Il parait que j’ai les dents très saines. C’est la dentiste qui me l’a dit. Et j’avoue m’en vanter régulièrement (chacun ses victoires). Les gencives en revanche c’est plus compliqué.

Je déteste aller chez le dentiste. Je n’ai pas particulièrement d’expériences traumatisantes (31 ans, 0 carie, ouh yeah!), en revanche le détartrage est peut-être ce qui se rapproche le plus de l’enfer. Je DÉTESTE. Je déteste sur le coup, et je déteste plusieurs heures après. Cette sensation d’avoir tout à vif, un peu comme ces images dans les bouquins qu’on avait à l’école, vous savez, ces bonhommes sans peau dont on voit muscles nerfs et tendons, mais qui semblent très contents…

Image : exercices.proteinepascher.fr/anatomie-du-corps-humain/
Tadaaaa! Image : exercices.proteinepascher.fr/anatomie-du-corps-humain/ Oui je sais, j’ai des sources étranges

9h28 ce matin me voilà dans la salle d’attente de ma dentiste.
J’aime bien la salle d’attente de ma dentiste. Elle a un côté rétro 70’s qui me plait bien, mélangé à des « souvenirs » de voyage d’un peu partout. Je lui suis très fidèle puisque ça fait bien 10 ans que je vais la voir. Mais tout y est comme figé dans le temps. Elle, la salle d’attente, les magazines qui s’y trouvent. Je ne la vois que dans ce cadre, elle n’a de réalité que dans son cabinet. J’en étais à me dire qu’on a du mal à imaginer que certaines personnes puissent avoir une vie en dehors du cadre restrictif que nous partageons, quand j’ai réalisé qu’il était 9h51. J’étais dans la salle d’attente de ma dentiste. Toujours.
J’hésite alors à me lever, à faire du bruit, à passer une tête hors de la pièce, des fois qu’on m’aurait oublié. Il ne me reste plus que 5% de batteries sur mon téléphone intelligent (et j’ai fait le tour de toutes les dernières actus facebook depuis environ 22 minutes), bientôt la panique va me gagner, mais elle passe soudain le seuil de la porte : « Madame Richard ? » – Ouch, j’ai 231 ans d’un coup – « Oui ! » (Vous avez remarqué quand, alors même que vous êtes là pour attendre – principe de la salle du dit nom – quand on vous appelle, vous sursautez, toujours ! Pas par surprise, plus le fait d’être sorti d’un coup d’une certaine torpeur cumulé à un « oh putain c’est à moi » qui vous ferait vous précipiter la tête en avant vers le tant attendu médecin, alors que celui-ci vous fait poireauter depuis des plombes).

Je m’allonge donc sur le fauteuil / siège / lit, et commence à raconter ma vie dentaire (des fois, j’ai mal. Là. Mais « des fois »). Le mode #KOLaLisette étant toujours ON, je me trouve particulièrement bien installée. Il n’en faut pas beaucoup plus en ce moment pour que je m’imagine déjà faire un petit roupillon, mais vient le moment fatidique où elle m’ausculte les dents. Propulsion d’air, petit miroir pour accéder aux endroits cachés, petit gratte-gratte pour s’assurer que… Le verdict tombe alors : « Non rien à signaler, vous avez les dents très saines. En revanche vos gencives sont enflammées ». En temps normal elle me dit ça à la fin : « c’était un peu sensible là au détartrage, c’est vos gencives ». Qu’elle le note dès le départ ne laisse présager rien de bon.

C’était parti pour 20 minutes d’enfer (donc). 3 ou 4 fois je me suis surprise à serrer, avec ma main gauche, mon bras droit très très très fort. 2 ou 3 fois je me suis retenue d’avoir un geste d’auto-protection incontrôlable genre « vas y bouge ». Pendant 20 minutes j’avais les jambes tendues comme une danseuse (et demain : courbatures !). À un moment, l’aspirateur à bavou était très certainement mal placé et une goutte s’est échappée. Je l’ai senti rouler sur ma joue, mon cou, ma nuque. Bouah! Et puis tous ces moments où elle me parle et où je ne peux que lui répondre « huhau ». Mais de toute façon, derrière le bruit strident, je ne comprends rien de ce qu’elle me dit, concentrée que je suis à essayer de ne pas hurler.

« Qu’est ce que c’est enflammé » finira t’elle par me dire. « Je voudrais suivre ça de près quand même ». Je réussis donc à partir de chez le dentiste avec une prescription (je ne savais même pas qu’ils avaient le droit de faire des ordonnances) pour :
– un dentifrice « je vous préviens, le gout est relativement désagréable, c’est très salé »
– des brossettes inter-dentaire aka reproduire chez soit, dans l’intimité de sa salle de bain, le doux plaisir du gratte-gratte sur la dent
– du bain de bouche : 3 flacons à utiliser pendant 10 jours, à faire après chaque repas (ma dentiste pense sûrement que je mange 20 fois par jours)
– du gel antisceptique.
Rien que ça.

De là à dire que j’ai les gencives pourries, il n’y a qu’un pas. N’empêche, j’ai les dents saines ! 31 ans et toutes mes dents, sauf la sagesse.

xxx