Je t’ai menti. Je t’ai dis que j’aimais bien le foot, mais en fait, c’est faux.
Je crois.
Cette réalisation soudaine m’est arrivée il y a une semaine quand, alors que nous regardions des joueurs en short sur la TV HD de mes parents (de la taille de mon salon, la TV). Je les ai trouvé tout gringalet (malgré la taille de la TV) et le spectacle qu’ils proposaient ennuyeux. Parce que mon cerveau est ainsi fait qu’il s’amuse à connecter les choses entre elles quand on ne lui a rien demandé, j’ai fait le lien avec ce qu’il se disait la veille au soir devant un France – Angleterre ne manquant pas de mérite : au Rugby, c’est quand même difficile de s’ennuyer devant un match.
À choisir, je crois que j’ai fait mon choix : c’est le rugby.
(et comme choisir c’est renoncer, du coup je n’aime pas vraiment le foot).

Quand j’étais petite je jouais au rugby.
Mon instit’ de CM1 avait trouvé, dans ses connaissances, un mec costaud qui parlait a’ec l’accent des Toulouseings. Et une fois par semaine, avec des pantalons pourris et des chaussures qu’on n’aurait pas peur de salir (seul jour de la semaine où je pouvais m’habiller toute seule), nous partions au parc situé à quelques centaines de mètres de l’école pour courir joyeusement et nous passer le ballon dans le sens inverse de toute logique.
On appelait ça le rugby.
Et j’aimais bien.

Trêve de suspens, je n’étais pas trop mauvaise.
Déjà parce que je courais vite et ensuite parce que j’étais taillée comme une allumette. Ainsi dès qu’il s’agissait de se faufiler au travers des lignes adverses et de courir pleine balle pour rejoindre la ligne d’essai (tracée à l’aide de nos sacs entassé à chaque extrémité) je n’étais pas la dernière à me positionner pour recevoir un ballon aussi ovale que sale.
Par ailleurs nous avions « décidé » de faire cette petite séance sportive en pleine hiver (logique), l’occasion de se rouler dans la boue était trop belle pour ne pas être saisie, et tant mieux si, au passage, il s’agissait d’emmener par terre avec soi un membre de l’équipe adverse.

J’ai des souvenirs très précis de ces séances de rugby. Peut-être n’y en a t’il pas eu tant que ça, c’est fort probable. Mais je me souviens bien de ces exercices à se passer le ballon vers l’arrière, l’explication des règles de l’en-avant, les premiers matchs où, pour ne pas se faire mal (et donc ne pas plaquer les adversaires), il s’agissait simplement de courir avec le ballon et le passer à son voisin dès qu’un adversaire vous touchait de sa main (à bien réfléchir ça devait être extrêmement peu fluide comme jeu).
Je me souviens aussi du jour où on a appris ce qu’était le raffut. Laure avait le ballon, Julien (toujours) arrivait vers elle et s’apprêtait à poser sa main sur elle (le plaquage 2.0, je rappel). Dans un geste on ne peut plus logique de la nana qui était bien partie pour aller marquer l’essai avec ses petites jambes et son petit ballon sous le bras, elle a tout naturellement envoyé une claque à Julien pour éviter que celui-ci ne la touche. Le coach a sifflé. Julien s’attendait à pouvoir récupérer le ballon suite à cette honteuse faute. Mais contre toute attente et sous nos yeux médusés il s’est écrié « Parfait Laureuh, oui ! Très bieng ! Tu regardeu le rugdeuby de temps en temps ? » Laure a acquiescé sans broncher, on ne bronchait pas trop devant le coach. « Ah being voila, y a pas de secret ! Très bien ce gesteu là, ungh beau raffut ! ».
S’en ai suivi une joyeuse session d’exercice où nous apprenions à repousser un adversaire de notre main libre (celle qui ne portait pas le ballon).

Un régal.

Quelques années plus tard, à force de regarder des matchs où il est quand même difficile de se contenter de faire la passe à 10 autour des poteaux adverses (allusion footeuse), j’ai découvert tout un tas de subtilités nouvelles : les touches, le renvoie au 22, les mêlés, et d’autre que je découvre encore aujourd’hui. Je ne connais toujours rien au rugby à 13 ou même à 7 (je crois), restons donc sur le chiffre 15 dans un premier temps, le rugby international qui nous voit (la France) sombrer depuis des années et des années maintenant. Mais l’avantage au rugby c’est que même quand on perd on n’est pas obligé de se transformer en gros beaufs et on se doit d’applaudir… Un peu de classe dans ce monde de bruts.

Si j’aurais (?) certainement pu continuer une brillante carrière qui s’ouvrait alors devant moi, c’était malheureusement l’époque où j’avais déjà fait le choix de m’orienter vers un sport un peu plus dansant. Peut-être suis-je passée à côté d’une destinée qui ne m’aurait apportée aucune gloire (qui d’entre nous sait que nous venons de remporter le tournoi des VI nations ? si si… le féminin). Ceci-dit, et bien que mon taillage en allumette se soit, depuis, quelque peu renforcé, je ne suis pas certaine d’avoir la carrure naturelle suffisante.

C’est pas le tout de distribuer des claques, autant regarder faire les pros. 

xxx

Image : Sarah Bresnahan