Tout a commencé il y a un an. Autour d’un verre, nous étions 3. Et j’ai profité de cette fin de journée un samedi après-midi pour lever le voile de mes interrogations :
– Dis, j’ai vu une vidéo sur FB où tu étais « mentionnée », un truc en rapport avec FAUVE…
– … Ah oui, c’est mon pote, il a monté L’atelier éphémère, il fait de la sérigraphie. Il est pote avec un des mecs de FAUVE et du coup il fait de la sérigraphie sur les vêtements des spectateurs pendant les concerts au Bataclan. Je lui ai filé un coup de main, ça m’a permis de voir le concert. Tu connais FAUVE ?
– Ah oui je connais FAUVE, je connais bien FAUVE, j’ai découvert il y a quelques semaines, j’aime beaucoup, mais je suis hyper curieuse de ce que ça peut envoyer en concert.
– C’est pas mal. Un peu naïf parfois dans les textes, mais pourquoi pas. Et ils ont une bonne énergie.

Ça a donc commencé comme ça, au détour d’un verre.

Quelques jours plus tard, alors que je trottinais dans le 15ème sur mes talons de 12, mon portable a vibré. J’étais à la bourre, je devais rejoindre la salle de réunion d’un client. J’ai fouillé mon sac tout en accélérant le pas, cliqué de mon doigt habile sur l’écran tactile :

Ola ! Fauve ce soir ça te dirait ? Dis moi vite.

Le soir même, alors que je partais le lendemain vers un autre client à 2h30 de train de Paris, sans avoir (encore) fait le contre-rendu des réunions du jour, mon slim et mes talons nous déhanchions donc aux rythmes d’un groupe « engagé, révolté, avec une vision du monde cruelle, réaliste, en recherche un peu désespérée de grandes touches d’optimismes et d’envolées positives. » (je radote).
C’était kiffance. Ça m’a fait du bien. La compagnie était au top. Et l’énergie sur scène bien présente.

Ça aurait pu s’arrêter là.
Mais depuis l’année dernière, je me suis lancée dans des projets que nous qualifierons de « autres ». Des projets qui m’amènent à rencontrer des gens qui font des trucs un peu différents et qui veulent communiquer avec le reste du monde, des gens qui proposent un « message ».
Au détour de ces « autres » projets je ratisse mon réseau, les gens qui connaissent des gens qui connaissent des gens, et voilà comment, qui ne tente rien n’a rien, je me suis retrouvée à prendre RDV pour une interview avec FAUVE (tout simplement).
Un premier email adressé à celui qui gère leurs « relations web », en l’écrivant j’ai la quasi certitude qu’il est plus jeune que moi le minot, mais j’en sais rien, et puis ça ne veut rien dire, alors je fais mon blabla d’introduction toute polie et pleine de vouvoiement.

Il me répond 10 jours plus tard, alors que j’anticipe mes quelques jours de break à venir à Toulouse, et me propose une « rencontre informelle en fin de journée avec les membres du groupe et d’autres bloggeurs » pour le lundi suivant.

PUTAIN PUTAIN PUTAIN ! Mais je suis pas là Roger, je suis à LouseTou, enfer et damnation du mauvais timing !

Contrairement à toutes les apparences (je vis seule, mes apparences m’appartiennent), je fais une réponse calme posée et professionnelle : Je ne suis malheureusement pas à Paris, mais sais-tu si d’autres dates sont d’ores et déjà prévues ? (Il a, entre-temps, décidé qu’on se disait « tu » et que je pouvais redescendre d’un registre).

PUTAIN PUTAIN PUTAIN : réponds….

Il répond.
Il dit oui, on se tient au jus.
(en gros)

On en est là quand je pars prendre mon avion avec l’idée que ce PUTAIN de mauvais timing va me jouer quelques tours.

Toulouse passe, beaucoup trop vite. Et puis juste avant de repartir vers Paris, Il revient. Lui. Là. L’email.

Est-ce que lundi, même heure, même endroit c’est possible pour toi ?

Tout ce que j’ai c’est « rencontre informelle en fin de journée avec les membres du groupe et d’autres bloggeurs« . Mais sinon oui lundi je suis dispo (je reprends à bosser mais sérieux même si tu me dis RDV à 16h en banlieue j’y serai). Viennent alors les premiers smileys (c’est bon, on peu se lâcher, on est pote) et LA réponse « ah oui c’est vrai, alors bam voilà l’heure et bam bam, voilà l’adresse, le code, l’étage« .

PUTAIN PUTAIN PUTAIN : dans 5 jours, je vais rencontrer FAUVE pour « discuter ».

Je prépare un peu mes questions, j’identifie les thèmes que je veux aborder. J’aime moyennement l’idée d’être en face d’autres bloggeurs (qui quoi quand pourquoi), il faut que je m’assure de bien aborder les sujets qui m’importent pour ne pas me contenter de faire ma timide dans mon coin (autant certains ne croient pas du tout à ma timidité, autant, pourtant, elle est réelle). Pour le reste, on verra comment ça file.

Et nous voilà au lundi.

A l’heure qu’il faut je prends mon sac. Je chope le métro qui m’emporte juste devant le Natalis où, il y a 10 ans, je vendais de la poussette MacLaren à tour de bras. J’ai 10 minutes d’avance.

PUTAIN PUTAIN PUTAIN : ça se fait pas d’arriver en avance.

Je tourne. En rond. Dans le quartier. Il est moins une. Je suis en bas de l’immeuble. Je tape le code.

PUTAIN PUTAIN PUTAIN : je sais pas où je vais, mais le code fonctionne.

Reste calme, maîtresse de tes émotions (genre…).
– Ah, mademoiselle, vous savez qui a fait ça ? Me dit un monsieur devant l’ascenseur en désignant la porte où un verre a été brisé et remplacé par un bout de carton.
– Euh (après plusieurs retranscription d’interview (4) à écouter ma voix en boucle, je peux décemment dire que j’ai forcement dit « euh », je dis « euh » TOUT LE TEMPS)… C’est à dire que, je n’habite pas là ! Répondis-je
– J’ai vu des jeunes qui tournaient là autour l’autre jour et voilà. Non mais franchement ! … Il part jeter sa poubelle, l’ascenseur arrive, je me faufile « oui, allez, salut, bisous, laisse moi me concentrer » que je me dis en mon fort intérieur. Inspiration, expiration, j’arrive à l’étage, je fais dring sur le bouton sonnette

(PUTAIN mais je suis chez quelqu’un là !?)

La porte s’ouvre.
Une jeune fille côté appartement. Moi côté parties communes.
– Oui ?
– Oui, bonjour, c’est Elise.
– Oui ?
Euh, je viens voir FAUVE.
– Ah oui, d’accord, c’est au bout du couloir.

J’entre. Le couloir, à gauche. Je la regarde, montre la direction comme pour valider. Elle hoche la tête comme pour valider. J’arrive dans un salon où sèchent des jeans et des caleçons (peut-être j’exagère, je romance, un peu). Sur le canapé et malgré les contre-jours de la mise en scène, je reconnais le chanteur (ses lunettes le trahissent).
– Oui ?
– Oui, bonjour, c’est Elise.
– Oui ?
– Euh, c’est Roger qui m’a dit de venir là (et pourquoi c’est tout chelou là l’ambiance, et pourquoi tu sais pas qui je suis, et pourquoi la vie est injuste ?)
– Ah ! Merde, d’accord, mais c’est pas là les interview aujourd’hui

– … (PUTAIN PUTAIN PUTAIN)

– Je vais l’appeler pour savoir ce qui se passe
– hu-hum (PUTAIN PUTAIN PUTAIN) (sourire de façade) (non je suis pas une tarée groupie avec un sourire de psycho, attends je détends mes lèvres) (c’est mieux là ?) (on dirait pas, t’as pas l’air super super à l’aise toi non plus) (PUTAIN PUTAIN PUTAIN)
– (Au téléphone : ) Blablabla, problèmes d’emails, blablabla, Bastille, blablabla, bah non là c’est trop tard, aucun souci je vais faire l’interview, c’est pas grave. Il raccroche.
– … (sourire crispé)
– Apparemment il a eu deux ou trois soucis de mails mais c’est pas grave on va faire le truc tranquille entre nous. Désolé pour l’accueil un peu froid mais je t’avoue j’ai un peu flippé. Y a une nana là qui a chopé mon numéro et qui veut absolument qu’on se revoit, on a discuté un peu à un concert mais j’ai pas eu un feeling de ouf. Et là du coup je sais pas, j’ai eu un coup de flippe…

– (PUTAIN PUTAIN PUTAIN je vais faire l’interview, moi, là, toute seule avec le chanteur de FAUVE, décrispe Roberte, you’re all good…)

La suite est donc là.

J’ai décrispé et enchaîné les « euh, et du coup » comme une neuneu (je vais déposer un copyright je pense). J’ai réussi à lui décrocher quelques sourires. Et je pense qu’au bout des 45 minutes passées ensemble, il s’est effectivement dit que je n’était pas une groupie folle dingue.

Suis restée super pro.

Ce fut effectivement all good.

On ne sait pas trop de quoi demain est fait, mais on sait que j’aurais au moins fait ça, et que c’était kiffant.

Eux, ils croient aux miracles.
Et un peu comme toutes les autres personnes que j’ai rencontré par l’intermédiaire, grâce ou sous l’excuse, de mes projets « autres », ils croient bien forts que les gens sont, d’une façon générale et contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, bienveillants. Qu’il y a plein de positif à construire. Là. Tout autour.

Moi je crois aux fées et aux étoiles.

Et là en ce moment, l’idée que tout est possible (même si ça veut dire bosser comme une ânesse), elle me réconforte pas mal.
Et c’est aussi ça de gagné.

xxx