C’est avec une grande tristesse et quelques regrets que je dois me résoudre, mais ma jupe préférée de tous les temps va sûrement devoir me quitter. Acquise il y a 3 ans, elle était faite pour moi : sa couleur (rose poudre) était parfaite. Sa longueur (haut mollet) idéale. Sa douceur se cumulait parfaitement à sa légèreté. Un jupon en coton de soie parfaitement doublé pour rendre sa transparence juste ce qu’il faut de perceptible. Je l’ai mise par tous les temps et de toutes les saisons : cette jupe estivale s’accommodait joliment à des collants opaques et des bottes bien dessinées pour l’hiver.

J’ai d’abord cru la perdre à cause d’une tâche de chocolat maladroite suite à un réveillon. Perdue pour perdue, j’ai tenté le tout pour le tout en la lavant dans un cycle bien moins délicat que son habituel est à des températures qu’elle n’avait jamais connue. Son rose a un peu perdu de son éclat, mais si peu. Elle était un peu plus fatiguée, mais toujours perfection.
Quasiment pas une semaine ne se passait sans que je lui jette un œil désireux. Et, c’est certain, aucun mois ne s’écoulait sans qu’elle ne vienne parer mon postérieur. L’été dernier, sur les plages de Venice, elle m’a valu une brassée de commentaires élogieux. Elle était la classe à la française idéalisée, et ce n’était pas moi qui allais contredire ce charmant cliché.

Mais il y a quelques semaines, j’ai senti que rien n’allait plus. Au niveau de la ceinture, à droite et à gauche de l’éclair qui lui sert de fermeture, la doublure s’est déchirée. Le tissu fatigué de trop de tensions. Et lors de mon dernier weekend de vacances, c’est en me relevant d’une voiture à l’allure sportive que j’ai senti le dernier souffle, le dernier cri d’une fracture qui apparaît non pas près des coutures, mais au beau milieu de sa grandiose légèreté.

Cette jupe, comme à peu près une bonne moitié de ma garde-robe, elle vient de chez Des Petits Hauts. Il y a peu de marques auxquelles je suis si fidèle et pour lesquelles je suis, collections après collections, si satisfaite. Les matières sont parfaites, les coupes rien à redire et les couleurs dans un classicisme paré de poids et d’étoiles qui ont trouvé en moi un écho certain. Alors bien-sûr rien n’est donné et la qualité à un prix. Mais celui, pas si excessif, qui me permet de porter années après années pulls, chemises, pantalons, jupes et robes, aussi délicates en soient les matières, je veux bien le mettre (de temps en temps et en guettant les soldes).
Si je ne flash pas forcément sur toute la collection, parcourir les images de la dernière venue (automne hiver 2015), est déjà bougrement tentant. Je sens d’ici le caractère douillet des gilets et la chaleur de la laine (à croire que les averses et le grisou froid du jour m’ont définitivement fait quitter l’été… Comme l’esprit est versatile ! – Rendez-moi la canicule !!).

Pour ce qui est de ma jupe, ce n’est que la doublure. Alors peut-être, sait-on jamais… Je l’ai nettoyée et posée sur son cintre. Elle attend ma décision. Trouverais-je couturier à sa hauteur pour me déposer un avis d’expert sur ce qui lui reste à m’offrir ? A t’elle une dernière parade d’honneur à s’octroyer ou dois-je me résoudre à séparer nos chemins. Depuis 3 ans je guette celle qui pourra prendre sa succession. J’ai des prétendantes en vue, déjà en bonne place dans mes armoires, mais je crois que je ne suis pas tout à fait prête dans ma petite tête à leur laisser la place… Just yet.

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