Chers aventuriers du quotidien, il m’est apparu ces derniers jours une évidence : 5 ans ou 32, finalement, c’est presque pareil.

La révélation ? Il y a deux semaines, je suis rentrée chez mes parents. Le temps de 48 heures et d’un aller-retour en train quelque peu laborieux, profiter de la famille et d’une occasion pour revoir certains amis de mes chers parents. Du genre de ceux qui m’ont vu grandir, mais ce sont arrêtés il y a 5, 10 ou même 15 ans de ça. Certains ont changé, d’autres moins. Disons que les cheveux ont blanchis et les ventres se sont arrondis. Alors que moi-même je me présentais à l’anniversaire de gamins que j’ai vu pour la dernière fois hauts comme trois pommes et qui célébraient leur 18 et 20 ans sans que je sois à même de les reconnaitre, leurs parents, eux, s’il m’avaient pourtant vus depuis, avaient gardé de moi l’image de la blondinette qui a appris à marcher dans les tribunes d’une salle de sport où l’on jouait au basket.

Forcément, du haut de mes 32 ans, tous n’avaient pas anticipé que mon blond s’est assombri et que sourire me provoque quelques petites rides au coin des yeux.

À leurs yeux…
Je suis restée la gamine qui va demander 5 francs à son père à la mi-temps des matchs le samedi soir. J’ai oublié mon argent de poche et il me faut bien ça pour mon Nuts et mon verre d’Oasis orange fluo.
Je nage dans mon short rouge et jaune aux couleurs de l’AL Houssais Basket, maigrichonne que je suis, et renvoie le ballon orange à mes copines sur le terrain vert de la salle du chêne creux, dans ce qui ressemble plus à une passe à 10 qu’à une stratégie de jeu.
Je m’émerveille au hasard d’un dimanche matin de découvrir que ce que fait Cynthia dans la TV est en fait un vrai sport avec des rubans et des cerceaux, un sport que je pourrai pratiquer !
Je suis pleine de vérité sur l’injustice et n’hésite pas à les exprimer : « c’est nul d’aller prendre sa douche parce que quand on revient, il n’y a plus de cacahuètes ! »
Je suis réfractaire au changement et quand on me propose un plat nouveau je refuse âprement avant d’éclater en sanglots, après avoir finalement goutté, parce qu’il n’y en n’a plus : « Mais moi je savais pas que c’était bon ! »
Je suis acrobate sur la balançoire jusqu’à m’exploser au sol en tombant du trapèze.
Je suis d’une pudeur relative en jouant dans la cour de l’école à faire tourner ma jupe le plus longtemps possible pour que les garçons puissent voir ma culotte.
Je saute à l’élastique, à la corde à sauter, avec ce truc que l’on fait tourner autour de nos chevilles (le nom de ce truc, cet anneau où l’on mettait sa cheville avec une petite corde et une boule au bout que l’on faisait tourner? Anyone?).
Je suis première de ma classe et vis très mal les éventuels déclassements.
Je fais le clown et amuse mon auditoire aussi facilement que je pleure.
Je rechigne vivement et de façon audible à grimper sur les sentiers de randonnée, tous les étés.
Je suis souvent, trop souvent, coiffée d’un demi queue et d’un chouchou orange fluo.
Je rêve de devenir une star mais m’imagine être institutrice (très certainement pour pouvoir crier sur mes élèves).

J’ai toujours été plus forte pour suivre mes rêves que pour rester dans le rationnel.

Forcément, ça, ça n’a pas changé. Mon amour des bonbons et des glaces non plus. De même que je n’aime toujours pas le vin, ni le café, ni le roquefort ou le fromage de chèvre, je ne suis pas la dernière pour me faire payer des verres ou finir le bol de cacahuètes, faire sourire est devenu un objectif quand mes larmes ne se sont jamais taries, l’injustice me rend peut-être encore plus dingue, vacances rime forcément avec océan, le changement m’excite autant qu’il m’effraie, je suis dans une quête infinie de perfection(isme) pour mes résultats scolaires professionnels et je montre toujours ma culotte… Parfois.
(En revanche j’ai quitté la demi queue à chouchou fluo, je remplis mieux mon short et je ne tombe plus du trapèze).

À peu de choses près, je suis toujours la même.

Sauf que maintenant, quand je veux que mon diner se compose d’un bol de coco pops ce n’est plus un problème, il m’arrive aussi de manger quelques légumes de ma propre volonté, mon blond s’est légèrement assombri et, oui, sourire me provoque quelques rides au coin des yeux.

Alors toi, dis moi, es-tu toujours la / le même ?

xxx