Cet après-midi, lors de ma traversée hebdomadaire de la Seine pour rejoindre les beaux quartiers, je me suis arrêtée quelques minutes sur la passerelle Léopold-Sédar-Senghor, entre le Louvre et le musée d’Orsay. Après avoir regardé les images de centre-villes et villages engloutis sous le Loing un peu plus tôt, j’ai pris le temps de contempler les quais de ma ville, les quais de la Seine.

Il faut parfois des évènements un peu exceptionnels pour se rendre compte que l’on s’est attachée et que l’on a développé, sans le savoir, un certain sentiment d’appartenance. Et si l’inondation des quais et berges de Seine est loin des dégâts constatés un peu plus à l’est ou au sud de Paris, cette vision de la ville m’a particulièrement touchée.

Au programme de ces 32 dernières années il y a eu Rezé (44 #Represent), Bordeaux (à deux pas des capus), Paris 20ème (et sa place Gambetta), Sydney (…Glebe, prononcé gliibe), Darwin (chez l’australien), Rezé (à nouveau), Paris 11ème (un appartement en cave), Paris 20ème (à deux pas du cannibale), Toronto (entre The Annex et Summer Hill), Paris 17ème (près des canards des Batignolles), puis, enfin, Paris 9ème (SOPI !!). Hors vacances ou quelques squattages de canapé quand j’étais entre-deux, mes valises se sont posées dans 3 pays, mais surtout 5 appartements parisiens, dans 4 arrondissements différents.

Paris, sans que je ne m’en rende vraiment compte ou que j’intellectualise la chose, est devenue mon chez moi.
Ce chez moi qui, lorsque je croise les pancartes blanches encadrées de rouge avec marqué P, A, R, I et S en lettres noires, me provoquent ce petit serrement au cœur, ce petit pincement qui dit « MAISON ».
Ce chez moi où, en novembre dernier, je nous ai vu tous touchés, jeunes et moins jeunes, de Paris ou d’ailleurs, mais nous surtout, nous les parisiens. Aucun de mes proches, directs ou indirects dans les victimes, mais des dizaines de mes proches, directs et indirects, marqués : nos rues, nos bars, nos restaurants, nos quartiers, notre ville, Paris.

Paris et ses rues que j’arpente de jour ou de nuit.
Paris qui, aujourd’hui, se voit sous l’eau. De façon relative, maitrisée. Quoique…
Paris que mes amis quittent plus qu’ils n’y arrivent.
Paris l’ingrate de ses loyers et de son temps gris.
Paris qui permet comme personne de jouer les touristes au sein de sa propre ville.
Paris l’épuisante derrière son bruit, ses trajets en métro et ses trottoirs bondés.
Paris la surprenante où l’on se perd autant que l’on s’y trouve.
Paris et ses parisiens que je fuis autant qu’ils m’attirent.

S’il s’agit de terminer sur une touche d’honnêteté alors je dois bien avouer qu’encore ce matin je réfléchissais aux possibilités d’en partir. Peut-être par ce que je suis dans une de ces semaines de tourments créatifs faites de fulgurances et de descentes aux enfers (allô l’hypersensibilité), mais, cet après-midi, sur la passerelle entre les Tuileries et Solférino, alors que je contemplais ce flot d’une Seine pas bien paisible dans un lit bien grand ouvert, Paris m’a rappelée qu’elle était ma maison.

Pourquoi, sinon, une émotion si vive ?

xxx