne sait pas que je suis en fait, simplement, TRÈS bon public vis à vis de ce que je ressens.
Alors, souvent, quand je pleure, le monde est mal à l’aise. Je le vois bien. Les silences gênés, les regards fuyants et la phrase qui revient « ne te mets pas dans des états pareil, ce n’est pas bien grave ».

À la rigueur, ça pourrait s’arrêter là. J’accepterais ma différence avec le monde et je ferais ma vie avec, nul besoin d’un post de blog, alors, pour crier ma vérité. Mais le souci, c’est que ça va dans les deux sens et, à l’inverse, je ne mesure absolument pas la détresse de mes semblables au niveau de leurs sanglots. Je suis toujours émue de voir quelqu’un ému (hypersensible un jour, hypersensible toujours), mais il me faudra beaucoup plus que de simples larmes pour comprendre l’importance d’un chagrin et ce qui se cache derrière. Or j’ai BESOIN de comprendre. Et quand certains se contenteraient aisément d’un « oh, t’es triste, viens là (câlin) », moi, non. Moi je demande « Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que tu ressens ? Pourquoi ? ». Moi je ne prends pas les larmes pour argent comptant, comme fin de discussion ou signe de défaite, je les prends comme une manifestation du corps complémentaire aux mots ou à la posture de mon interlocuteur.

Parfois je me dis qu’on a trop rapidement oublié nos réactions d’enfants, que le monde serait plus vrai si nos envies et nos besoins s’exprimaient clairement d’éclats de rire ou de sanglots. Et puis parfois, aussi, rapidement, dès que je suis en présence d’enfants, je me souviens que c’est insupportable, exaspérant même, parfois… Et que le monde, lui, a bien fait de grandir.

De mon côté j’ai toujours un peu 3 ans : oui, souvent je pleure et non, ce n’est pas grave !

Alors toi, dis moi, te sens-tu aussi, parfois, différent(e) ?

xxx

Image : clappstar