J’adore le pain. L’odeur du pain. La mie au levain, bien dense. La croute, croustillante. Le pain chaud. Celui dans lequel on glisse un carré de chocolat. Les viennoiseries. Le pain au chocolat encore tiède sur les étales. Ce gout de levain justement qui se marie si bien avec le beurre demi-sel pour les mouillettes des oeufs à la coque du dimanche matin.

J’adore le pain, et tout le travail autour du pain. Ses mystères. Ces petites mains qui se lèvent tous les matins vers 2 ou 3 heure pour pétrir, malaxer, étaler, laisser reposer, cuire des pâtes plus ou moins travaillées, plus ou moins grainées.

Juillet 2005, je suis devenue, l’espace de 7 ou 8 mois, boulangère. C’était Sydney, Paddington, 5 ways, Glenmore Road.
La boulangerie était française et le pain largement moins pire qu’ailleurs. Les prix scandaleux mais tout était fait maison et à portée de casse-croute pour les petites mains qui s’agitaient derrière le comptoir (que des filles, jamais compris pourquoi le boulanger est systématiquement « derrière » à malaxer et faire cuir, quand la boulangère est derrière, mais le comptoir seulement).
« Derrière » (donc) se baladaient rats et cafards, les frigos étaient nettoyés selon nos bonnes volontés de backapackers payées au black et pas du tout formées aux règles élémentaires. Mais nous l’étions (de bonne volonté).
Du mardi au vendredi je travaillais le shift de l’après-midi : 13h-19h. Le dimanche en revanche c’était l’ouverture : de 7h à 15h, sur le pont. J’habitais à une heure de marche de là. Alors tous les dimanche, à 5h30 précise, je luttais contre moi-même pour me lever. Quand on sait le culte que je voue à mon lit, on a du mal à croire que je puisse en garder de chouettes souvenirs. Et pourtant !! Cette virée nocturne où je croisais sur les trottoirs d’Oxford street les australiennes pieds nus, les talons à la main et la mini jupe un peu trop courte m’amenait pas après pas vers les odeurs magiques de la boulangerie. C’était le seul moment de la semaine, vu mes horaires, où je côtoyais vraiment les boulangers / pâtissiers. Je passais par « derrière » pour arriver dans la boutique et ouvrir la porte aux consommateurs matinaux. Là, par terre, les caisses en plastique ou en rotin, des caisses remplies de pain encore chaud attendant d’être disposés sur les étagères de vente. Et puis, encore, les viennoiseries sur les plaques, les unes derrière les autres : croissants, pains au chocolat, pains au raisin, « danish » (sorte de croissants aux abricots). Au fur et à mesure que les premières minutes s’écoulaient, j’entendais de nouveaux arrivages déposés dans le petit couloir entre la boutique et « derrière ». Puis arrivaient les pâtisseries, les commandes, qu’il fallait mettre dans les frigos. Tout était bien rodé. Les mots rares. Chacun savait ce qu’il avait à faire dans une mécanique très manuelle.

De tous les petits boulots que j’ai pu faire, et, si je dois vraiment y réfléchir, peut être même de tous les boulots que j’ai fait (suis pas bien vieille mais j’en ai fait quand même), celui là me laisse un souvenir particulier. Je crois qu’un jour, quand je serai grande, j’ouvrirai, comme ça, au carrefour de quelques rues résidentielles, une boulangerie pâtisserie, où tout serait fait maison avec quelques tables, un petit salon de thé, du bon thé, du bon café, mais surtout, surtout, du bon pain.
Je me lèverai tôt.
J’aurai cet autre rythme, en décalé.
Et je travaillerai avec des gens qui aiment leur métier, des artisans, comme c’est souvent le cas des boulageries où l’on trouve du bon pain.

Comme c’est le cas par exemple de cette petite boulangerie bio (Le pain par nature, ça ne s’invente pas) dans le 18ème, à quelques pas de la tombe de Dalida. Le pain « tradi’bio » au poids y est parfait. Le flan au chocolat un petit plaisir. Ici on est dans la boulangerie pure et dure. N’y cherchez pas de pâtisseries élaborées. Ce qui, à mon sens, ne rend les choses que meilleures encore. Et les prix sont tout à fait raisonnable, dans la moyenne légèrement haute d’une boulangerie classique (on n’est pas chez Gontran Cherrier, quelques mètres plus loin).
On parlait lundi du « bénéfice lecteur » en lisant les blogs. Une bonne adresse pour les gens qui habitent dans un rayon de 500 mètres autour de la place de Clichy à Paris, c’est pas cadeau bonheur ça peut être ?

xxx

PS : En photo le dèj. parfait que j’adore me faire de temps en temps : 2 oeufs à la coque, des mouillettes / beurre salé, un flan au chocolat.
So frenchy, so yummy.
Le tout dans de la vaisselle danoise Green Gate jolie jolie.
Et oui !