J’ai de mauvais souvenirs de mes cours de français en seconde ET en première. J’ai de mauvais souvenirs de madame J. La même, les deux années. La même avec sa tresse grisonnante (plus grise qu’onnante d’ailleurs). Certes on se marrait bien (en seconde surtout), mais globalement je n’ai rien retenu de ces textes où l’on me disait quoi penser de ce que l’auteur, plusieurs dizaines d’années auparavant, avait (aurait ? non ! ah non, d’accord) voulu dire. Ne pas me donner les clés pour comprendre et m’imposer ce qu’il faut retenir dans un par-cœur de bachotage ne m’a jamais particulièrement convaincue. Et puis, quand même, on se marrait bien, on ne peut pas tout faire !!

15 ans plus tard…

Las (oui, j’ai placé Las) d’entendre parler d’auteurs que je n’avais jamais lus et de textes que l’on citait en références inconnues, j’ai voulu me prendre en main (c’est mon destin !)

Ainsi est né le challenge un mois = un classique : de la littérature française pour comparer des styles, me faire mon idée et remballer quelques idées reçues qui fondaient mon jugement comme, par exemple, « moi je ne lis que des contemporains, je préfère. »

J’aime bien remballer mes idées reçues et me prouver que j’ai tort. Il y a un côté sûrement un peu masochiste dans cette histoire (d’façon j’ai toujours raison) mais passons. Par exemple les 900 pages d’Alexandre Dumas se sont bien passées quand les 440 de Marguerite Yourcenar m’ont mise dans le vent sur mon planning (6 semaines pour arriver péniblement au bout). Cette dernière m’est cependant beaucoup plus contemporaine.

Allez, tous en cœur, on reprend (et on clique sur les liens pour les détails), en 2015, j’ai lu :

  • L’Amant de Marguerite Duras : s’il ne devait en rester qu’un ça sera celui-là, j’ai ouvert la porte de Duras, et depuis j’ai hâte de prendre le temps de relire son Amant, et de découvrir le reste
  • Le père Goriot de Balzac : un premier œil posé sur l’immense œuvre que doit être la Comédie humaine, un conditionnel que je pose assez sûrement vu ce que m’a laissé voir le père Goriot, une œuvre immense donc, mais dur…
  • L’Œuvre au Noir de Marguerite Yourcenar : long, dur, une plongé moyenâgeuse documentée, mais hors de ma portée
  • La peste de Camus : peut-être la plus grande déception, l’impression d’une promesse posée dans les 60 premières pages, qui ne se serait pas tenue, mais là encore, cette impression résiduelle…
  • Traité sur la Tolérance & Candide de Voltaire : il fut bon de (re)découvrir Voltaire quelques jours avant le 13 novembre, l’exutoire fut d’en parler quelques jours après le 13 novembre
  • Le Tour du monde en 80 jours de Jules Verne : un voyage, un beau voyage, dans le cynisme et le dandysme anglosaxon
  • 2084, La fin du monde de Boualem Sansal : l’hommage à Georges Orwell et son 1984 en version 2015, la religion a pris la place de l’état omniprésent.

Ils sont venus ils sont tous là !

Pendant ces 12 mois j’ai eu quelques surprises, mais globalement pas mal de plaisirs, et au fur et à mesure une lecture qui s’est affinée. En sortant de ma zone de confort littéraire j’ai ainsi, petit à petit, commencé à comprendre les tenants et les aboutissants d’une histoire, qu’un homme peut tout à fait se mettre dans la peau d’une femme (Flaubert) et inversement (Yourcenar), qu’on peut s’amuser des pronom personnels pour prendre une distance (protectrice ?) avec un roman plus ou moins autobiographique (Duras), qu’on peut partir de son vécu pour imaginer la vie de personnages (Modiano, Queneau, Balzac, Camus), qu’une histoire peut s’inventer de toute pièce (Verne, Sansal, Voltaire) ou au contraire se fonder sur l’Histoire (Malraux), même si c’est pour s’en moquer (Dumas).
Je serais bien incapable de réunir ces 12 là à un diner idéal, car bien incapable d’oser les abreuver de toutes les questions qui m’obsèdent. Mais que ne donnerais-je pas pour me poser au près d’eux lors de leurs séances d’écriture. La souris que je saurais être (on imagine ou on n’imagine pas !) se ferait toute petite pour décrypter à la source ce que l’on a très certainement voulu m’inculquer quand j’avais 16 ou 17 ans : et donc les mecs, comment vous en êtes arrivé là ? Après combien d’heures ? Quel a été le déclic ? D’où vous viennent-ils, ces mots ?

Si tout va bien dans un an (ou peut-être un peu avant pour les points d’étapes), je te fais un bilan sur La recherche du temps perdu de Proust. Mi février j’en suis toujours au même point : j’ai lu la quatrième de couverture. Mais les 3000 pages me tendent les bras, je les entends d’ici, elles appellent de leurs petits caractères « Elise, Elise, Elise, Elise, Elise, Elise, Elise » (un pour chaque tome).

Allez copain, bonne lecture surtout !

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