Ton ordinateur ne te lâchera jamais au bon moment.

Sâche-le.

C’est un principe de base.

Pourquoi ? Parce que l’humain est con-à-tendance-ignorance quand il s’agit de prendre en considération les signes avant coureurs de catastrophes (allô le réchauffement climatique). Il s’agira donc de ne SURTOUT PAS écouter cette petite voix qui te répète depuis 2 mois (quotidiennement) « fais des sauvegardes !!! » et de serrer les fesses en planifiant à « bientôt mais là tu comprends je dois racheter des bottines » la prise de renseignement pour remplacer le matériel déclinant.
La base.

La vraie information de cette histoire est donc la suivante : je ne suis qu’humaine.

… Je sais…
#dur.

Si tu me suis sur Facebook ou IG tu as dû le comprendre :

Dame Pomme is dead, Lady Apple has arrived.

Un peu comme un couple dont on saurait que la fin est inévitable, mon MacBook a pris les devants sur cette rupture annoncée et m’a lâchement lâché dans la nuit de dimanche à lundi.
Kaputt.
Dead.
Finito.
Et merci bien.

Dame Pomme elle s’appelait. Un nouveau nom pour une nouvelle vie, une occasion acquise il y a deux ans, une occasion pour elle de vivre ses derniers instants sans trop se fatiguer et pour moi de me familiariser avec l’Apple family. On s’est apprivoisée facilement après notamment un weekend à Deauville faisant fi de nos défauts respectifs : mon désir de la balader dans des sacs improbables, sa faible autonomie sur batterie et son poid certain.

Avec le temps la vie a changé et Dame Pomme est passée du statut d’alliée à celui d’indispensable. Entre hier et aujourd’hui je suis devenue journaliste pigiste, freelance, dépendante de son bon fonctionnement pour gagner ma vie.

À bien y réfléchir, c’est sûrement à partir de là que les petits moins ont fini par devenir des gros points bloquants. C’est à dire que, dans la vie de freelance, autonomie et légèreté sont deux fondamentaux.
De ce moment, les jours étaient comptés. L’évidence était consommée pour elle et moi. Restait le timing et le problème des finances : j’aurais préféré attendre, elle a pris les devants, et ainsi, lundi matin, après un weekend à ramer de plus en plus sur chaque action, création, suppression, après un dernier reboot que j’espérais naïvement salvateur, Dame Pomme s’est arrêtée.
Plus jamais elle n’a voulu s’allumer.
Sur la pomme elle est restée bloquée.

Ce lundi, donc.
Alors même que je devais rendre une série d’article pour le lendemain soir.
Je me suis vue en pyjama (puis nue, puis en culotte, puis habillée), au milieu de mon Palace, relancer successivement sa majesté la Pomme pour me voir répondre systématiquement d’aller gracieusement me faire f*utre (‘scuse my french, mais on en était là) (je suis sûre qu’en plus elle se marrait). En désespoir de cause, j’avoue avoir ressorti d’un placard mon mini-PC-pas-allumé-depuis-plus-d’un-an.
J’attends encore que les mises à jour Windows se terminent.
C’est toujours désarmant de se faire plaquer quand on avait soi-même pris la décision de mettre fin à l’histoire. Surtout car on ne choisit pas le moment. Après tout : quoi de mieux que la rentrée des TVs et Radios pour planter son outil de travail lorsqu’on est journaliste media et qu’on ignore les appels de son banquier face à un compte dramatiquement dans le rouge ? J’ai cru pleurer quelques instants, et puis j’ai réalisé que je n’avais pas vraiment le temps.

Lundi matin donc, apogée de mon histoire, moment où tout s’est joué ! Unilatéralement et pour répondre à l’affront, j’ai décidé de ne plus rien investir dans celle qui souhaitait rompre. À la FNAC d’abord, puis à l’Apple Store, j’ai reçu les mêmes éléments (et les mêmes tarifs) pour tourner définitivement la page et démarrer une nouvelle relation (excepté que chez Apple on fêtait la sortie de l’Iphone 7 en grande pompe de touristes et acheteurs volontaires, il m’aura juste fallut deux heures pour avoir la chance de parler à un conseiller / vendeur / joli garçon en tee-shirt bleu marine). Plus fine, plus légère, un modèle un peu différent, du MacBook Pro au MacBook Air, mais surtout 10 heures d’autonomie même en wifi et un poids moitié moins important…

LadyApple est arrivée dans ma vie me laissant tout à ma joie d’avoir une nouvelle copine.

Passé la lune de miel il me faudra certainement me rendre à l’évidence : j’ai perdu toutes mes photos depuis 2004 et mon passage au numérique, tous mes projets écrits tagués « work in progress » (et donc non mis en ligne ou sauvegardés dans des emails avec objet « pour relecture ») et ma musique. Pour le moment, et depuis une terrasse du Sud-Est de la France où j’ai délocalisé mon bureau pour quelques jours en répétant à l’envie « soulève mon sac, il est tellement léger alors qu’il y a mon Mac dedans !!! », je profite de la rapidité d’exécution de LadyApple en me demandant comment j’ai pu vivre sans elle jusqu’à aujourd’hui.

Une évidence en a remplacé une autre.

Avec un peu de chance, à mon retour, Dame Pomme aura fini de faire la tronche et daignera se rallumer au moins pour la toute dernière fois (toute toute dernière fois).

Je crois qu’on appelle ça un déni de réalité.

Que voulez-vous, je ne suis qu’humaine…
… Avec une tendance, peut-être, à personnifier (un peu) mes relations avec LA machine.

xxx