Je n’avais pas prévu d’habiter dans le 17ème. Ça s’est fait comme ça, parce que l’appartement était refait à neuf, dans mes prix, avec un placard immense où j’avais la place de mettre toutes (toutes!!) mes chaussures et que mon dossier est passé. C’était un mini deux pièces. Mon premier deux pièces. J’estimais en être à ce stade de ma vie. Celui de mettre un mur entre mon canapé et mon lit.Et voilà, pas loin de 6 ans finalement. Ça en fait des démons, des histoires, des étoiles à nettoyer en préparation de l’état des lieux. Un grand coup de serpillière sur ce parquet, entre ces murs, là où j’ai retrouvé et remis sur écoute ce qui s’était planqué dans un recoin de ma tête : des projets.

J’habite en zone tendue, où l’offre est inférieure à la demande (euphémisme) et où la loi Macron m’a permis, 10 jours avant de poser mon préavis de réduire ce dernier à un mois seulement. Loué soit Macron (je vois midi à ma porte, n’épiloguons pas tout de suite sur le reste). Parce que je n’avais pas non plus nécessairement prévu de déménager 4 jours après être rentrée de vacances dans une urgence que seule Paris sait créer.
Mais j’ai eu le coup d’chaud en voyant l’annonce en ce vendredi de mi-août (serait-il possible qu’un appart corresponde à tous mes critères ou presque dans la vraie vie ?).
J’ai eu l’coup d’intuition en me disant « vas-y ma grande » après avoir vu la bête et ses 25 m2 (Palace !!) avec balcon et baignoire pendant moins de 10 minutes.
J’ai eu l’coup de flippe en déposant mon dossier et en réalisant que peut-être j’allais devoir organiser mon déménagement, toute seule.
J’ai eu l’coup d’amour en revisitant la veille de la signature.
Et enfin le gros coup d’interrogation, la veille au soir du D(éménagement)-Day, Dame Pomme sur les genoux, au milieu de tous mes cartons, en essayant désespérément de sortir un post de cette angoisse : What have I done? (moi aussi je l’attends toujours ce post).
Un petit mois, coups sur coups.
C’est sur le chemin de retour de mes vacances, à quelques jours du fameux D-Day, en passant près de la boulangerie, devant mon marchand de journaux, à côté de la pizzeria et voyant au loin mes sympathiques commerçants des Batignolles que j’ai réalisé : on ne sait jamais quand ce sera la dernière fois qu’on achètera ce pain, cette calzone, demandera où trouver un titre de presse improbable et planqué sur une étagère ou gouttera aux cordons bleus du boucher du marché de la rue des Moines.

Ainsi va la vie : il faut recréer ses habitudes. Même si ce n’est qu’à 20 minutes de marche du point de départ et dans un autre arrondissement pas si éloigné que le premier, Paris est ainsi faite que la vie de village se joue sur une petite dizaine de rues adjacentes (les parisiens sauront de quoi je parle). Et je suis bien placée pour savoir… que je suis d’ailleurs très bien placée. A tel point que j’ai complètement modifié ma perception des distances. Avant quand je voyais une adresse près de St Lazarre je me disais « oh ! c’est à côté ». Aujourd’hui que je suis franchement plus proche de St Lazarre, ça me paraît le bout du monde. Car aujourd’hui tout ce que j’aime d’amour (jolies fringues, jolies chaussures, produits de qualité, bio, faits maison et autres boutiques de déco dingos) est à un jet de pierre de mon palier. Le reste du Monde me semble dérisoire. L’ensemble de mes cadeaux de noël sera brandé SoPi, et je vous prépare une liste de mes envies à peu près haute comme mon sixième étage.

L’adaptation ne se passe pas trop mal.

J’ai toujours rêvé de vivre dans le 9ème, en tous cas depuis que je connais un peu Paris. Ça parle beaucoup moins dans toutes les langues que mon précédent immeuble et le charme d’un parquet craquant manque quelque peu à mon idéal. Mais la vue sur les nuages n’a pas de prix. Ou pardon, si, un prix inférieur à mon précédent appart, mais uniquement parce que depuis j’ai réalisé qu’entre mon canap et mon lit, une bibliothèque remplie des gens qui m’inspirent, finalement, ça suffirait bien.

Je n’ai plus besoin de mur.

J’ai besoin d’air.

(et pour ce qui est de ranger mes quelques dizaines de paires de chaussures / sacs à main, je vais bien finir par m’en débrouiller, d’une façon ou d’une autre, sur un malentendu…)

xxx