C’est une petite phrase que l’on m’a dite récemment sous la chaleur humide d’un lundi de mai parisien. Ma copine psy pardonnera cet abus de langage, et il est vrai que je suis multiple. Un truc de gémeaux il parait. Un truc de meuf aussi pourquoi pas. Cherchant à l’appliquer à l’ensemble de mes congénères, j’aime à croire qu’on est tous, de toute façon, difficilement rangeables dans une seule case.

Pendant pas mal de temps j’ai cherché à comprendre mes réactions qui me surprenaient parfois. Un peu comme les couches successives d’un oignon (métaphore glamour 3, 2, 1, feu), chaque fois que j’avais l’impression de mieux me cerner, je découvrais une nouvelle version de moi-même au détour d’une péripétie. Petit à petit, alors que la pub, les media, le monde de l’entreprise, les rencontres me poussaient à entrer dans des cases, je me suis révoltée.
Je n’ai pas envie d’être la grande blonde, la copine à l’humour relou, la fille sarcastique, la nana sur qui on peut compter, l’employée investie et bon petit soldat, la trentenaire sur talons de 12, la fille qui n’assume pas ses lunettes et ne sort qu’avec ses lentilles, la meuf qui n’a pas touché le volant d’une voiture depuis près de 9 ans, la superficielle qui se damnerait pour une jolie robe, l’écolo bio attentive à ce qu’elle mange, la fana de burger relativement accroc à la junk food, la fan de Pennac, la lectrice de Biba, la curieuse de littérature, la parisienne hypra urbaine, l’amoureuse des vagues, des déserts, du contact avec ailleurs, la fleur-bleue en quête de galanterie et d’attentions, la féministe limite réac, la casanière, l’amante relou terrorisée par la routine, etc.
Je suis TOUT ça.
N’importe quelle description (celle-ci incluse) est devenue limitative, car petit à petit j’ai appris à jongler avec ce tout dans un juste équilibre qui m’a donné du sens.

Pour l’exemple, c’est ce (gros) craquage de début mai pour une jolie robe noire tout simplement magique, paradoxal quand on sait le choix très assumé que je fais d’une vie à compter chaque centimes, qui a déclenché ce commentaire. Mais ça c’est ton côté schizophrène, dit dans la simplicité de l’évidence. Cette jolie petite robe noire portée dès le lundi après le weekend où je l’avais faite mienne, avec des escarpins Repetto pour parfaire la perfection et la démarche rebondie du tulle sous le jupon, n’avait plus de bon sens encore qu’avec les basses un brin énervées d’Eminem dans mes écouteurs pour donner le rythme à ce look de princesse revendiqué. Les têtes qui se sont retournées sur mon passage n’imaginaient surement pas cette BO.

Il parait qu’avec la trentaine on sait mieux qui on est et ce que l’on cherche. Les 10 dernières années (et les 20 précédentes aussi d’ailleurs) m’ont en tous cas apprises ce que sont mes valeurs fondamentales. Au delà de la forme, parce que tout ça n’est que de la forme, je pense avoir compris ce qui m’anime derrière le tableau changeant au grès de mes humeurs. La liberté en tête de pont, le point levé et le regard droit devant. Les quelques uns qui s’y sont frottés s’y sont parfois piqués. Dame Liberté peut encore avoir besoin d’être canalisée et doit apprendre à ne pas systématiquement se sentir menacée. Néanmoins instinctivement elle me guide et m’amène aujourd’hui à chambouler quelque peu mon avenir diront certains, à me donner une perspective, je dirais plutôt.

En 2 lignes pour mots de la fin : je suis une grande fille pleine de paradoxes qui apprend à déjouer ses propres certitudes, une petite fille surement très banale mais qui a aujourd’hui pour grande ambition de faire en sorte d’être particulière.

xxx

PS : Comme souvent pour ce qui est des jolis photos de moi (comme celles de ce blog par exemple), elles appartiennent à David&Myrtille – dpcom ©.