Je me découvre une certaine intolérance à l’individu haut comme trois pommes ces dernières semaines. « Découvre » est un peu fort, mais disons qu’en ce moment je n’y ajoute aucune nuance. Or je crois que j’ai atteint le sommet de mon agacement à la boulangerie ce matin. 

Dimanche, 12h17, rue des Martyrs, Paris.

J’ai ma tête du dimanche (comprendre les lunettes sur le museau et le pyjama planqué sous le jean), je sors péniblement de mon Palace (c’est l’hiver, il fait froid) et me dirige doucettement vers l’artère principale de la haute boboïtude du 9ème : la rue des Martyrs. On ne peut pas dire que la rue soit déserte, loin de là, c’est l’heure de la fin des courses, et la concentration de la population voit son pic devant l’entrée de ma boulangerie. La queue s’étendant jusqu’au dehors, je me positionne gentiment dans la file, préparant d’ores et déjà les 2 euros 20 qui me permettront de régler ma baguette tradition pas trop cuite et la viennoise nature.

Devant moi, une maman et ses deux enfants. Ils ont calé leur trottinette à côté de l’entrée, à côté de nous, sur le trottoire. Si Constance reste plutôt bien à sa place, Hugo a envie de rentrer. Moi aussi mais apparemment quand on a 4 ans ce n’est pas grave de passer devant tout le monde. Le papa, légèrement décalé de la scène (parce que faire la queue à quatre pour acheter du pain n’est effectivement pas des plus utiles, d’autant plus quand on constate de l’espace disponible pour circuler), récupère Hugo par la main et lui propose d’aller jouer avec sa trottinette « jusqu’à l’horodateur et ensuite tu reviens, allez, fonce ! ». Si je salue initialement l’initiative paternelle (c’est ça : va jouer plus loin !), je réalise 2 minutes plus tard que terminer la phrase par « fonce » n’était pas la meilleure des idées : Hugo est déjà revenu. Au milieu des mamies qui soupirent, des papis qui n’avancent pas et des quarantenaires en talons et sac Michael Kors qui distribuent les ordres au petit peuple des serveurs (j’adore mon quartier, ses habitants moins), Hugo crie « je veux ça maman » à l’aise Blaise comme si il était seul au monde. Constance, sa frangine n’a toujours pas bougé d’un poil.
J’ai choisi ma préférée.

Derrière moi, ça tape. C’est une poussette. La conductrice regarde complètement ailleurs et fait mine de ne pas sentir que son pète tibia / mollet butte dans quelque chose (moi). Elle continue donc à « avancer », me laissant le soin de me décaler sur la gauche, là où normalement je laisse les gens passer pour sortir de la boulangerie. Constance et sa reum progressent un peu, j’en profite donc pour me repositionner, mais la poussette magique a déjà pris la place. Je finis par trouver l’interstice avant de me refaire la butée du mollet. Je me retourne, la mère m’aperçois enfin du coin de son œil occupé et me dit « pardon » sans à peine reculer un bolide qui n’a, selon moi, pas sa place dans cette file d’attente. Elle continue de discuter avec la personne qui doit a priori ABSOLUMENT faire la queue avec elle, sa poussette, et les deux gamin qui s’y trouvent collés (dedans et à côté). Pénélope commence alors à chouiner, mais sa mère la reprend de volée « tu ne vas pas commencer à pleurer, si longtemps avant de rentrer dans la boulangerie ! » (parce qu’une fois dedans ce sera semble t’il plus logique). Sauf que Pénélope s’ennuie très certainement (et moi donc Pénélope, et moi donc : j’ai laissé mon portable chez moi, je n’ai rien d’autre que toi pour me distraire) et finit par se faire enguirlander (la fameuse mise en guirlande – jamais compris cette expression) : « ne mets pas le bouchon dans les yeux de ton frère, ça fait mal ».
Certes.
C’est à ce moment que le frère de Pénélope commence à pleurer (et du point de vu réalité temporelle de l’histoire, c’est aussi le moment qu’a choisi Hugo pour revenir parmi nous, cf. plus haut).

Quand j’arrive à la douce libération de payer mon pain, je me dois d’attendre que les papis et mamies (qui se sont fait doubler par Hugo, Constance et leur mère) payent par carte (à 40 euros la galette en même temps…) leurs petits achats. J’ai mes 2 euros et 20 centimes dans la main depuis 5 bonnes minutes, Hugo et Constance qui se font engueuler (le vrai mot) car ils ne trouvent pas la sortie à ma gauche (elle est bloquée par la quarentenaire en talons qui envoie un texto sur son iphone 6) et le frère de Pénelope qui braille derrière moi. Jamais je n’ai été aussi contente d’empoigner ma baguette tradition pas trop cuite et ma viennoise nature.

C’est ainsi, le reste de la journée se fera en pyjama dans mon Palace, dans ma tanière, dans mon antre, à manger du pain.
Bien.

Alors, toi, dis moi, il en est où ton seuil de tolérance ?

xxx