Le 26 juin 2005, je partais avec ma Samsonite de 20 kilos (pas plus) en Australie, pour un an, 1000 euros et le billet retour en poche (au cas où). 

La mémoire à sa propre façon d’écrire les évènements. J’ai eu récemment l’occasion de parcourir un carnet écrit il y a 10 ans. Ma maman me l’avait offert avant de partir prendre mon avion, et dessus je dessinais, lettres après lettres, les souvenirs de cette année hors du temps. Loin des proches et de ceux qui s’inquiètent, loin de tout regard finalement, autre que le mien, touchant du doigt l’indépendance financière pour la première fois, j’avais l’occasion d’être moi.
10 ans plus tard, de retour depuis bien longtemps à Paris, les souvenirs sont vivaces. Le soleil, les barbies, la bakery, son accent kiwi / son air parisien / sa carrure australienne (une année : trois battements de coeur), les après-midi à plier des boîtes, les enveloppes jaunes de salaire tous les mardis, les petites économies pour découvrir le pays, 6 semaines avec mon sac à dos, les nuits dans les bus, ces journées dans LE train.
Ma mémoire est pleine de vagues, de déserts incroyables et de soleil, là où mes notes me rappellent aussi les quelques nuages, les doutes, les incertitudes sur la suite (toujours cette suite et ces incertitudes), les battements qui se brisent (là-bas comme ailleurs).
Mes notes sont là pour relier les points, retrouver les détails et affiner le contexte. Ma mémoire, elle, a choisi de se souvenir des belles choses.

La mémoire à sa propre façon de se réactiver. Une odeur, un parfum, un accent, une date anniversaire.
Il y a 10 ans, pour la première fois, à 24 heures de prendre mon avion, je perdais un proche. Il est cet oncle que j’admire pour son sens artistique, son habileté manuelle. Il savait dessiner, graver, sculpter, photographier. Cette barbe, ce rire, son écoute…
Il est précieux de savoir tourner les pages, avancer, mais, pour toujours, se souvenir des belles choses.

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