D’abord, c’est le truc relou, le coup bas en plein dans le bide qui te plie en deux et te coupe la respiration. D’un coup tu penches la tête, tu ne sais plus où est le nord, tu sais que ça va passer, mais là, pour le moment, c’est KO / tapis / on se relève, chacun regagne son coin.

Comme pour un ralenti de cinéma, de 24, tu passes à 72 images par seconde. Ça défile dans ta tête, mais tu restes prostrée, bloquée.

C’est la torpeur.

S’en suit le moment devant l’écran où même tes orteils deviennent source de distraction. C’est pas que t’as pas le temps d’écrire, c’est que ta tête est  plombée et tu ne sais plus aligner les mots sans les trouver, eux mêmes, terriblement lourds. Tu cherches désespérément la légèreté. Alors la vue d’un pied, potentiellement aligné avec un rayon de soleil, peut te re-dessiner la vie et mettre du bonheur dans ton cœur.

Viennent aussi les insomnies, celles qui se font terriblement prévisibles car tu les sens monter, à peine après avoir appuyé sur l’interrupteur de la lampe de chevet qui pourtant, d’habitude, signale assez clairement à tes yeux que c’est le moment de se fermer. Paradoxalement, en temps normal, où en tous cas jusqu’à il y a quelques semaines encore, rallumer la lumière, prendre un crayon / carnet ou aller jusqu’à récupérer Dame Pomme aurait suffit à mettre les idées sur « papier », donner du sens, clarifier les esprits, et hop dodo merci à demain. Mais ça, c’était avant. Parce que le manque de sommeil te rend extrêmement « lucide » : le mal est là, caché dans les tournures de phrases immatures, la grammaire maladroite, l’orthographe approximative, le manque de vocabulaire et les idées réchauffées. Ton salut devient ton ennemi. Et ton cerveau lui n’a plus de limites pour boucler de façon insolente.

Dans le cahot des montagnes Russes viennent se télescoper la culpabilité (ah bah voilà, t’as encore rien écrit aujourd’hui, avancé sur rien de concret, c’est pas le boulot qui manque ma grande, tu crois que c’est comme ça que tu vas y arriver ?) et les bonnes excuses (je travaille sur la forme du blog, la mise en page, tout ça, je ne fais pas rien !, j’ai moins le temps de travailler le fond, ou même d’écrire tout court, mais je ne fais pas rien, non non non! – le tout dit devant un épisode de MadMen et la cuillère de glace Ben & Jerry’s encore dans la bouche). Tes discussions avec toi même sont sans fin.

Faut dire que ce n’est pas la réparti qui te manque. Et tu détestes avoir tort.

Puis, petit à petit, tu relèves le dos, le buste, les coups se relâchent. La pression avec. Et puis les mains sont tendues vers toi. Tu les vois. Tu gardes dans ta tête les pensées positives et les récites comme des mantras, les vraies, celles sans sous-entendus ou qui, tu le sais, coûtent à ceux qui te les ont dit. Parce qu’ils tiennent à toi et avec les coups bas que tu reçois, eux prennent la douleur par ricochet (nos choix ne concernent jamais que nous). Mais ils sont là, ils encouragent et te disent même de continuer à y aller.

On change les volets. Ça reste des persiennes. La lumière commence à percer, mais ce n’est pas encore le plein jour. Tu reprends le chemin du clap clap clap, et du reste, aussi. Tu te rappropries tes mots, tes idées et tu y crois. Allez, cette semaine je termine l’article sur lequel je bloque depuis 3 jours 4 semaines !

Mais à chaque jour suffit sa peine. Le décalage entre le quotidien et ce que tu ambitionnes pour ta suite rend le temps schizophrène : une seconde dure une heure, mais à la fin de la journée tu te dis « déjà une nouvelle journée de passée ? ».
Là, par exemple, on n’est QUE mercredi. Mais mercredi est déjà terminé.

Puis, enfin, d’un coup, c’est la libération. Fini les coups bas.
On a dit stop.
On a rallumé la lumière, redonné de la perspective.
Et il aura suffit de 4 lignes pour chasser les dizaines qui précédent. Quelques mots et quelques minutes pour se dire « OK, on y va ».
Le combat le plus facile vient de s’achever.

La suite se joue entre toi et toi-même. Et tu le sais : cet adversaire là, est bien digne de toi.

xxx