Chers aventuriers du quotidien,

Ne me mens pas : toi aussi tu as tes petites phobies obsessionnelles dont tu te passerais bien mais qui sont plus fortes que toi !

Non ?

Ne sois pas timide. Et laisse moi t’ouvrir aux miennes. En tous cas deux des miennes.

J’ai peur de manger des produits périmés. Pire, je suis capable de me rendre malade juste parce que je découvre après coup m’être alimentée (à l’insu de mon plein gré) d’un met périmé.

Je sais pertinemment que les dates de péremption (à consommer de préférence (ou pas) avant le…) sont placées là avec une marge de dingo. Je les vois souvent circuler sur Facebook ces infographies expliquant par A+B que les yaourts natures peuvent être consommés jusqu’à 15 jours après la D date, 1 an pour les boites de conserve ou les produits secs et j’en passe, le tout avec un message accusateur en rouge et plein de points d’exclamations HALTE AU GASPILLAGE ALIMENTAIRE ! ON NOUS MENT !

Je le sais ! J’en suis même convaincue.

Il n’y a rien de rationnel dans ce comportement.

Mais le problème est plus général que ça.

J’ai la phobie du moisi et toutes les étapes préalables à cet état de fait me dégouttent.

(on a les phobies qu’on mérite)

Ainsi donc les produits périmés, aussi aléatoire que puisse être cette date limite, ne sont pour moi que des aliments en sursis risquant de développer à la moindre seconde une vie interne secondaire source d’un gout immonde et de maladies dramatiques. Je pourrais me fier à mes sens (genre goût ou odorat) plus qu’à une date posée là sur le côté d’un pot en plastique, mais ça signifierait prendre le risque de me confronter à une réalité qui m’est insupportable.
De leur côté, les fruits ou les légumes (même un peu) abimés ne sont que des candidats à l’amputation des parties incriminées : une amputation large et précautionneuse se gardant bien de laisser toute trace de coup, de chute ou de vieillissement prématuré.
Dans ce dernier cas exclusivement une cuisson longue et à haute température peut éventuellement récupérer la situation : ce n’est pas pour rien qu’on a inventé les confitures, compotes ou autres soupes ! Pour le reste j’ai une marge de tolérance supérieure pour les alcools ou les trucs qui piquent en général (piment ou autres moutardes) parce que c’est bien connu, quand ça pique, c’est que c’est auto-stérilisé…

Si ce n’était que ça, à la rigueur, tout irait bien dans mon quotidien. Le HIC, c’est que cette phobie s’accompagne d’une incapacité viscérale au gaspillage alimentaire.

Je ne supporte pas de jeter de la nourriture à la poubelle. Si je dois en arriver à cet extrême, je le vis comme un échec profond.

Résultat : je suis capable de manger 4 yaourts nature d’affilé si la date indiquée sur l’opercule me dis DEMAIN, c’est périmé. Je suis capable de manger 2 tranches de jambon blanc recouvertes de crème fraîche si mon pot me semble ouvert depuis un peu trop longtemps et que je n’ai plus que ça dans mon frigo pour l’accompagner. Je suis capable d’engloutir 500 grammes de carottes râpées même si j’ai envie d’un gros steak juste parce que je sais qu’elles sont dans mon frigo depuis trop longtemps.

Pour éviter ce genre de désagrément je fais mes courses de façon méticuleuse. La meuf qui vérifie systématiquement chaque date de chaque produit en allant fouiller LOIIIIIIIN derrière si des fois c’est pas mieux ? C’est moi ! Celle qui choisit en priorité des fruits pas assez mûrs (ce qui ne les empêche pas de pourrir mais les rend moins sensibles aux chocs – et oui, ça réfléchit dur dans cette caboche) ? Toujours moi !
… Fruits ou légumes que j’achète par ailleurs en toute petite quantité (et UNE carotte pour la petite dame, UNE).

C’est complètement con, c’est absent de toute logique car à l’inverse je ne suis pas plus regardante que ça sur mes lieux de restauration et on me verra aisément savourer un sandwich au coin de la rue dans un boui-boui à la devanture douteuse.
Ya des trucs qu’on ne contrôle pas…

Ma psy dirait que c’est sûrement lié à un traumatisme dans mon enfance.

Je ne sais pas si c’est un traumatisme ou dans mon enfance, n’empêche, le goût du moisi…

Alors toi, dis mois, en as-tu de ces phobies qui n’ont aucun sens logique ?

xxx

Image : Sy Clark (et tu n’imagines pas le dégout que j’ai pu ressentir en tapant ma recherche dans Flickr pour illustrer ce billet)