Tout a commencé de façon très innocente, un mardi soir de décembre. J’en étais à mettre mes jolis collants pour gambader sur les trottoirs de Paris quand j’ai reçu l’improbable message : Une amie cherche des modèles pour faire un défilé avec des créateurs togolais samedi, je m’suis dit que ça pourrait être une expérience sympa et j’ai pensé à toi, qu’en penses-tu ?
À ce moment là de l’histoire, la jambe droite dans le collant et la gauche toujours à l’extérieur, je ne pensais pas grand chose pour être honnête, mais l’une des mes résolutions 2015 étant de sortir de ma zone de confort et de dire oui, j’ai sans trop réfléchir répondu Pourquoi pas ?

Quelques minutes plus tard, le mascara posé sur l’œil droit et l’œil gauche en attente (décidément : de la droite vers la gauche), j’en étais à donner mes mensurations par messenger à la fameuse amie (on notera aussi ma capacité à faire plusieurs choses en même temps, notamment envoyer des messages). C’est au retour de ma soirée que j’ai eu la confirmation : j’étais retenue ! Pour quoi, pour qui, et pour combien de temps, je n’en avais aucune idée, mais mes mensurations avaient semblent-elles jouer de leur magie (tadaaaa !).

Avant le dit samedi j’ai reçu ma convocation pour 13h, place des fêtes. M’était demandé de prévoir des chaussures à talons et ma trousse de maquillage. C’est donc à 13h15, le traditionnel quart d’heure de retard parisien intégré, que j’arrivais, les chaussures à talons dans mon sac, et ma trousse de beauté largement chargée d’un mascara, un crayon noir, un baume à lèvres et une crème bonne mine d’Avène. J’ai donné tout ce que j’avais.
Ne sachant pas le type de vêtements ou les désidératas possibles du ou des créateurs, c’est le visage nu que je suis arrivée. Je pensais que c’était une bonne initiative. À la troisième remarque me signalant qu’il faudrait que je me maquille un peu, et ce même après application de ma crème bonne mine, je me suis dit que, peut-être, on s’était rendu compte que j’étais une arnaque.

Le planning indiquait un défilé à 16h, avec, entre-temps, un certain inconnu sur ce qui devait m’occuper et comment je devais me préparer (appelez-moi professionnelle). C’est finalement Miss Togo 2013 qui nous a indiqué les rudiments de base : comment défiler, occuper l’espace et marquer les temps d’arrêts, où se positionner, combien de temps rester en position. L’histoire retiendra que j’ai fait ça d’une démarche de maestro, mais c’est bien parce que c’est moi qui écris l’histoire.

Pour parfaire l’illusion, c’est vers 14h30 que tout’mimi, créatrice togolaise donc, a pris en main mon ravalement de façade. Après 20 minutes à travailler le teint (ce que je fais d’habitude en 20 secondes) en creusant par-ci et illuminant par-là, j’ai pris un bon kilo rien qu’en poudre et anti-cernes. L’œil charboneux, le rouge à lèvres et quelques points blancs plus tard, j’étais prête. Une bonne demi heure pour nous préparer, chacune et chacun de nous, à 16h nous n’avions toujours pas les tenues.

C’est donc un peu à l’arrache et dans un enchainement de passages pas complètement organisé que j’ai défilé, moi, là, sur scène, dans un wax coloré. J’avouerais bien à ma décharge ce sourire crispé sur mon visage plâtré lors de mon premier passage où j’étais loin de faire illusion devant un public aussi silencieux que médusé à se demander si je ne m’étais pas perdue en route. Il faut dire que j’étais la première à jaillir (quand faut y aller, faut y aller) de coulisses un peu bordéliques. Alors après ce passage rigide et totalement non maitrisé, c’est bien contente que j’ai retrouvé les backstages pour me préparer au second passage (sur 5 au total) et céder ma place à… Personne (ce bon vieux moment de solitude).
Il parait que ce n’était pas la bonne musique.

Suite à ce petit flottement et après la reprise des festivités, mes 4 passages suivants se sont faits de façon alerte et déterminée, souriante et prête à tirer partie de cette expérience. Et ainsi :  j’ai défilé.

Alors dis moi, toi, comment tu sors de ta zone de confort ?

xxx