Parfois, c’est con, le sommeil, ça tient à rien.
J’avais éteint Dame Pomme. J’avais coupé Internet. J’ai juste pris mon portable pour aller le poser un peu plus loin de mon lit. Et puis j’ai regardé l’oiseau bleu sur l’écran, je me suis dit « juste un petit check ». Twitter s’est allumé et je n’ai pas compris. Pénelope Bagieu disait en 140 caractères que la France, Paris, ses amis, sa famille lui manquaient. Un peu plus bas elle répétait « non, non, non, non, non », un journaliste trouvait surprenant que le match continue, il m’a fallut une dizaine de tweets sur mon fil pour voir la nouvelle : attentat à Paris.

Quoi ?

Mais non, j’y suis là, à Paris.

Mais non !

J’ai repris mon ordinateur, rallumé Internet, ITélé, 23h15.
Ça tient à rien le sommeil.

Sous ma couette, que j’annonçais déjà ne pas vouloir quitter dès 8h le matin, j’ai vidé la batterie de mon portable, minute par minute, tweets après tweets, rafraichissant inlassablement mon fil d’actu. Dame Pomme égraine les images. François Hollande parle, il parle d’horreur. Le mot semble être sorti spontanément. Quelques heures plus tard, je réaliserai qu’il m’a rarement semblé si juste, ce mot.
Ainsi se termine, à 23h58, ce vendredi 13 novembre 2015 :

Vive la République, et vive la France.

Pendant près de 3 heures encore, j’écoute Bruce Toussaint.
Petit à petit Facebook s’éveille : Oui je vais bien.
Il parait. Non c’est faux. Je suis sous le choc, je suis perplexe, je réalise petit à petit que les rues sur mon écran, ce sont les miennes. C’est le quartier des bureaux où je passais une bonne partie de mon temps il y a encore 6 semaines. Combien de vendredis soirs où je suis partie à 21h, 22h, à arpenter ces rues pour rejoindre les copains en terrasse ? C’est le quartier de mon dentiste, là, à l’intersection de Voltaire et Richard Lenoir. Là où j’étais 32 heures plus tôt.
À un moment de la soirée, sur le plateau jaune et noir, on a parlé de dizaines de morts.
Des dizaines de morts.
Il y a eu 5 secondes de blanc, comme un silence, la voix troublée de Bruce Toussaint reprend en précisant « information au conditionnel ». Pour se rassurer ? Nous rassurer ? Mais moins de 15 minutes plus tard, la confirmation : 80 morts au Bataclan. 80 en plus des 39 que l’on dénombrait déjà.
Le Bataclan. L’un des derniers endroits où j’ai fait un concert. À 50 mètres, 100 mètres peut-être de là où habitent certains de mes proches.
C’est con, c’est très con, on sait très bien que nos amis vont bien, voyons, mais on ne peut s’empêcher de se demander si ce soir, ce vendredi 13, ils n’auraient pas été pris d’une envie soudaine d’aller se poser en terrasse boulevard de Charonne ou au croisement Bichat / Alibert. Après tout pourquoi pas ? C’est loin d’être improbable. C’est notre quotidien. Alors on envoie des messages (ça va ? T ou ? safe meuf ?) quand simultanément facebook m’interpelle : la possibilité de se signaler « en sécurité » au près de mes contacts.
Tout semble gadget, mais tout est essentiel.

Fleurit la solidarité. Le #PorteOuverte pour abriter ceux qui le souhaitent, car l’est parisien est bloqué. Plus de métro, plus de noctiliens, des quartiers complètements vissés, fermés. Repensez à cette phrase : on a, un vendredi soir de novembre, bouclé l’est parisien. Elle est irréelle.

J’ai fini par éteindre les lumières. Au loin les sirènes.
Je me réveille, quelques heures plus tard d’un demi sommeil, avec une gueule de bois que je n’ai pas demandée. Dehors le soleil se lève, il se relèvera toujours. Mais le ciel est gris. Comme pour rappeler à la réalité d’un automne qui sera, alors, finalement, bien arrivé.

Je suis dans un improbable « jour d’après ». Je m’habille et me prépare pour aller déménager des copains. Il parait que la vie continue. Ah bon ?
Hier c’était la journée de la gentillesse, c’est ce que j’ai lu. On nous a mis nos Bisounours dans la gueule à grand coup d’armes de guerre. On a agressé nos clopes, nos verres de vins, nos mojitos, nos Coca, notre envie de danser, notre envie de musique, nos dragouilles et jeux de regards, notre besoin de « décompresser » (tu comprends c’est vendredi). On n’a pas touché les monuments. On n’a pas touché des figures en particulier, une religion. Non. On nous a touché nous. À l’aveugle. Nous et toutes nos couleurs. Indifféremment de nos pensées, de nos projets ou de nos rêves. C’est Titiou Lecoq qui le dit : « Franchement, les mecs, on ne méritait pas tant d’attention ».
Alors ce matin… Dehors des couples se tiennent la main, des gens seuls marchent la tête haute. L’odeur du pain. Certains rideaux restent fermés. D’autres sont bien ouverts. Un homme marche dans une merde de chien parce que Paris restera toujours Paris. C’est ridicule, sympathiquement ironique.
Dans mes oreilles, la seule chanson de Lennon que j’ai de chargée dans mon IPod tourne en boucle pendant ces 35 minutes de trajet, à pieds. L’air est froid. L’air de Novembre. J’apprécie finalement d’être en mouvement et d’avancer. J’aimerais qu’Imagine me permette de faire basculer les larmes que je garde bloquées derrière mes cils une bonne fois pour toute. Mais en vain car je reste sur une idée :

You may say I’m a dreamer, but I’m not the only one.

Preuve en est, un pianiste est venu devant le Bataclan reprendre cette chanson. Les dessins fleurissent. Les mots émergent. Autour de moi on réagit, on exorcise. On écrit, on chante, on sort les stylos et tape sur les claviers.
On pense tous que ça ne sert à rien. Mais c’est plus fort que nous.
Ce post n’en est qu’un exemple, un exemple parmi d’autre comme celui qui écrivait justement et partageait un peu plus tôt dans ma journée

To walk as one without marching for vengeance
To sing as one without chanting discord
To be as one while remaining each one
To make sure they haven’t won

De tous les hashtags qui circulent j’ai choisi le mien dès minuit hier soir :

#PeaceForParis.

xxx

 

#13Novembre #ParisSeraTjsParis #FluctuatNecMergitur #PeaceForParis

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Ne sombre pas. A photo posted by Joann Sfar (@joannsfar) on

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8:12. #DansLeCielDeLisette #PeaceForParis #LeSoleilSeLeveraToujours #MaisLeCielEstGris A photo posted by Elise Richard (@misserichard) on

#PeaceForParis #peaceforparis🇫🇷

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