Les souvenirs, parfois, ne tiennent à rien.
Ça tient à un oubli de cassette. 
C’était les grandes vacances, j’avais moins de 10 ans. Et dans mon souvenir, dans cette histoire, pour cette semaine de ces vacances, honnêtement le temps n’était pas des plus foufous. Nous étions 4 cousines. Nous allions à droite et à gauche dans la R5 beige conduite par ma grand-mère, une 3 portes aux sièges beige, marron et rouge, sur les routes aux alentours de la Bernerie, la Bernerie-en-Retz, la bernoche. À 45 minutes grand maximum de notre quotidien de petites nantaises, nous aurions pu être de l’autre côté du monde, ça aurait été pareil, le reste du monde n’existait pas.
Il y en a eu plusieurs des semaines comme ça, au fil des années, à se doucher en se versant des bassines d’eau chauffées au soleil et à se diviser les petites boites de Kellog’s au petit déjeuner. Plusieurs années qui nous ont vues grandir les unes et les autres (ma sœur restant inconditionnellement la plus grande) mais une en particulier qui nous lie les unes aux autres.

Je ne sais plus vraiment comment ça s’est passé ni qui s’en est rendu compte en premier, mais par un hasard des plus hasardeux, il s’est avéré que nous n’avions, pour l’ensemble de la semaine, qu’une seule cassette à faire tourner dans l’auto-radio de la R5. Une seule. Pour une semaine complète de météo un peu bancale ou chaque journée devait réinventer les occupations. Cette cassette c’était Michel Delpech.

elise10 ans
10 ans

La mémoire a ses limites dans ce genre de récit. Les détails se perdent et je ne saurais pas dire exactement combien de fois elle a tourné : peut-être pas tant que ça, peut-être tellement plus. Quoi qu’il en soit je n’aurais jamais connu Michel comme je le connais aujourd’hui sans cette semaine à laisser l’auto-reverse enchainer les morceaux, inlassablement, les uns après les autres, recommençant encore et encore : Le Loir et Cher (ma préférée), Wight is Wight (Dylan is Dylan), Pour un flirt, Quand j’étais chanteur, etc. Les premiers passages étaient découverte mais rapidement nous chantions chaque couplet et chaque refrain à tue-tête. Depuis il m’est absolument impossible d’entendre Michel Delpech sans penser à cette semaine. C’est le souvenir numéro 1 de ces vacances qui en ont pourtant vu d’autres. Rien à faire, la musique à ce don de raviver les moments, peut-être même encore mieux que des photos que nous ne prenions pas où un retour sur des routes qui ont depuis bien changées.

C’est vrai que du haut de notre trentaine on parle de ces moments comme des vielles briscardes qui se retrouvent à peine une fois par an autour d’un plat de Saint Jacques, pour Noël. Un moment perdu dans les mémoires qui garde à jamais une BO en forme de bande magnétique enroulée dans un bout de plastique. Une cassette que ma grand-mère n’écoute sans doute plus très souvent mais des morceaux qui nous lient et que l’on chante encore avec plaisir à chaque passage inopiné sur Nostalgie, chacune de notre côté, en pensant toujours les unes aux autres.

Merci monsieur Delpech.
Et parce qu’il serait peut-être temps de le dire : merci mamie !

xxx