Si tu me suis sur Instagram et sur thE Revolution, tu le sais, tu l’as compris, MON sujet du moment s’appelle George.
George Sand.
George je l’ai découverte il y a environ 5 ans quand, au détour d’un vendredi ensoleillé du mois de mai, je me décidais enfin à franchir le seuil du musée de la vie romantique. Petite bulle de douceur en plein cœur de Paris, ne compte pas sur moi pour t’en dire beaucoup plus : il s’agit de mon lieu préféré de la capitale et je serais bien fada de dévoiler à mon immense lectorat cette adresse à protéger de la foule ! (si tu insistes… les détails ici) Reste que, entre les étages de la maison d’Ary Scheffer construite en 1830, des peintures représentant l’auteure se joignent aux bijoux ou objets témoignant de son quotidien pour nous rappeler sa mémoire.

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Plume et derniers écrits de George Sand – Musée de la vie romantique – Paris

Ce lieu, en plus du reste, a construit mon amour pour cette partie du 9ème arrondissement de Paris, quartier nommé « nouvelle Athène » au 19ème siècle, « bloqué » entre les néons et contre-allées de Pigalle au nord et la plongée vers les grands magasins au sud.
Sans trop m’expliquer pourquoi j’ai toujours eu un faible pour ces rues, et c’est il y a un an tout juste que j’y visitais, pour la première fois, ce qui depuis est devenu mon Palace.
Première étape de ma #NewLife, ce déménagement vers plus petit mais plus haut, plus lumineux et plus central s’est décidé en 10 minutes. Comme souvent à Paris, il ne s’agissait pas de trop tergiverser : sans certitude sur la possibilité de pouvoir caler une machine à laver et mes meubles comme je le voulais, j’ai dit « je le veux ». Si j’avais posé les POUR et les CONTRE, pour être honnête, je ne suis pas sûre que j’aurais déménagée.

J’aurais eu tort. 

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Dans le jardin du Musée de la vie romantique – Paris

Un an plus tard donc, au cœur de l’été parisien dans cette période où mes emails aux rédactions (allô, bonjour, une pigiste, ça vous dit ? oui ? non ?), mes demandes d’interviews et mes envois de CV se heurtent inlassablement aux réponses automatiques d’absence, et alors même que LA maladie a mis ma voix et l’inspiration bien au frais, loin derrière les bacs de glace dans mon congélateur, j’ai décidé moi aussi de faire une pause et de me plonger, la tête la première, dans les mots de George Sand, les siens, ceux illustrant sa vie, ses Lettres d’une vie. Le recueil de 434 missives sélectionnées entre 1821 et 1876 se divise en 6 parties. La première, celle qui a vu Aurore Dupin devenir George Sand, celle qui suit son arrivée à Paris, sa prise de liberté et ses premiers écrits a résonné tout particulièrement en moi. La suite, les 1040 pages suivantes, je me la garde pour plus tard.

Sans découvrir trop avant la suite de son histoire, je me suis cependant permise quelques indiscrétions en lisant, bien plus tard dans sa vie et sa carrière, ses lettres adressées à de jeunes écrivains en soif de ses conseils, ou, plus précieux encore, à son propre fils face aux doutes et aux échecs d’une vie créative. Comme des penses-bêtes, comme le rappel d’une histoire dont on oublie parfois qu’il faut prendre de la hauteur, les mots de George Sand sonnent à mes oreilles comme ceux d’une (arrière arrière arrière) grand-mère bienveillante et intransigeante :

À Maurice Dudevant-Sand
[Nohant] 10 juin [18]55
[…] Te voila donc comme moi quand j’ai un échec dans mon travail ! Songe donc combien j’en ai eus, et tout ce que tu sais me dire, dans l’occasion, pour me remonter ! La vie des artistes n’est qu’une suite de ces aspects riants et tristes, et vraiment nous avons tort de nous laisser abattre, quand, d’un moment à l’autre, la chance tourne et nous revient. Notre vie se passe à lutter et à prendre des revanches. […]

Un an ou presque (10 mois et demi…) dans ma #NewLife je prends exemple sur cette auteure qui voulait qu’on la considère comme écrivain et non comme femme qui écrit, passionnée et juste. Tout du moins en quête d’une certaine vérité, d’une certaine justice.

Tous les jours j’écris, relis, corrige. À mes blogs viennent s’ajouter d’autres projets et quelques brouillons plus longs et numérotés. De lectures en documentations, je m’enrichis (au sens intellectuel, on s’entend). Et de George Sand, j’apprends la ténacité, à m’affirmer, à dire tout haut que oui, j’écris !, la promesse d’une vie précaire et la perspective de « passer inaperçue dans cette foule de livres nouveaux mauvais ou médiocres qui paraissent par bataillons » (1832).
Par ailleurs, j’apprends aussi la patience : « On m’agrée dans la Revue de Paris mais on me fait languir, il faut que les noms connus passent avant moi. C’est trop juste, patience donc. Je travaille à me faire inscrire dans la Mode et l’Artiste, deux journaux du même genre que la Revue. C’est bien le diable si je ne réussis dans aucun. En attendant il faut vivre, et pour cela je fais le dernier des métiers, je fais des articles pour le Figaro ». (1831)

Le plus difficile, peut-être, est de ne pas savoir si les silences ou l’absence de réponses sont un manque (subjectif mais réel) de talent (dans le fond comme dans l’approche) ou mon invisibilité dans le flot continu que nous créons, moi et mes collègues de précarité.
Et puis parfois les étincelles, les petites victoires, les sélections Hellocoton, les commentaires de lecteur.ice.s, les retours positifs et les encouragements, les articles publiés, les premiers salaires de pigistes, les statistiques de blogs qui augmentent (doucement), les partages, les like, les retours plus durs mais qui témoignent d’une lecture et d’un intérêt ou l’impression, dans la multiplicité des supports et des sujets, d’apporter une touche, de trouver un sens.

Je suis bien incapable de vous dire où je serai dans douze mois et si les portes contre lesquelles je tapote, tape, cogne vont finir par me céder.

S’il s’agit de ne pas lâcher, des hauteurs de mon palace, je suis bien en place. Mais il est surtout question de se mettre en avant et de trouver les angles, le ton, la justesse, au bon moment, devant la bonne personne.

Notre vie se passant à lutter et à prendre des revanches, ainsi donc, je vous laisse…
… J’y retourne !

xxx